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C, mot en grec signifie seulement inscription.Il désigne moins l'épigramme moderne que l'ancienne. Marmontel définit l'épigramme : « Un « petit poème, ou pièce de vers, qui finit « par quelque pensée vive, ingénieuse et « saillante.» Cette définition ne nous parait pas complète; elle pourrait s'appliquer également au madrigal, qui finit d'une manière quelquefois vive, et toujours ingénieuse et saillante. Ce qui caractérise l'épigramme, telle qu'elle existe de nos jours, c'est le bon mot, le trait malin ou mordant. L'épigramme des anciens, surtout celle des Grecs, ne ressemblait point à la nôtre; elle renfermait généralement une pensée morale , gracieuse ou naïve. Beaucoup

d'épigrammes anciennes seraient aujourd'hui de très-jolis madrigaux. Nous citerons pour exemple celles-ci, tirées de l'Anthologie, et imitées par Voltaire avec grâce et précision.

Sur une statue de Vénus, de Praxitèle.

( C'est Vénus qui parle. ) Oui , je me montrai toute nue Au dieu Mars, au bel Adonis, A Vulcain même, et j'en rougis : ' Mais Praxitèle où m'a-t-il vue ? Sur Léandre qui nageait, pendant la tempéte, vers la tour Héro, sa maîtresse, était renfermée. (Epigramme imitée depuis par Martial.) Léandre, conduit par l'amour, En nageant disait aux orages : Laissez-moi gagner les rivages ; Ne me noyez qu'à mon retour. Ces deux épigrammes sont des modèles de délicatesse. Chez les Grecs, Callimaque est un de ceux qui ont le mieux réussi dans ce genre d'ouvrage. Les poètes latins s'y sont exercés à leur tour avec succès. Nous ne citerons que

Catulle et Martial; mais, quoiqu'au rapport de Boileau

Le latin dans les mots brave l'honnêteté,

ils ont poussé trop loin cette licence. Le genre de ces deux poètes est bien distinct : le premier eut en finesse ce que l'autre eut en force. Le talent de Catulle est plus souple, celui de Martial plus ferme : c'est le Juvénal de l'épigramme. Quelques épigrammes latines sont exemptes du défaut que nous venons de reprocher à la plupart. En voici une d'Ausone, dont le sujet est un jeune garçon et une jeune fille, chacun privé d'un œil. On s'adresse au jeune garçon :

Lumine Acon dextro, capta est Leonida sinistro;
Et poterat formd vincere ulerque deos :

Parve puer, lumen quod habes concede puellae,
Sic tu caecus Amor, sic erit illa Venus.

En voici l'imitation par Dorat :

L'œil droit manque à Dorine, et le gauche à Cydnus;
Tous deux ont en partage une beauté céleste :
A ta sœur, bel enfant, cède l'œil qui te reste;
Tu vas être l'Amour, elle sera Vénus.

Cette épigramme ancienne serait encore un très-joli madrigal moderne; cependant il est à remarquer que les Latins, en s'écartant de la simplicité et de la décence des Grecs, déterminèrent l'épigramme vers la méchanceté ; ils en firent souvent une satire abrégée et personnelle; enfin ils la détournèrent de son but primitif, et l'adaptèrent · quelquefois à un genre auquel nous l'avons depuis exclusivement consacrée. De toutes les nations, la nôtre est celle qui perfectionna le plus cette production de l'esprit. Les Français devaient nécessairement y réussir : ce genre de poésie est de leur essence; la plaisanterie est un besoin pour eux : ce besoin enfante les bons mots , et les bons mots les bonnes épigrammes. On ne peut guère dater la naissance de l'épigramme parmi nous que de Marot. A travers un grand nombre de ces pièces, dignes de la cour de François Ier, on en distingue cependant de fines et d'ingé

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2 » ; 'nieuses Nous ne pouvons nous refuser au

| plaisir d'en rapporter quelques-unes remarquables par l'agrément des idées et , à quelques expressions près, par une sorte de

'Puretédestyle étonnante pour l'âge où il écriVait On retrouvera dans la suivante la douoeur et la mollesse des Grecs, ses modèles :

| Plus ne suis ce que j'ai été,
Et ne le saurai jamais être ;
Mon beau printems et mon été
Ont fait le saut par la fenêtre.
Amour! tu as été mon maître,
Je t'ai servi sur tous les dieux.
Oh! si l'on pouvait deux fois naître,
+ Comme je te servirais mieux !

Voici celle où il célèbre le doux Nenni, qui lui plait tant.

Un doux nenni avec un doux sourire
Est tant honnête ! il vous le faut apprendre.
Quant est d'oui, si veniez à le dire,
D'avoir trop dit je voudrais vous reprendre.
Non que je sois ennuyé d'entreprendre
D'avoir le fruit dont le desir me point;
Mais je voudrais qu'en me le laissant prendre
Vous me disiez : non, tu ne l'auras point.

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