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ina

trop juste ainsi

Soleil, toi qui répands à regret la clarté,
Sur ce Palais affreux par le crime infecté,
Et fremiflant d'y voir le vrai Fils de Thyeste,
Es toûjours prêt à fuir à son aspect funefte ;
Tu te prefies Soleil de rentrer dans les flots,
Mais en fors-tu jamais sans oüir mes sanglots;
Et lorsqu'enfin la nuit rend le repos au monde,
Toute entiére abîinée en ma douleur profonde
Le sein meurtri de coups , les yeux noyez de pleurs,
Des destins ennemis j'accuse les rigueurs.
La mort , l'horrible mort d’Agamemnon mon Pere,
Rend douleur

que ma colere ;
Et c'est pour la nourir que je cherche ces lieux,
Ou tout me renouvelle un forfait odieux.
Dieux vangeurs : c'est ici qu'arrêté dans le piége ,
Mon Pere succomba sous un fer facrilege :
O mon Pere! ô mon Roi! Mes yeux, mes tristes yeux,
Virent fondre sur toi ces tigres furieux,
La fraude terrasser ta valeur abattuë,
Et ton sang réjaillir sur ta fille éperdue.
Je te vis expirant par les tiens égorgé.
O mon Pere ! je vis , & tu n'es pas vangé,
Ton affaflin triomphe , & du Ciel qui l'éclaire,
Jouissant de son crime , il brave la colere.

vous dont l'eil farouche & la severe main Obfervent les forfaits, les gravent sur l'airain, Vous qui des gouffres lourds de l'infernale rive Prêtez au sang qui crie uue oreille attentive , Et qui marchant dans l'ombre ayancez à pas lents, Pour accomplir l'horreur de vos arrests sanglants Terribles Déitez , venez vanger mon Pere , Kåtez-vouis, ou du moins renvoyez-moi mon Frere; Ce Frere à ses Bourreaux par moi seult'arraché, A qui par cant de næuds mon cour eft.attaché,

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Ce Frere , mon amour , mes væux, mon esperance, Et pour tout dire enfin, dont j'attends ma vangeance. Qu'il vienne, abandonnée à de fi grands malheurs , Je ne puis plus porter le poids de mes douleurs.

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ISMENE. E ces vives douleurs, cachez mieux les atteintes, D vos

plaintes , Je tremble que vos cris en ces lieux répandus , Ne soient ou de la Reine , ou d'Egitte entendus.

ELECTR E. Ah ! plûtôt dans les maux dont mon ame est la proie,. Puissent mes cris troubler leur odieuse joïe. Quoi ; de mes ennemis le criine consacré, Mon Frere fugitif, mon Pere massacre, La terre de son sang abreuvée & fumante , Son ombre autour de moi plaintive & murmurante , Des Dieux sourds à mes veux la coupable lenteur, Sooffrent-t-ils quelque tréve à ma juste douleur ? D'Egyfte l'aspect senl m'est un cruel suplice ; Juge du reste, helas! dont ma Mere eft compliDe quelle horreur crois-tu que mes sens font saisis, Quand bourreau de mon Pere & sur son trône asis,

ce.

freux,

Je le vois profaner ce sacré diadême ,
Du fang de son vrai Roi teint encor par

lui-même :
Qiiand je fonge à l'Hymen, plus que le meurtre af-
Q.1i tout couvert de fang les couronna tous deux.
Je ne te parle point de ma propre misere ,
Fidelle à mon devoir, fidelle au sang d'un Pere,
Tu sçais trop que pour prix mes fiers persecuteurs,
M'accablent.tous les jours de nouvelles rigueurs,
Sans Parens, sans Amis , sans Cour, sans Hymenée,
Toujours de ficl nourie & de larmes baignée,
Consumant ma jeunesse en impuissants regrets,
Etrangere , que dis-je ? Esclave en mon Palais ,
En Elclave vetuë , en Esclave asservie ,
Traînant avec horreur une mourante vie,
j'éprouve un fort, qui même à mes perfecuteurs
S'ils étoient moins cruels arracheroit des pleurs.
Cependant, ô mon Pere : à ces maux peu ferlible,
Je braverois pour toi tout ce qu'ils ont d'horrible ,
Ta mort, ta seule mort occ.ipant tout mon coeur,
J'en jure par ton ombre, (puiie ma douleur.

ISMENE. C'est de vos maux en vain aigrir la violence , Des Princeffes vos Seurs imitez la prudence, Difimulant leur haine , étouffant leurs soupirs ....

ELECTRE. Forbies refsentimens en de tels déplaifirs. Ah! leurs honteux détours , leur molle complaisanDeshonorent le sang qui leur donna naissance ; en rougis, & pourrois suivre leur lâcheté ? O moa Pere , ou seroient l'honneur, la pieté ?

ce ,

bre,

Non, n'ayez plus pour moi sur le rivage sombre,
Le tendre amour qu'encor m'y conserve vôtre om-
Si perfide aux sermens que je vous ai jurez ,
Je fais un tel outrage à vos mânes sacrez.
M’ose-tu donc offrir un conseil si coupable !
As-tu donc oublié cette nuit effroïable,
Où parmi les plaifirs, la pompe , & les feftins,
Le grand Agamemnon vit trancher ses destins :
As-tu donc oublié cette trâme infernale,
Cet infortuné bain, cette robbe farale ;
Le lâche Egyfte armé, mais pâle encor d'effioi,
Foulant aux pieds son maître, assassinant son Roi;
De mon Pere abattu , la grande ame déçúë.
Cherchant à s'échaper par une indigne issuë ,
Ses cris mal étouffez & son sang ruiffclant ,
Sa femme l'æil farouche & l'ail érincelant,
Une hache à la main , de cette main cruelle,
Lui portant sans fremir une arieinte mortelle.
Sa femme dans son sang osant tremper ses mains,
Sa femme... Oh! trahison ! Oh! complots inh:-

mains !
Une femme à mes yeux a massacré mon Pere ,
Et pour comble d'horreur cette femme est ma Mere.
Impitoyables Dieux ! Vous qui l'avez permis,
Du moins me deviez-vous donner des ennemis,
Que je pusse offenser sans remord & sans crainte ,
Et qu'il me fût permis de haïr fans contrainte.

ISMENE.
Ah ! Madanie , esperez que tôt ou tard les Dicus
Vous

vangeront enfin d'un Tyran odieux , Et que pour

le punir , vous renvoyant Oreste, Ils vous affranchirone d'un deftin á funeste.

ELECTRE.

heurs,

Helas ! qu'il est heureux ; quelque soient ses mal-
Aucun objet cruel n'irrite ses douleurs :
Respirant un air pur , éloigné de Mycenes,
Des meurtriers d'un Pere il ne sent point les chaînes,
Et la vangeance en main , revenant en ces lieux,
Ce sera pour y vivre , ou mourir glorieux.
Je l'attend chaque jour, brûlant d'impatience ;
Mais qu'il tarde à remplir mon avide esperance.
Il ne vient point Ismene ! Envain à mon amour,
Il promet dés long-tems de hâter son retour ,
Il ne suit pas l'ingrat ses lettres mensongeres ,
Les vents ont emporté les promesses legeres.
En vain

pour

fon

retour,en tout tems , en tous lieux, Par des veux enfâmez je fatigue les Dieux : Il ne vient point Ilinene , & cependant ma vie S'affoiblit , se consume , & va m'être ravie. Cher Frere ! hâte-toi , fi tu veux voir ta seur, Ne lui refuse pas certe triste douceur , Qu'elle te voye au moins en perdant la lumiere , Viens recevoir mon ame , & fermer ma paupiere: Mais je l'appelle en vain , Oh! regrets fuperflus ! Peut-être en ce moment, cecher Frere n'est plus. De nos Tyrans cruels la fureur homicide, Arme des meurtriers jusques dans la Phocide i Egyfte le redoute & met sa tête à prix , sa fille est le butin au meurtrier promis, En vain j'avois ravi ton enfance à leur rage, Auront-ils consommé leur parricide ouvrage ?

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