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ON est convenu de donner ce nom à une pièce courte, ingénieuse et galante. Le madrigal, ainsi que l'épigramme, n'est asservi à aucun rhythme régulier; mais il disfère de celle-ci en ce qu'il offre une pensée moins vive que tendre, moins saillante que douce et polie. Le madrigal, plus simple et plus noble en son tour,

Respire la douceur, la tendresse et l'amour.
BoILEAU.

Sa chûte renferme ouune opposition agréable, ou un sentiment, ou une idée purement spirituelle. Nous allons en offrir pour exemple un de chaque genre.

A une Dame, après lui avoir présenté une pomme.

Comme Pâris je suis berger ;
Comme Vénus vous êtes belle ;
Comme lui je viens de juger :
Voulez-vous me payer comme elle ?
DELACLos.

Sur un Portrait à la Silhouette.

Que j'aime ce portrait ! malgré sa couleur sombre,
Qu'il est précieux à mon cœur !

On a dit bien souvent : le bonheur n'est qu'une ombre.

Moi je dis à mon tour : une ombre est le bonheur.

Ce dernier renferme opposition et sentiment. Le suivant exprime une idée purement spirituelle; c'est l'impromptu si connu de Saint-Aulaire à la duchesse du Maine, qui lui demandait un secret, en l'appelant son Apollon :

La divinité qui s'amuse

A me demander un secret,
Si j'étais Apollon ne serait pas ma muse :
Elle serait Thétis, et le jour finirait.

Une des qualités du madrigal est de laisser à deviner.S'il dit trop, il ne dit plus assez : on ne trouve plus qu'un fade compliment où l'on cherchait une pensée fine et gracieuse. On peut adapter au madrigal la même observation que Boileau a faite pour l'épigramme. Essayez dans la société un trait piquant, ou un mot flatteur; s'il produit généralement l'effet que vous en attendez, vous aurez fait une bonne épigramme, ou un joli madrigal. Il rejette surtout l'affectation et le jeu de mots trop soigneusement recherchés; il admet cependant quelquefois ce dernier lorsqu'il se présente naturellement; par exemple, dans le suivant : » .

A madame Rossignol.

Le nom de Rossignol vous convient à merveille,
Jeune objet qui charmez mes yeux et mon oreille ;
Vous avez le gosier qu'il possède aujourd'hui ,
Et les charmes qu'avait autrefois Philomèle.
Qui vous entend croit que c'est lui,
Et qui vous voit croit que c'est elle.
L'abbé LATTAIGNANT.

Le mérite ne consiste pas seulement dans la pensée, mais encore dans la manière de l'exprimer. Le mot le plus heureux, délayé dans des vers lâches et sans grâce, ne fera aucune impression, tandis qu'un tour aimable rajeunira une pensée ordinaire. Le mélange harmonieux des rimes et des mesures donne un nouveau prix au madrigal. On ne peut dicter de préceptes à ce sujet; l'oreille et le goût sont les seuls maitres que l'on doive consulter. Les anciens ne connaissaient d'autre madrigal que leur épigramme. Elle renfermait presque toujours (comme nous l'avons fait remarquer dans l'avant-propos sur l'épigramme) un sentiment ou une image fraîche et riante. Les premiers madrigaux qui furent faits en France manquèrent de finesse et de précision. On nommait ainsi quelques vers renfermant une pensée amoureuse, présentée avec lenteur, avec embarras, où la même idée, répandue sur tout l'ouvrage, ne laissait aucune différence entre les premiers vers et les derniers. Marot, que, malgré ses expressions et ses tours vieillis, on citera toujours pour modèle, nous a laissé, mais en trop petit nombre, de très jolismadrigaux, sans les désigner autrement que sous le titre générique d'épigrammes. En voici un exemple :

Puisque de vous je n'ai autre visage,
Je vais me rendre hermite en un désert
Pour prier Dieu. Si un autre vous sert,
· Qu'ainsi que moi en votre honneur soit sage.

Adieu, amour; adieu, gentil corsage;
Adieu ce teint ; adieu ces friands yeux :
Je n'ai pas eu de vous grand avantage ;
Un moins amant aura peut-être mieux.

Peut-on joindre plus de charme à plus de naïveté ? Les deux derniers vers renferment un sentiment exquis. \

Le madrigal, en arrivant jusqu'à nous, a subi le changement qui s'est généralement opéré dans tous les genres de poésies. Il est devenu plus souple, plus délié, mais peutêtre aussi plus frivole, et portant plus sur les mots que sur la pensée.

Nous ne citerons pas les poètes français qui se sont distingués dans ce genre aimable; ils sont en grand nombre. Le madrigal est aussi français que l'épigramme et la chanson. . Nous désignerons, par exemple, Voltaire,

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