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DE PHILIPPE-AUGUSTE. foit un certain prix que j'avois refusé á tout le reste.

Lorsqu'Alcide quitta la Cour de Bourgogne, je fentis un genre d'affliction qui m'étoit inconnu : j'en fus étonnée ; j'en cherchai la cause , j'eus un dépic mêlé de honte , en la découvrant. Que vous dirai-je belle Adélaïde ? Je ne puis difconvenir avec moi-même de la tendre impression qu'Alcide avoit faite fur mon cæur. Je voulus appeller ma raifon à mon secours , mais je l'implorai vainement ; je fis la triste expérience qu'elle ne se montre forte , que lorsqu'elle ne voit point d'ennemis à com battre. L'idée d'Alcide m'a suivie , m'a persécutée fans relâche : ni le temps, ni l'absence , ni le peu d'espoir de le Tevoir jamais , n'ont pu l'effacer de mon fouvenir. Enfin , ne pouvant plus me défendre, je livrai mon ame aux fentiments les plus vifs

. Madame de Faje! prononça ces dernieres paroles avec une voix entrecoupée de langlots. Je ne puis pardonner, lui dit alors Mademoifelle de Couci, à cet heureux Alcide fon indifférence pour ce qui étoit de plus parfait à la Cour du Duc de Bours gogne, comme vous êtes aujourd'hui ce qu'il y a de plus beau à celle de Frans

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ce : ce caprice , qui vous rend malheum reusę, me fait haïr cet Alcide ;& fi ja mais votre confiance va jusqu'à me le nommer , quel qu'il soit , il pourra peutêtre perdre mon estime. Que je crainsy s'écria Madame de Fajel les yeux pleins, de larmes , qu'il n'en soit trop digne ! Elle fe tut un moment, soupira', & re. prit ainsi:

Il y avoit près de trois ans que j'éprous vois tout ce que l'Amour a de plus trif te & de plus humiliant , quand Mon fieur de Fajel , devenu veuf depuis quel ques mois, me demanda à mon pere, & m'obrint. Le croirez-vous , belle Adélaïde ?i je n'en fus point effrayées Les convenances' que mon pere trouvoit dans ce mariage , lui firent oublier que Monsieur de Fajel passoit pour être violent , bizarre , soupçonneux & jaloux & je ne l'en fis pas souvenir. L'envie que j'avois de mettre un frein à des sentiments inutiles & perdus , me fit regarder Monsieur de Fajel conime: un fecours assuré contre moi-même. C'en est fait , me disois-je , je vais être. forcée à revenir de mon égarement: un devoir indispensable va triompher de ma folle paflion; la liberté que j'ayois de l'entretenir, m'empêchoit de la

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vaincre. Hélas ! je le croyois !

L'impatient Fajel vit arriver avec transport, le jour qui devoit nous unir. Je l'avois attendu fáns crainte : je m'étois flatcé de m'arracher à l'objet que le devoir me prescriroit d'aimer ; je pensois que cet attachement feroit mon unique occupation & mon bonheur. Vain espoir , qui se dissipa à la vue de f'Autel. Je frémis': je fentis dans cet inftant tout l'horreur d'un fermene folemnel, dont les droits facrés me réduisoient à renoncer à la seule idée qui m'étoit chere. Une pâleurr mortelle se répandir sur mon visage : il échappa des larmes de mes yeux. Un reste de rai. fon me fit voir que je ne pouvois plus reculer ; mais malgré l'effort extrême que je me faisois pour cacher le trouble de non ame , il fur apperçu de Monfieur de Fajel. Il lui apprit que je l'ém. poulois fans l'aimer, & lui fit naitre les craintes mortelles, que mon cæur ne fût prévenu en faveur d'un autre ; craintes, qui le tourmentent d'autant plus , que sa passion n'a pas diminué, & qu'il cherche en vain l'objet qui lui vole nion ceur. Autant qu'il se peut, il dévore ses inquiétudes , & une jalousie qu'il nomme délicatesse , mais qu'il ne

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fauroit disconvenir être injurieuse à ma conduite. Cependant il me dit souvent que je l'aimerois , fi je n'en aimois pas un autre: il ajoute que ses complaisances, ses attentions pour me plaire , & fa tendrefle vaincroient mon indifférence , s'il n'avoit dans mon cæur que cette ennemie à combattre.

Peu de jours après mon mariage Monsieur de Fajel m'emmena dans ses Terres : ce fut alors que je fentis combien je m'étois abusée. Je connus, mais trop tard, que j'avois trop compté sur un devoir dont mon cæur secouoit le joug. Ce sévere devoir crioit contre ma foiblesse ; je le laiflois gémir sans lui rien accorder. Ses cris commençoient pourtant à se faire entendre : je commençois à les écouter , lorsque mon pere: vint à la Cour de Philippe avec Monfieurde Fajel. Avec quel trouble & quelle douleur n'appris-je pas qu'ils m'appelloient auprès d'eux. Cette nouvelle étonna ma raison , & ralluma dans mon cæur la passion qu'elle y avoit un peu affo blie. J'écrivis à Monsieur de Fajel ; je le priai , je le conjurai de ne pas exiger de moi de les venir joindre ; mais toutes mes instances furent vaines : mon pere & lui m'ordonnerent d'obéir. Il fala

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fut partir. J'ai honte à l'avouer ; il étoie des moments où je sentois la joie s'emparer de mon cœur , où je pensois avec plaisir que j'allois recevoir celui qui m'avoit coûté tant de larmes, où "j'oubliois enfin

que

c'étoit l'ennemi de mon repos & de celui de Monsieur de Fajel. A ces mouvements succédoient des réflexions qui me faisoient passer de la joie à la confusion, j'arrivai ; je reftai quel ques jours fans vouloir paroître : l'idée que j'allois voir Alcide me faisoit trembler. Hélas ! je le vis , & je le trouvai tiel

que l'Amour l'avoit gravé, & dans mon esprit , & dans mon cœur. Je le vois tous les jours ce cher & fatal ennemi ; & le plaisir de le voir ne m'instruir que trop, qu'en vain j'espere vaincre ma foiblesse. Mais où m'emporte-t-elle ? Que viens-je de vous avouer ? Je vais belle Adélaïde , perdre toute votre estime : l'idée de crime vous paroît peutêtre inséparable de mon égarement ; peut-être votre vertu 'en est-elle révolrée. Non, Madame , lui dit Mademoifelle de Couci , ne craignez rien; je vous aime , je vous estime , & je vous plains.. Hélas ! vous venez de me faire la peinture de l'état où mon obéissance à mon pere , ne fauroit manquer de me rédui

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