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Ce sein où j'ai puisé la clarté qui m'éclaire',
Et le sang dont je fûme, est le sang de ma mere;
Jusques-là ma fureur as-tu pû me troubler ?
Jusques-là sore fatal devois-tu m'accabler
Dieux cruels ! ah! du moins vôtre courous figil-

tre ,

Auroit dû m'exémpter d'en être le Ministre e
Barbare , qu'ai-je fait ! mon horrible fureur,
Des plus grands attentats surpasse la noirceur,
Me livrant en aveugle au transport qui me guide
Je veux vanger mon Pere , & deviens parricide
Helas ! du monde entier fugitif, abhorre,
Accablé de tourmens, de remords devoré,
Où trouver un azile au sort qui me menacc ?
Où chercher des amis qui plaignent ma disgrace :
Vous-même , je le vois , prête à me fuïr, ma Sæur ,
Vous détournez les yeux , & je vous fais horreur :
Craignant de vous souiller par mon aspect funcfic.
Vous abandonnerez le parricide Oreste :
La noirceur d'un tel crime éteint toute amitié,
Et je n'oferois même esperer de pitié
Où fuir , ou me cacher ? horrible à mes yeux même,
Ah! cherchons à finir mon infortune extrême !
Qui m'arrête ? un nuage enveloppe mes yeux :
Tous mes sens font troublez , ou fuis-je Ô juftes

Dieux !
Quelle profonde nuit! quelles sombres tenebres.
La foudre gronde au loin, j'entends des cris fune

bres, Et d'affreux éclairs seuls perçant l'obscurité ! Je vois des flors de sang à leur sombre clarté,

ELECTR E. Ah! Prince, quels transports !

ORESTE.

Ne vois-je pas la Reine ! C'est elle , je la vois , que difiez-vous Pamene! Ne la voyez-vous pas , elle avance vers moi , Mbi courons l'embrafier . . . Dieux qu'est-ce que je

voi! Son sang à gros bouillons, coule & rougit la terre , Ce sang gemit, s'éleve, & m'annonce la guerre, Le front pâle d'horreur , & l'ail étincelant Elle m'offre sa plaïe , & son sein tout sanglant : Mais quels bourreaux affreux, & quels monstres

horribles, Quel Aambeau, quels serpens, quels fifflemens ter

ribles ? Que deviendrai-je , ô Ciel : ils vont fondre sur moi.

ELECTRE.
Rue faites-vous, helas ! dissipez votre effroi,
C'eft Elçctrc.

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ORESTE.

Arrêtez, barbares Eumenides, Je reconnois ce bras vangeur des parricides, Un moment , un moment , suspendez-en les coups, Que vois-je? Clytemnestre, elle approche avec vous, A mes cris, à mes pleurs , elle endurcit vôtre amc Sa fureur vous anime, & fa voix vous enfâme ;

Mere au nom des Dieux,calmez ce fier couroux, Epargnez vôtre Fils , j'embraffe vos genoux, N'armez poiar contre moi les terribles Déesses, Helas ! vous irritez leurs fureurs vangeresses. Elle-même sur moi s'élance avec transport C'est elle , comment fuir ? la voilà, je suis mort.

ELECTRE. Impitoïables Dieux ! :

ORESTE.

Mere Barbare arrête: A déchirer mon sein , ta main déja s'apprête : Tu m'entrouvres le flanc, tu m'arraches le cour, De mille affreux trépas , je sens toute l'horreur. Pour m'engloutir , ô terre, ouvre-moi tes abîmes, Dérobe à la clarté mon supplice & mes crimes: Mais portant mes remords jusqu'au fond des enfers, J'y trouverai ma mere, & cent bourreaux divers,

PYL ADE.

Il perd le sentiment.

ELECTRE.

Oh!vangeance fatale! Oh! sang infortune , d'Atrée & de Tantale : Dieux cruels ! à quel prix vendez-vous vos bienfaits! Helas, il valoit mieux ne m'exaucer jamais,

Fin du rinquième, de dernier Adte.

E L E C T R E

D'EURIPIDE,

TRAGEDIE

TRADUITE DU GRE C:

far Archer

Le prix est de 30 fols.

A PARIS, Chez CAILLEA U, rue S. Jacques au-dessus de la rue des Mathurins, à S. André.

M. DCC. L.
Avec Approbation & Permifion.

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