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Cette épigramme est un chef-d'œuvre de naïveté. Les deux vers qui en forment la chûte sont pleins d'élégance et de grâce. Quoide plus anacréontique que la suivante ?

· Amour trouva celle qui m'est amère,
Et j'y étais, j'en sais très-bien le conte :
Bonjour, dit-il; bonjour, Vénus, ma mère...
Puis tout à coup il voit qu'il se mécompte,
Dont la rougeur au visage lui monte, J'
D'avoir failli honteux, Dieu sait combien !
Non , non, Amour, ce dis-je, n'ayez honte ;
Plus clairvoyans que vous s'y trompent bien.

On a imité depuis cette épigramme : nous la présentons au lecteur pour le mettre à portée de juger la différence. |

L'autre jour l'enfant de Cythère,
Sous une treille à demi-gris,
Disait en parlant à sa mère :
Je bois à toi , ma chère Iris.
Vénus le regarde en colère.
— Maman, calmez votre courroux ;

Si je vous prends pour ma bergère,
J'ai pris cent fois Iris pour vous.

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y remarque plus d'apprêt que dans Marot. L'antithèse qui termine cette imitation est loin de valoir :

Plus clairvoyans que vous s'y trompent bien.

Saint-Gelais,Gombaud, Charleval, Cailly (ou d'Aceilly), Pavillon et beaucoup d'autres, firent aussi des épigrammes que l'on aime encore à citer. A mesure que l'épigramme s'éloigna de son berceau, ses progrès devinrent plus sensibles. Bientôt le trait vif et piquant s'aiguisa sous les mains de Boileau, de J.-B. Rousseau, et du trop énergique Piron. Parmi les excellens épigrammatistes, on ne doit pas oublier un auteur dont le talent paraissait le plus opposé à ce genre d'écrire : en effet, il est peu d'épigrammes plus acérées que celles du tendre Racine. Il nous reste à donner une idée des principales qualités qui constituent l'épigramme. Elle doit être simple, courte et vive. Elle a, comme un grand ouvrage, l'exposition, l'action, le dénouement. L'exposition doit Tome III. 2

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être claire et suffisante ; elle ne comporte point de trait saillant : quelque heureux qu'ils pussent être, ils nuiraient toujours au dernier, qui doit surprendre et frapper. Ce dernier trait doit venir naturellement , sans être amené de trop loin. Il faut surtout éviter le calembourg et le jeu de mots puéril. Il y a deux sortes d'épigrammes, celle de pensée et celle de trait. Le trait de la première y est répandu généralement, et porte plus sur l'idée que sur le mot, comme dans celle-ci de J.-B. Rousseau : Doctes héros de la secte moderne, Comblés d'honneurs et de gloire enfumés, Défiez-vous du tems qui tout gouverne, Craignez du sort les jeux accoutumés. Combien d'auteurs plus que vous renommés Des ans jaloux ont éprouvé l'outrage ! Non que n'ayez tout l'esprit en partage Qu'on peut avoir; on vous passe ce point : Mais savez-vous qui fait vivre un ouvrage ? C'est le génie, et vous ne l'avez point. La seconde, qui garde le trait pour le dernier vers, offre une pensée moins étendue et

plus saillante. Nous citerons celle-ci de Boileau : Ton oncle, dis-tu, l'assassin M'a guéri d'une maladie : La preuve qu'il ne fut jamais mon médecin, C'est que je suis encore en vie.

Il est encore une autre sorte d'épigrammes; c'est celle qui présente à la fois un trait mordant et un trait flatteur : on pourrait l'appeler madrigal-épigramme. Nous donnerons la suivante pour exemple : elle est de Lamonnoye.

Roch est un homme fort secret.
Ami, reconnais à ce trait
Sa discrétion sans pareille :
L'autre jour, s'approchant de moi,
Il me dit tout bas à l'oreille
Que Louis était un grand roi.

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