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gnok & rappliquant continuellement en secret aux ÂíTTvi exercices de pieté. Quand lavieillesse lui eût ©té la force de travailler, il se donatouf entier à la vie contemplative; & vecut d'aumônes, n'en prenant que le pur néceíïàire pour chaque jour, & donant le refte à d'autres pauvres. Un notaire nommé Jaques de Castegnoles en aïant compassion le retira dans fa maison & lui dona une petite chambre au*fo.nds de fa cour, où le bon homme mena encore long-temps une vie cachée dans l'abstinence & la pénitence ; quand les aumônes * qu'il recevoit n'étoient pas suffisantes, le notaire son íhôte y fupléoit.Quelque soin que prit Henri de se cacher, il devint fort connu, principalement par fa charité envers les autres pauvres; on le nommoit frère jRigo abrégé d'Arrigo, qui est Henri en Italien.

Sa parole étoit douce & agréable ; & si des enfans .ou d'autres par malice ou par fotife le maltraitoient de paroles ou autrement, il le soufroit avec une patience & une humilité parfaite; & loin d'en témoígner-aucun retTentiment,il dpnoit des bénédictions à ceux qui lui infultoient. 11 aílistoit tres-devotement aux offices divins principalement à la meíTe, portant toujours à la main un chapelet : car il ne savoit pas lire. U.couroit à tous les fermons, soit à l'églife cathédrale soit ohés les religieux, &eûtvoulu n'en manquer aucun s'il eût été possible: retenant fidèlement .tout.ee qu'il en pouvoit comprendre. Il avoit la consoienceiì délicate qu'il se confeílbit tous les jours, &: comptoit pour fautes les moindres imperfections, comme d'avoir vû voler .un oiseau avec plaisir ou curiosité.

11 mourut l'an çx;. le mardi dixième de Juin; &

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Xw 777" aussi-tôt le peuple accourut en foule à la maison du notaire qui le logeoit en criant : II elt mort un laint. Les meubles que l'on trouva dans fa petite chambre étoient des instrumens de pénitence : trois lits, un de sarment, un de grosses cordes, un de paille pour reposer plus doucement : un billot de bois qui fervoit de chevet, un cilice de cordes tortillées qu'il portoit jour & nuit, une discipline dont il se fustigeoit rudement , & un caillou rond dont il se frapoit la poitrine. Le tout fut porté dans la sacristie de la grande église pour y être gardé : mais plusieurs particuliers en prirent des morceaux. Le concours fut 11 grand à íbn convoi qu'à peine put-on porter le corps jusqu'à l'église cathédrale; & on fut obligé de l'y laisser exposé jusqu'au huitième jour, où il fut mis dans un cercueil de pierre. Il s'y fit tant de miracles, que le magistrat députa trois notaires pour les écrire, & depuis ledouv ziéme de Juin jusqu'au dix-huitiéme , ils en recueillirent deux cens soixante & seize. La vie du bienheu. reux Henri fut écrite peu de temps aprés par Dominique de Baono évêque de Treviíe, témoin oculaire de ses vertus. • XIX. Cette année fut aussi la derniere de Raimond Lulle.

Fin de Rai- Aprés le concile de Vienne, pendant lequel il demeu

mond Lulle. * . ff ~1

Sup. lìv. ra quelque temps en cette ville a solliciter 1 exécution j£/i r 55 ^C desseins ì il revint à Paris: puis il alla à Messine, j. 6^t'»'79. * Palma capitale de Maïorque en 1314. & enfin il passa en Afrique & vint pour la seconde fois à Bou/. gie. Là il se cacha d'abord entre des marchands Chré

tiens, & commença à parler secrètement à des Musulmans qu'il avoit déja instruits & qui lui étoient affectionés. Les aïant affermis dans la foi, il ne put se contenir olus long-temps, mais il alla dans la place pu- An. ^ blier a haute voix les louanges de la religion Chrctiene : ajoutant qu'il admiroitla folie de ceux qui mettoient leur confiance en la doctrine infâme de Mahomet. Pour moi, difoit-il p)e fuis prêt à montrer , soit par des raisons, soit aux dépens de ma vie, que la grâce & le salut du genre humain ne fe trouve que datis la foi de J.C. mon seigneur. Souvenés-vous que je fuis celui que vos princes ont ci-devant chaise de ces quartiers & de Tunis. Se sentant vaincus par mes raisons, ils craignoient que je vous éclairaíîe des vérités Chrétienes que vous êtiés prêts à écouter* maintenant c'est le seul désir de votre salut &dumartire qui m'a ramené vers vous.

Ces discours & plusieurs autres qu'il y ajoûta, émurent tellement le peuple qui les écoutoit, qu'ils fe jetterent en furie fur Raimond, lui donérent des soufflets , lui insultèrent en diverses manières & le traînèrent au palais du roi. Ce prince le condamna à mort, & on le mena hors la ville où il fut lapidé le jour de S. Pierre vingt-neuviéme de Juin 131s. étant âgé d'environ quatre-vingts ans. Des marchands Chrétiens aïant demandé son corps l'obtinrent & le portèrent avec honeur à un vaisseau qui devoir partir îa nuit suivante. Ils vouloient le mener à Gènes dont ils étoient, mais les vents contraires les poussèrent à Maïorque , où tout le peuple vint au devant de ce martir son compatriote, & enterra son corps dans un lieu élevé de l'églife de S. François, dont Raimond avoit embrassé le tiers ordre. Depuis ce temps il est p. ^5; honoré publiquement comme saint à Maïorquejmême dans l'églife cathédrale j&ona fait plusieurs hv j. e-j%

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fa 1315. formations pour parvenir à fa canonisation trois cens ans aprés fa mort, c'est-à-dire depuis JC05. jusques ■1617. mais l'église n'a rien encore décidé sur ce sujet.

?' 7°S- Raimond Lulle a laisséPun fi grand nombre d'écrits qu'on en compte jusqu'à trois cens vingt, outre ceux qu'on prétend lui être faussement attribués. Sa p. doctrine a causé dçgrandes disputes, principalement entre les deux ordres de S. Dominique & de S. François , dont je pourai parler à mesure que l'occafion s'en présentera. Sa méthode est méprisée de la plus-*part des savans, comme n'étant propre qu'à faire parler de tout par des propositions générales , fans descendre auxconoissances particulières qui font les plus utiles. D'ailleurs son stile est du latin le plus barbare, & aucun des scolastiques n'a été si hardi à forger de nouveaux mots, xx. La même année 1315. on trouva plusieurs héréti

Hcrétiques ques cn Autriche à une petite ville nommée Crems Trhb^Cbr. ^u diocèse de Passau. Ils furent découverts par les inHirf. edit. ejuisiteurs de l'ordre de S. Dominique ; & demeurant ityo.f. 139. opinâtres dans leurs erreurs, ils furent condamnés au '■feu & brûlés hors la même ville de Crems. Leurs erreurs avoient pris leur origine de celles desFraticelles condamnées au concile de Vienne > & en voici les •principaux articles. Ils difoient que Lucifer & les autres démons avoient été chastes du ciel injustement & qu'ils y seroient un-jour rétablis : au comuraire ils foutenoient que S. Michel & les autres anges coupables de cette injustice seroient damnés éternellement, avec Tous les hommes qui n'étoient pas de leur secte. D'où vient que leur salut étoit : ^Que celui à qui on a fait tort te salue : entendant Lucifer. Ils disoient aufli: Si Marie est demeurée vierge aprés l'enfantement, ce n est pas un homme qu'elle a mis au monde, c'est un ange.

Ils avoient douze hommes choisis d'entre eux qu'ils no m m oient apôtres ,& qui parcouroient tous les ans TAllemagne , pour affermir dans leurs erreurs ceux qu'ils avoient séduits. Entre ces douze ils séparoient encore deux vieillards, qu'ils nommoient les ministres de la secte; & ceux-ci feignoient qu'ils entroient tous les ans dans le paradis, où ils recevoient d'Enoch & d'Elie le pouvoir de remettre tous les péchés à ceux de leur secte; & ils communiquoient ce pouvoir à plusieurs autres dans chaque ville ou bourgade.-Ces hérétiques méprifoient tous les sacremens,disant: Si le baptême en est un, tout bain l'est auflì ; &tout baigneur est Dieu. Ils corrompoient le sacrement de pénitence ne se confessant qu'à des laïques & seulement tri général sans rien spécifier. Ils ne croioient pas au S. sacrement de l'autel, disant que l'hostie consacrée étoit un Dieu imaginaire & se moquant de la messe & des prêtres. Ils apelloient communément le mariage une prostitution jurée, & se moquoient de l'extrême - onction; ils disoient publiquement: Nous croïons que les herbes font d'autant meilleures qu'on y met plus d'huile. Ils comptoient pour rien les ordinations des évêques & des prêtres, les dédicaces des églises, les bénédictions de cimetières, & de quelque autre chose que ce soit.

Ils disoient que Dieu ne punissoit & même ne conoissoit pas les péchés qui le font fous terre. C'est pourquoi ils s'assembloient dans des cavernes & des

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