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SCENE

ΙΙ Ι.

ILECTRE, CHRYSOTHEMIS, ISMENE.

J

CHRYSOTHEMI S. 'Ai d'importans secrets , ma Sæur , à vous ap

prendre, y os transports ...... mais je crains , on pourroit

nous surprendre, Sors Ismene , & sur tout veille , observe avec soin , Qu'en secret de ces lieux n'approche aucun témoin. Que je vous plains ma seur! en des maux sans re

mede, N'appellerez-vous point la raison à vôtre aide: Le dangereux éclat de vos vaines douleurs, Ne sert qu'à vous plonger en de nouveaux mal

heurs ; Et me croyez-vous donc à nos maux insensible ? Ah ! je sens comme vous tout ce qu'ils ont d'horriEt je signalerois ma haine & mon amour, S'ils pouvoient no’s vanger en paroissant au jour. Mais que pouroit, helas! mon aveugle impuissance, Foible, & fęule , au destin je cede avec prudence. Au nom des næuds sacrez d'un sang fi précieux , Cedez aussi, ma sæur , au tems , au sort, aux Dicux.

ble ;

pour ses

ELECT R E.
Lâche amour, foible haine, artifices frivoles,
Toutes vos actions démentent vos paroles :
Si vôtre Pere encor vivoit dans votre cœur ,
Si meurtriers vous aviez quelque horreur
Avec eux sans remord vous verroit-t-on unie,
Mandier leur faveur , flatter leur tyrannie ?
Et non contente encor de vôtre lâcheté,
Vous voulez m'abaisser à tant d'indignité;
Non, n'attendez de moi, ni crainte,

ni mollefse;
J'aurai vêcu sans crime, & mourrai sáns foiblefle ;
Que tout ici prévienne ou suive yos defirs,
Des faveurs d'an Tyran faites tous vos plaisirs,
Soyez traitée en Reine, ainsi que vôtre Mere,
Regnez, & me laissez jouir de ma misere.
L'objet qui la produit la rend chere à mon coeur ,
Comment renoncerois-je à ma juste douleur !
D'un Tyran qu'il outrage affrontant la colere,
Autant que je le puis elle vange mon Pere.

CHRYSOTHEMIS.
Vôtre courage est grand, mais son aveuglc ardeur ,
Vous prépare sans fruit le plus cruel malheur :
Je viens vous avertir d'un dessein qu'on projette :
Craignez....

ELECTRE.

Et quoi ?
CHRYSOTHEMI S.

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La mort.
ILECTRE.

La mort ; je la souhaite.

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CHRYSOTH EMIS. A vous faire perir le Tyran engagé..

ELECTRE. Perissons , periffons , fi mon Pere est vangé.

CHRYSOT HEMIS. Vous ne le

vangez point en vous perdant vous-mêm

me.

ELECTRE. Du moins , mon sang versé fera voir si je l'aime:

CHRYSOT HEM IS.
Songez-y, vous voudrez trop tard vous garentir ;
Trop de zele est souvent suivi de repentir,
Cependant sçavez-vous le trouble de la Reinc.

ELECTR E..
Quel trouble : juftes Dieur.
CHRYSOT HEMIS.

Vous le croirez à peine;
D'un songe affreux, dit-on, son esprit agité,
Cede au secret effroi dont il est tourmenté ;
Et pour calmer du Ciel l'implacable justice
au tombeau de mon Pere offrant un sacrifice,
Demain lorsque le jour ....

ELECTR E.

Oh ! discours plein d'horreur , *An tombeau d'un Epous , ... Vous m'entcndcz na

Sæur.

CHRYSOTHEM IS.

'des,

Oui, je dois de la part consacrant des guirlan-
Par des libations, des veux, & des offrandes ,
Efsayer de fléchir les destins rigoureux ,
Je vais tout préparer pour répondre à ses veux,
Ma Sæur au nom des Dieux , forcez-vous au fi-

lence,

Et ne vous perdez pas du moins par imprudence.

ELECTRE. Et moi, je vous conjure au nom des mêmes Dieux, De ne point accomplir un dessein odieux. Voulez-yous , peu sensible aux droits de la nature , D'un Pere infortuné souiller la sepulture ? Dans ce tombeau repose un grand Roi maffacré, Gardez de violer cet azile sacré. Que dis-je ? le saint Temple interdit aux prophanes , Consacré par la cendre, habité par ses Mânes, Pourroit-il d'une main qui lui perça le flanc , Recevoir fans horreur des dons teints de son sang. Quoi : troublant son repos jusqu'au roïaume som

bre,
Vous-même fans fremir invoquerez son ombre?
Elle viendra vers vous , & lorsqu'avec plaisir ,
De vos embrassements elle croira jouir,
Som amour abusé par un revers finiftre ,
D’un sacrifice affreux vous verra le ministre ?
Et quels veux pour la Reine , Ô Dieux formeriez-

vous ?
Allez-vous demander pour elle à cet Epoux .
Déja vous fremissez, & vos levres pâliffent,
Déja sur votre front vos cheveux se heriffent ,

Jetrez , jettez au vent des dons qui fone hor

reur :

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Au lieu de ces objets de haine , & de douleur,
De mes voiles prenez le déplorable reste,
Infortuné débris de ma douleur funeste,
Dons non pas arrosez , mais baignez de mes pleurs,
C'est tout ce que du sort m'ont laissé les rir

gueurs.

CHRYSOTH EM IS.
Oui , je sçaurai remplir une fi jufte envie,
Mais du moins le secret, il y va de ma vie
Si Clytemnestre.

ELECTR E.

Allez, ne craignez rien, les Dieux, Doivent-un autre prix à des soins fi picur.

SCENE I V.

ELECTRE, Seule.

L

'Auriez-vous envoyé, grands Dieux ! ce songe

horrible ? Est-il de vos arrests l'avant-coureur terrible ? De la mort du Tyran pourois-je enfin joüir ?

go

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