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| | 254 ENCYCLoPÉDIE PoÉTIQUE.

A UN BEL ESPRIT, GRAND PARLEUR.

MoNsiEUR l'auteur que Dieu confonde,
Vous êtes un maudit bavard ;
Jamais on n'ennuya son monde
Avec tant d'esprit et tant d'art.

" Je vous estime et vous honore :
Mais les ennuyeux tels que vous,
Eussiez-vous plus d'esprit encore,
Sont la pire espèce de tous.

Qu'un sot afflige nos oreilles,
Passe encore; ce n'est merveilles ;
Le don d'ennuyer est son lot :

Mais Dieu préserve mon ouïe
D'un homme d'esprit qui m'ennuie !
J'aimerais cent fois mieux un sot.

o J.-B. RoussEAr.

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A UNE DAME

qui demandait des énigmes à l'auteur. * J, suis en même tems et de glace et de flamme; La crainte et le desir accompagnent mes pas : Ma peine a ses plaisirs, mon mal a ses appas, Et ma propre douleur me tient lieu de dictame.

En cet étrange état, où souvent je me pâme,
J'ignore également la vie et le trépas :
Les endroits où je suis c'est où je ne suis pas,
Et j'ai le mouvement, bien que je sois sans âme.

Mon esprit de mon corps est toujours dégagé :
Un astre fait la nuit où je me vois plongé,
Un aveugle me guide, un enfant me conseille.

Je suis dans la prison, et j'erre en mille lieux :

Voilà la seule énigme, adorable merveille,

Où ne pénètre point la clarté de vos yeux. MALLEvILLE.

Serennes monumens de l'orgueil des humains,
Pyramides, tombeaux, dont la vaste structure
A témoigné que l'art, par l'adresse des mains
Et l'assidu travail, peut vaincre la nature ;

Vieux palais ruinés, chefs-d'œuvres des Romains,
Et les derniers efforts de leur architecture,
Colysée où souvent ces peuples inhumains
De s'entr'assassiner se donnaient tablature,

Par l'injure des tems vous êtes abolis,
Ou du moins la plupart vous êtes démolis.
Il n'est point de ciment que le tems ne dissoude.

Si vos marbres si durs ont senti son pouvoir,
Dois-je trouver mauvais qu'un méchant pourpoint noir ;

Qui m'a duré deux ans, soit percé par le coude ?
SCARoN.

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L' AVORTON.

To1 qui meurs avant que de naître, Assemblage confus de l'être et du néant,

Triste avorton, informe enfant ,

Rebut du néant et de l'être ;

Toi que l'amour fit par un crime, (1)
Et que l'honneur défait par un crime à son tour,

Funeste ouvrage de l'amour,

De l'honneur funeste victime,

Laisse-moi calmer mon ennui ; Et, du fond du néant où tu rentre (2) aujourd'hui, N'entretiens point l'horreur dont ma faute est punie.

Deux tyrans opposés ont décidé ton sort :
L'amour, malgré l'honneur, te fit donner la vie ;
L'honneur, malgré l'Amour , te fait donner la mort.

HÉNAULT.

T (1) ÉTRE et cRIME, deux rimes féminines de suite. (2) Il faudrait RENT RE avec un s : cette omission n'est

pas seulement une licence, c'est une faute.

SUR PARIS.

Us amas confus de maisons,
Des crottes dans toutes les rues,
Ponts, églises, palais, prisons,
Boutiques, bien ou mal pourvues ;

Force gens noirs, blancs, roux, grisons,
Des prudes, des filles perdues,
Des meurtres et des trahisons,
Des gens de plume aux mains crochues;

Maint poudré qui n'a point d'argent,
Maint homme qui craint le sergent,
Maint fanfaron qui toujours tremble;

Pages, laquais, voleurs de nuit,

Carrosses, chevaux et grand bruit,

C'est là Paris. Que vous en semble? SCARoN.

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