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Tout mon coeur s'en émeut , j'en fremis par avan

се ,

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De la force du sang telle est la violence,
Loi vive, traiis profonds , caracteres sacrez ,
Par la nature empreints, dans nos cæurs penetrez ,
Combien surpassez-vous ces ardeurs étrangeres ,
Qu'allument au hazard des fâmes passageres ;
Pour vous, neuds tout puislans, on ne vous rompe

jamais,
Et l'on n'efface point d'ineffaçables traits.

PYLADE.
Si déja le plailir flate vôtre tendresse,
Quels seront les transports , Seigneur, de la Prin.

cefle ?
D'un retour imprérû l'inesperé bonheur ..

O RESTE.
Helas! sans amertume il n'est point de douceur !
Par le bruit de ma mort comme un autre trompée ,
De quel coup accablant va-t-elle être frapée :
Trifte épreuve ! ou in'expose un ordre exprés des

Cieux.
L:Oracle qui me guide , & m’ameine en ces lieux ,
Avant que d'avoir vû, celle qui m'a fait naître ,
Me défend à ma Sæur de me faire connoître.
J'en ignore la cause , en vain nos foibles yeux ,
Chercheroient à percer dans les secrets des Dieux,
Trop élevez pour nous, mais toujours équitables,
On ne doit point sonder leurs arrêts redoutables.
Ainsi donc chere Electre abusant ton amour,
Je te cache à regret mes dell'eins , mon retour ,
Quels seront tes transports lorsqu'un bruit in delle,
De ma mort jusqu'à toi porterà la nouvelle ?

В

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Que ferai-je moi-même en rentrant dans ces lieux,
Si le fort présentoit ta douleur à mes yeux:
Pour sauver de ce coup ma trep foible constance ,
J'éviterai ta vië & fuirai ta presence ;
Témoin de tes tourmens sans m'ofer découvrir,
Mon cæur, mon triste cæur auroit trop à souffrir.

SCENE

II.

ORESTE, PILADE, PAMENE.

PAMENE.

S

Eigneur ,j'ai vû Cleon , & lui cachant le refte ,

Tous , portant à regret des fers injurieux,
Pour l'affranchir du joug d'un Tyran odieux,
Attendent ardemment leur veritable maître;
Et si j'en crois sa foi , vous n'avez qu'à paroître ;
Mais la prudence humaine aveugle rant de fois ,
Doit se taire ; Les Dieux vous font ouïr leur voix:
Comme la fraude seule exécuta le crime,
Ils veulent qu'elle seule immole la victime,
Ils vous l'ont ordonnés, soit , pour montrer

à

tous, Que leur bras feul conduit & porte de tels coups Pour mettre en plus grand jour l'éclat de leur justiEt fraper tous les yeux par le choix du supplice; Infin vous revoyez ces lieux li souhaitez , Leur afpect seul, troublant tous vos fens agitez ;

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се,

N'y redouble-t-il pas la soif de la vangeance ?
Ne vous sentez-vous pas brûler d'impatience ?

OR ESTE
Pour en pouvoir douter , tu connois trop mon coeur.
Garenti du trépas par Electre ma Sæur,
Et remis dans tes mains dés ma plus tendre enfance ;
Tu m'inspiras des væux dignes de ma naissance :
Fidelle à mon devoir , on me verra remplir ..
Mais que sert de parler , Pamene, il faut agir.

PAMENE.
Oüi, ne differons plus, mais avant qu'entreprendre ,
Ce Dieu vous a sur tout ordonné de vous rendre
Au tombeau du grand Roi qui vous donna le jour :
Acquitez-vous d'un soin que lui doit vôtre amour.
On trouve ce tombeau hors des murs de Mycénes ,
Hâtons-nous d'y chercher le remede à nos peines;
Nous reviendrons , Seigneur , ensuite exécuter
Le projet important que j'ai sfâ concerter :
Qui peut nous reconnoitre : & le tems , & l'absence
N'ont que trop effacé les traits de votre enfance ,
Et douze ans de travaux, de vieillesse , & d'ennuis
Me font presqu'à moi-même oublier qui je suis.
A la Cour peu connu , je puis en assurance ..
J'entends du bruit , on vient , fortons en diligence.

OREST E.
Si nous nous informions du destin de ma Sour :
Je voudrois ....

Ρ Α Μ Ε Ν Ε.

A l'Oracle , obéissons Seigneur.

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Rêtons-nous ici. Vous , allez Atigene, А

Allez de mon retour , avertissez la Reine , Je l'attends en ces lieux ; que veut-elle Dymas : Sa lettre me rappelle & ne s'explique pas. Dans le calme profond qu'offre la solitude, Je cherchois quelque azile à mon inquiétude : Mais en vain l'agitant on croit fuir la douleur , Le changement des lieux ne change point le cæur ; Les chagrins dévorans ou nôtre ame le livre, Vagabondsavec nous, font constans à nous suivre. D'on repos précieur ou pourrois-je jouïr ? Je me traîne par tout , & ne sçaurois me fuir.

DYMAS. De ce trouble inquiet d'où naît la violence ! Seigneur, en ce dégré de gloire & de puissance , Quand tout fiéchit sous vous est-il quelques soucis Qui ne soient effacez , ou bien-tôt adoucis !

EG Y ST E.

Ah! que tu connois mal le poids d'une couronTu ne vois que l'éclat , Dymas , qui l'environne,

Sur tout

Mais quel fiel , quel poison en corrompt les dou

ccurs ! Que de peines souvent nous percent sous ses Acurs ! Qui connoîtroit les maux que

coûte un diadême, Le fouleroit aux pieds ; & le moins fage même Craindroit de ramasser un funeste bandeau , Qui lui fait entrevoir dans sa perte un tombeau ; Mais d'un rang élevé pour pouvoir en descendre, Le sort par un cheveu se plaît à nous fufpendre , Et troublé, chancelant, fous ce faîte orageux, On ne voit pour tomber qu'un précipice affreux.

ceux qui de sang cimentant leur puiffan

ce , Par force au trône affis regnent par

violence, De chagrins, de soupçons, nuit & jour dévorez , Tourmentez de frayeurs, de remords déchirez, Esclaves de leur rang , las d'eux-mêmes ils regnent , Et punis par avance ils souffrent ce qu'ils craignent. Ah! fi de mes pareils on entr'ouvroit le cæur, Que l'ail pût penetrer cet abîme d’sorrear, On les verroit gemir sous les coups , dans les chaîEt laffer cent bourreaux sans épuiser leurs gênes; Brave-t'on les mortels : on ne peur fuir les Dieux ; Pour moi depuis un tems à moi-même odieux , Craint de tous , je crains tout ; tout m'allarme &

m'offense, Je fuis jusqu'à la Reine , & je hais la presence, Et sans nos interêts qui nous tiennent unis, Nous nous serions déja l'un de l'autre bannis. Nôtre aspect pour tous deux est un secret reproche : Tout mon coeur agité fremit à son approche , Et semant entre nous cette horreur qui le suit , Nôtre crime vangeur l'éleve & nous poursuit;

nes ,

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