페이지 이미지
PDF
ePub

Multiplication moïen d'étendre la jurisdiction ecclésiastique : car en ge« <fcjug«. neral,plus il y a de juges & d'officiers de justice, plus il y a de procès. Les évêques des grands diocèses etablissoient des officiaux en divers lieux, outre la ville é^ n piscopale: les archidiacres eurent aussi les leurs , & les Go»t.i»3i.c x; chapitres exempts avec juridiction & territoire, ious ces officiaux avoient ou pouvoient avoir des vicegerens • iv. _our tenir icur siège en cas de maladie ou d'autres em

pêchemens -, &: ce n'étoit encore que les juges ordinaires, outre lesquels il y avoir des délégués, des íubdelcgués & d'autres commissaires. Comment trouver un si grand nombre de juges capables de leurs fonctions ? fans parler des autres ministres de justice, x. Quant à en trouver de désinteréísés, il n'y falJoitpas

Avance&chi- penser : il étoit évident que l'interest étoit le principal

cane. c -ii'* r

mont qui engageoit le cierge a cette occupation 11 peu

„ ,. agréable par elle-même. Si quelqu'un lefaisoitpar cha

H. Itv. Xc.».ji. P, 1 CT ,, > n . , _ r ,

rite comme un í>. lves,cetoit un miracle. Tanrque les

évêques & les clercs cherchèrent principalement ia gloire de Dieu & le salut des ames, c'est-à-dire pendant les cinq ou six premiers siécles: ils se trouvèrent suffisament occupés de la prière, de l'instruction des peuples & du soulagement des pauvres. Ils ne se chargeoient d'arbitrages qu'à regret & dans la vûë de réconcilier les parties. Mais depuis qu'ils voulurent dominer fur les laïques &: amasser des richesses, ils crurent qu'un des meilleurs moïens étoit de íe rendre maître de toutes leurs affaires ; & l'ignorance des laïques leur en fournit l'occasion. Car elle alloit, comme y ai dit ailleurs, juff• 'Je- »• S> qUes ^ ne favojr pas jire . en forte que les grands fei

. gneurs avoient des clercs pour fécreraires, & pour receveurs ou trésoriers, tenant les états &c les comptes de leurs revenus. C'étoit des clercs qui étoient greffiers &C noraires , avocats & procureurs: en un mot qui exerçoient toutes les professions où il faut savoir écrire: d'où vient qu'on nomme encore clercs les jeunes praticiens.

C'est ainsi que les ecclésiastiques s'éloignèrent in

scnfiblcmcnc de l'cfprit de leur profession. Ils oublièrent le précepte de l'apôtre, que celui qui s'est enrollé au service de Dieu ne doit point s'embarasser d'affanes tcm- im Tim <• poreles: non - feulement ìlss'en embarrassèrent, mais ils s'en accablèrent &: s'y abismerent. Loin de s'apercevoir de leur égarement, ils en faifoient gloire : ils étoient plus jaloux de cette jurisdiction outrée , que des véritables droits de l'églife ; &: crioient qu'on vouloit la réduire en servitude dés qu'on s'eftorçoit de mettre des bornes à leurs entreprises. C'est la matière la plus ordinaire des v. s-discn-iT conciles du treizième & du quatorzième siécle. On y Conc de undr. voit aussi jusqu'à quel excès on avoit poussé la chicane, ulìv'íxxui par les abus qui y font condamnés: entre autres d'em- «ks.h. pêcher les parties de s'accommoder, pour ne pas manquer de pratique : au lieu que dans les premiers siécles les évêques ne travailloient qu'à empêcher les fidèles de plaider. II fembloit que la jurisdiction fût tournée en trafic, que la religion autorisât l'interest le plus fordide} & que J.C. fut venu enseigner auxhommes de nouveaux moïens de gagner & de s'enrichir : lui qui a tant recom- * mandé Tamour de la pauvreté, par ses discours &c par son exemple.

Outre les prétextes particuliers d'étendre la jurisdiction ecclésiastique, on en trouva un général, qui fut à raison du péché. L'églife, disoit-on, en vertu du pouvoir des clefs,a droit de prendre conoissance de tout ce qui est péché, pour savoir si elle doit le remettre ou le retenir, lier ou délier le pécheur. Or en toute contestation pour quelque interest temporel, une des parties soutient une prétension injuste, & quelquefois toutes les deux; &: cette injustice est un péché: donc elle est de la compétence du tribunal ecclésiastique. Par ce principe l'évêque étoit juge de tous les procès de son diocèse, & le pape de toutes les guerres entre les souverains : c'est-à-dire qu'à proprement parler , il étoit seul souverain dans le monde. Mais il est aisé de démêler ce sophisme. L'églife est juge de tout péché, dans le for intérieur, quand le pécheur s'en accuse ; ou même à l'ex

[ocr errors][ocr errors][ocr errors][ocr errors]

terieur, quand lc crime est public &: scandaleux : mais son jugement se termine ou à ^imposition d'une pénitence salutaire, ou au retranchement de la société des fidèles, fans aucune conséquence pour le temporel.

Or c'étoit les effets temporels qu'avoient principalement en vûë les ecclésiastiques, en étendant à l'infini leur jurisdiction. Les juges & les ministres de justice cherchoient à gagner par les frais des procédures les amendes , fans lesqueles pour l'ordinaire on ne donoit point l'abfolution des censures ;& comme ces peines fpiritueles étoient peu redoutées par elles-mêmes, on y en ajoûtoit le plus souvent de temporéles. Delà vint cette menace qui pafla en stile dans les bulles des papes : Autrement nous poursuivrons spirituellement & temporellement; &: cette remontrance des évêques de France à S. Louis, qu il laifloit perdre la religion s'il ne faisoic saisir les biens de ceux qui méprisoient les excomunications. Le S. roi refusa de lc faire sans conoiflance de cause : mais plusieurs conciles de ces temps là ordonent aux juges séculiers fous peine d'excomunication, de saisir les biens de ceux qui seroient demeurés un an excommuniés. Que si les juges eux-mêmes méprisoient la censure, je ne vois pas ce que l'églife pouvoit leur faire.

Du même principe vinrent ces clauses ajoutées aux censures en certains conciles & en plusieurs bulles : confiscation des fiefs relevans de l'églife: incapacité aux enfans des coupables de pofleder des bénéfices, & à euxmêmes d'exercer aucune charge publique : nullité des actes qu'ils seroient en qualité d'officiers, note d'infamie, confiscation de biens : défense de rien vendre aux excomuniés ni acheter d'eux; & d'autres clauses semblables qu'on voit en quelques bulles contre les Vénitiens , les Florentins ou d'autres républiques. II étoit facile d'écrire de telles sentences &c les publier en cour de Rome: la difficulté étoit de les exécuter, & l'inexécution rendoit méprisable l'autoritc dont elles étoient émanées.

Les entreprises des ecclésiastiques fur la jurifdiction .

ti i • \ « I- > _jj Haine des laï

lecuucre excitèrent les juges laïques a entreprendre de „ues contre lc leur côté comme nous voïons par les plaintes fi frequen- clergé, tes dans les conciles du treizième 5c du quatorzième siécle. L'animosité s'y mit de telle forte , que c'étoit Hijt.l.txxnx. comme une guerre ouverte; & c'est ce qui faifoit dire ^•+|^v tXTIU' à Boniface VIII. au commencement de la bulle Clericis Uïcos, que les laïques ont une anciene inimitié contre le clergé. Cette antiquité toutefois n'ailoit tout au plus qu'à deux cens ans, &: vers le temps d'Arnaud de Bresse: mais en remontant jusques aux cinq ou six premiers siécles de l'ég'life, on auroit trouvé une union édifiante entre le clergé òc le peuple. II est vrai que J. C. dit, qu'il est venu exciter une guerre fur la terre ; mais c'est /*• ««• ìsentre fes disciples &c les infidèles, non pas à l'égard de ses disciples entre eux; & en cette guerre toute la violence est de la part des infidèles -, les Chrétiens ne font que souffrir fans résister. Telle devoit être la conduite des ecclésiastiques -, c'étoit à eux à faire toutes les avances pour rétablit cette union que J. C. avoit tant recommandée , & donée pour marque de ceux qui feroient véritablement fes disciples : c'étoit aux évêques à s'attirer" le respect & l'affection des peuples par la sainteté de leut vie, leur zele pour le salut de leurs ouailles , le foin ttsttb.x j4. de les instruire & de leur procurer toutes sortes de biens spirituels 8c temporels, leur douceur, leur patience & toutes les autres vertus.

Mais ils prenoient un chemin tout opposé. Ce n'étoit que fierté , hauteur,plaintes ameres, reproches piquants, menaces, procédures judiciaires i excomunications & autres censures: tous moïens ,non d'éteindre le feu , mais de l'allumer davantage. Ainsi les laïques irrités de plus en plus, en venoient aux voies de fait £z aux violences ouvertes. Ils arrêtoient les porteurs des lettres ou des ordres des évêques qu'ils leur arrachoient & les déchiroient. Ils prenoient les clercs , les chargeoient de coups,les emprifonoient,les rançonoient& quelquefois les mettoient à mort -, &: à tout cela point d'autre remède que des censures rant de fois méprisées. Voilà les funestes effets de cette division, causée princi-. paiement par l'extension excessive de la junsdiction ecclésiastique.

* Xiii. Outre les causes que j'ai marquées de l'indignation Inquisition. jes iaïqUes contre le clergé, il en étoit survenu une nouvelle depuis environ cent ans,savoir le tribunal de l'IninfHtHtJe.eccl. quisiuon. On voit combien il étoit odieux , par la difM*rtjr-zp. ficulté de rétablir même en Italie Sc dans Tétat eccleAnr. Hifl Uv. fìastique; & par les Inquisiteurs_mis à mort, comme S. Lxxvi. ». 36. pierre de Vérone compté entre les martyrs, le B. Pierre de Castelnau & tant d'autres. Or l'Iquisition n'étoit pas seulement odieuse aux hérétiques, qu'elle recherchoit & poursuivoit, mais aux catholiques mêmes : aux évêques & aux magistrats dont elle diminuoit la junsdiction, &s aux particuliers ausqucls elle se rendoit terrible par la rigueur de sa procédure. Vous en avés vù des plaintes fréquentes , & grand nombre de constitutions des papes pour modérer cette rigueur. Enfin quelques pais, aprés avoir reçu d'abord l'Inquisition l'ont rejettée, comme la France; & plusieurs ne l'ont jamais reçue : fans que la religion Chrétiene y soit moins bien enseignée ou pratiquée, que dans les païs où l'Inquisition * est la plus autorisée. Ceux qui ont vu ces dirTerens païs peuvent en rendre témoignage.

La fin pour laquelle on a institué l'Inquisition, est de purger ou préserver d'hérétiques les lieux où elle est établie: mais on a en?ploïé , pour parvenir à cette fin, des moïens qui naturellement produisent l'hypocnsie & l'ignorance. La crainte d'être dénoncé, empiisoné & puni sur un limple soupçon , dont le fondement sera quelque parole indiscrète: empêche de parler de ce qui . regarde la religion , de proposer ses doutes si l'on en a, de faire des questions &c de chercher à s'instruire. Lc plus court & le plus fur est de se taire, ou de parler S£ d'agir comme les autres, soit qu'on pense de même ou non. Un pécheur d'habitude, qui ne veut pas quitter fa concubine, ne laisse pas de faire ses páques , pour n'être pas déféré à l'inquisition au bout dei'année, comme

« 이전계속 »