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MARIANNE.

Oui.
Md. ARGANT,

Si vous la connollez,
Je suis mere, excusez des desirs empressez;
Vous pouvez m'en tracer une image fidelle.
Faites-moi fon portrait... Quoi! vous ne l'ofez pas?
Je ne me flatte point qu'elle ait autant d'appas
Que vous en avez en partage.

MARIANNE..
Ne me pressez pas davantage
De vous entretenir de les foibles attraits.

Mde, ARGANT.
En feroit-elle dépourvûe?...
Vous rougissez toujours, & vous baissez la vûe.

MARIANNE,
Connoissez-la par d'autres traits
Plus précieux, plus chers & pour vous & pour elle
C'est la foumission & son profond refpe&.

Cet éloge n'est point suspect. Quels que soient vos desseins, elle y sera fidelle. Votre fille à jamais saura s'y conformer. Vos projets lui sont tous auslí chers qu'à vous-même, Il me reste à vous informer ...

Md. ARGANT. De quoi donc? Achevez.

MARIANNE.

De fa tendresse extrême,

S CE N E I X.

M. ARGANT, M. DOLIGNI peres

au fond du théatre. Mde: ARGANT, MARIANNE.

Md. ARG ANT.

HÉ !

pour qui!

MARIANNE.

Le demandez-vous?
Pour une mere qu'elle adore.

Mae. ARGANT.
Moi, puis-je meriter des sentimens fi doux?
Elle ne m'a point vûe encore.

MARIANNE.
Hélas ! Pardonnez-moi.

Mde, ARGANT. 9.

Que dites-vous ? Comment? Éclaircissez en ce moment

Le mystere que vous me faites. Seriez-vous !... Plût au Ciel!... Dites-moi qui

vous étes. Ma niéce.... Si j'en crois des transports pleins d'ap; pas 2 Vous devez m'être bien plus cherei

M. ARGANT s'approchant,

Votre cour ne vous trompé pas. Embrassez votre fille. Md. ARGANT embrassant sa fille , qui se jette

à ses genoux.

O trop heureuse mere!

MARIANNE. Qu'il m'est doux de me voir entre des bras fi chers!

Nous en

Md. ARGANT.
Pardonnez-moi tous deux, & partagez ma joie.
Dans la félicité que le Ciel me renvoie,
Je retrouve au-delà de tout ce que je perds.

M. AR GANT.
Vous me pardonnez donc cette rufe innocente!

Mde. ARGANT.
Si je vous la pardonne ! Elle fait mon bonheur.

M. DOLIGNI pere,
voilà

pourtant venus à notre honneur!

M, ARGANT.
Ma femme, il faut aussi que mon fils s'en ressente.
Sous le poids de la faute il paroît abbatu.
Je crois, pour l'avenir , qu'on peut tout s'en pro-

mettre.
Il n'oferoit paroître. Ah ! daignez lui permettre
De venir à vos pieds reprendre la vertu.

Mde, AR GANT
Je ne puis.

MARIANNE.

Oferois-je, en faveur de mon frere,
Unir ma foible voix à celle de mon pere!
Pour qui réservez-vous un généreux pardon?
Me refuserez-vous une premiere grace?

M. ARGAN Ť.
L'ingratitude la plus basse

Mérite un entier abandon.
( à M. Doligni.)
Appellez votre fils ; qu'il vienne en diligence,
[M. Doligni va pour faire avancer son fils ]

M. ARGANT.
Je croirois que c'est trop écouter la vengeance,
Et

que le châtiment d'un si cher criminel
Doit être passager & non pas éternel.

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SCENE X.

M. DOLIGNI pere, M. DOLIGNI fils; M. ARGANT, Mte. ARGANT,

MARIANNE.

Mde, ARGANT à M. Doligni pere.

M

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Je déshérite Argant; j'en prononce l'arrêt :
Ma fille occupera sa place toute entiere.
Je fai que votre fils l'adore & qu'il lui plaît.
Ne vous en cachez point. Leur amour m'intéresse.
Qu'ils recueillent tous deux le fruit de leur tendresse.

MARIANNE,
Eh! Madame, croyez le serment que j'en fais ,
S'il en coûte si cher à mon malheureux frere,
J'aime mieux avec lui pleurer votre colere,
Que d'en

accepter les bienfaits.

Mde. ARGANT.
Hé, que veux-tu ?

MARIANNE.
Sa
grace.

Elle sera la mienne. Si vous l'abandonnez, que faut-il qu'il devienne?

Mde. AR GANT
Il n'auroit pas parlé de même en ta faveur.

MARIANNE.
Il m'aimera. Craignez l'effet de la douleur,
Et de son désespoir extrême.

Mde. ARGANT.
Qui me garantira ce retour sur lui-même ?

MARIANNE.
Sa faute & fes remords.

M'e. ARGANT.

Tu m'imposes la loi.

Puisse ce malheureux te prendre pour exemple !

Mais avant qu'un pardon plus ample
Lui fasse partager ma tendresse avec toi,
Je veux d'un vil févere observer la conduite.
L'ingrat jusqu'à ce jour ne m'a que trop féduite:

[ à M. Doligni fils. ]
Vous, recevez ma fille & vivez avec nous :
Je ne puis me résoudre à me séparer d'elle;
C'est la condition que j'exige de vous.

M. DOLIGN I fils.
C'est rendre encor plus chere une union G belle,

M. ARGANT.
Enfin, vous me voyez au comble de mes voeux.
En aimant ses enfans, c'est soi-même qu'on aime,
Mais pour jouir d'un sort parfaitement heureux,

Il faut s'en faire aimer de même.
Comptez qu'on ne parvient à ce bonheur suprême
Qu'en partageant son ame également entr'eux.

FI N.

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