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DICTIONNAIRE

DU THEATRE.

A

ABONNÉ. — Depuis la disparition de notre Théâtre-Italien, il n'y a plus à Paris que deux théâtres qui aient des abonnés, l'Opéra et la Comédie-Française; encore, à cette dernière, l'abonnement est-il une innovation récente, et réserve-t-on surtout aux abonnés un jour spécial de chaque semaine, le mardi.

A l'Opéra, certaines personnes s'abonnent soit à une loge, soit à un fauteuil d'orchestre, et retiennent cette loge ou ce fauteuil soit pour tous les spectacles de l'année indistinctement (excepté ceux du samedi et du dimanche, qui sont en dehors de l'abonnement), soit pour un jour régulier de chaque semaine. Les abonnés des loges sont des dilettantes; les abonnés des fauteuils d'orchestre sont généralement des amateurs d'un autre genre, qui ne viennent à l'Opéra que pour y contempler la splendeur des jupes des danseuses. Pour la plupart, ils entrent généralement dans la salle au moment précis où commence le divertissement ou le ballet, et s'empressent de partir dès que celuici est terminé. C'est une manière comme une autre d'encourager la musique.

A la Comédie-Française, on encourage la littérature d'une autre façon. Sous le prétexte que les familles abonnées peuvent amener au spectacle de jeunes filles dont les oreilles ne sauraient sans danger entendre certaines ex

DICriON.NUKE DU THÉATUK.

pressions, on se permet de porter une main indigne sur le texte de Molière ou sur celui de Musset, et de faire subir aux œuvres de deux écrivains qui sont, à des titres divers, la gloire et l'honneur de la scène française, des mutilations impies par lesquelles elles sont odieusement défigurées. Nous nous bornons ici à constater le fait, en souhaitant que la cause, c'est-à-dire les abonnés, en disparaisse le plus rapidement possible.

Dans les théâtres des grandes villes de province, les abonnés sont généralement assez nombreux, et la force qu'ils acquièrent par leur nombre les a souvent mis à même d'exercer une tyrannie intolérable. Naguère encore, dans ces villes, où les débuts d'une troupe nouvelle prenaient chaque année une importance aussi ridicule qu'exagérée, les abonnés étaient véritablement omnipotents ; ils faisaient la loi à toutes les administrations théâtrales, le prenaient de haut avec le directeur, aussi bien qu'avec les infortunés artistes qui avaient le malheur de tomber sous leur coupe, et faisaient souvent dégénérer les débuts en soirées tumultueuses, couronnées par des scandales indignes. Seuls, les abonnés prenaient voix au chapitre, se considérant comme au-dessus du public entier, s'arrogeaient le droit, de par le scrutin dont ils s'étaient fait les uniques par

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sont fort au-dessous des prix courants, et où, particulièrement, les officiers en garnison peuvent jouir d'un abonnement en échange du montant d'une journée de solde par mois.

Le directeur se réserve, dans les contrats d'abonnement, la faculté de donner, dans le cours de son exploitation, un certain nombre de représentations dites « en dehors de l'abonnement ». Il doit prendre alors la précaution de faire inscrire sur ses affiches et sur ses programmes la mention : A bonnement suspendu, qui vient remplacer celle inscrite d'ordinaire : Abonnement courant.

ABOYEUR. — Dans les foires, à la porte des

baraques de saltimbanques, on trouve toujours, soit parmi ceux qui font la parade, soit en dehors d'eux, un individu spécialement chargé de faire le boniment et d'amorcer les spectateurs. Il fait connaître la nature du spectacle, détaille aux lxidauds les merveilles qui vont être offertes à leur admiration, et, d'une voix à la fois puissante et enrouée, les incite à franchir le seuil de ce paradis enchanté. C'est IV boyeur, bien connu par la péroraison devenue classique de son discours : Entrez, Messieurs et Mesdames, ça ne coûte que dix centimes, deux sous! et l'on ne paie qu'en sortant, si Von est content. Naguère encore, et grâce à la régiementation tyrannique qui pesait sur nos théâtres, tous dépendants de l'autorité, certains d'entre eux, considérés seulement comme spectacles, étaient tenus, pour affirmer euxmêmes leur infériorité, d'avoir à leur porte un aboyeur qui les distinguait de leurs grands confrères. C'est ainsi que, sur l'ancien boulevard du Temple, le théâtre de M",c Saqui, les Funambules, le Lazari avaient chacun un aboyeur.

ACADEMIE DE DANSE.

ACADÉMIE DE DANSE. — Louis XIV, qui avait, on le sait, la manie de tout réglementer, voulut organiser régulièrement jusqu'à la

danse, et, par lettres patentes en date de 1661, constitua une Académie royale de danse, dont ces lettres, qui forment un document vraiment singulier, justifiaient ainsi la création : — it Bien que l'art de la danse, disait le souverain, ait toujours été reconnu l'un des plus honnêtes et plus nécessaires à former le corps, et lui donner les premières et plus naturelles dispositions à toute sorte d'exercices, et entre autres à ceux des armes, et par conséquent l'un des plus avantageux et plus utiles à notre noblesse et autres qui ont l'honneur de nous approcher, non seulement en temps de guerre dans nos armées, mais même en temps de paix dans le

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divertissement de nos ballets : néanmoins il s'est, pendant les désordres et la confusion des dernières guerres, introduit dans ledit art, comme en tous les autres, un si grand nombre d'abus capables de les porter à leur ruine irréparable, que plusieurs personnes, pour ignorans et inhabiles qu'ils aient été en cet art de la danse, se sont ingérés de la montrer publiquement.... » C'est pour remédier à un inconvénient si grave et qui sans doute aurait pu faire courir à l'État de cruels dangers, qu'était créée une Académie royale de danse, composée des artistes que voici, nommés par le roi en personne : « Savoir, François Galland, sieur du

Désert, maître à danser de la reine, notre très chère épouse; Jean Renauld, maître à danser de notre très cher et unique frère le duc d'Orléans; Thomas Levacher; Hilaire d'Olivet; Jean et Guillaume Reynal, frères; Guillaume Queru; Nicolas de l'Orge; Jean-François Piquet ; Jean Grigny ; Florent Galaud-Désert ; et Guillaume Renault : lesquels s'assembleront une fois par mois, dans tel lieu ou maison qui sera par eux choisie et prise à frais communs, pour y conférer entre eux du fait de la danse, aviser et délibérer sur les moyens de la perfectionner, et corriger les abus et défauts qui peuvent avoir été ou être ci-après introduits.... » Cette et Dieu sait s'ils sont nombreux aujourd'hui, avec les exigences de la scène moderne ! La lettre que la jeune première cache dans son sein est un accessoire, de môme que le portrait précieusement conservé par l'amoureux ou la bourse dont le traître paie les services d'un assassin. Accessoires le papier, les plumes, l'encrier placés sur une table, la pendule et les flambeaux qui ornent la cheminée; accessoires tout le service d'un repas somptueux, et les pâtés de carton avec les biscuits qu'on met dedans, et les poulets dont le découpage est si facile; accessoires aussi le miroir dans lequel une jolie femme doit se regarder, et la lanterne qui sert à faire une recherche dans un jardin, à la nuit close, et la corbeille de mariage qu'on apporte à la signature du contrat; accessoires encore les cartons qu'on rencontre chez le vieux notaire, et les armures qui garnissent une salle de chevaliers, et les lustres qui éclairent une salle de bal, et le grabat qui s'étend sur le plancher d'une misérable mansarde, que sais-je!

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ACCESSOIRES (chef Des). — ACCLAMATIONS.

Tous ces objets, et bien d'autres encore, prennent place, lorsque la représentation est terminée, dans un réduit étrange qui prend le nom de « cabinet d'accessoires », sorte de pandémonium auprès duquel pâlirait la boutique du brocanteur le mieux achalandé. On conçoit d'ailleurs les proportions que doit prendre ce « cabinet », où, dans un désordre apparent, tout est cependant soigneusement classé, mais de telle façon que seuls peuvent s'y reconnaître les employés spécialement préparés à la garde de ce trésor.

Selon la nature du théâtre, ceux-ci sont d'ordinaire au nombre de deux, de quatre ou de six, placés sous les ordres d'un chef responsable. Ce sont eux qui sont chargés de la garde, de la conservation, de l'entretien, et aussi de la pose et de la distribution des accessoires : de la pose de ceux qui doivent trouver place sur la scène, de la distribution d« ceux que doit avoir en main tel ou tel acteur, lequel ne doit jamais avoir à s'en occuper. Les accessoires sont devenus aujourd'hui une partie si importante du spectacle scénique, que leur envahissement est incessant. On ne sait plus où les mettre, le fameux cabinet devient chaque jour trop petit, on lui crée des déversoirs à droite

et à gauche, jusque dans les corridors du cintre, jusque dans les dessous du théâtre, et enfin on en est réduit à emmagasiner au dehors tous ceux qui ne trouvent pas leur emploi dans le spectacle courant.

Pour donner une idée du nombre et de la diversité des objets qui rentrent dans la catégorie des accessoires, nous emprunterons au Manuel dramatique de Colson la liste de ceux qui étaient nécessaires à la représentation d'un vaudeville en un acte de Sewrin, les Habitants des Landes, joué aux Variétés en 1811:

Une pierre qu'on puisse prendre ou rouler; un petit panier à anse pour Clareinie et un pour Pierrette; des échasses pour Rustique, Eustache, un paysan, le tabellion et le père Boucaut ; une cassette pour le père Boucaut; un parasol pour la mère Dax; une mandoline pour Zoé; un livre et une canne pour M. de Saint-Léon ; une gourde, un couteau de chasse, une valise, une gibecière pour Tremblin ; des échasses pour deux paysans qui traversent le théâtre à la scène 11°; une gourde pour Eustache; une bourse pleine d'or pour M"10 de SaintLéon ; des échasses pour les Landais et les Landaises; un tambourin et un galoubet pour un Landais; des castagnettes pour d'autres. .

On voit le rôle que jouaient les accessoires dans un simple vaudeville en un acte, sans spectacle et sans ambition scénique. Qu'on se figure ce que ce peut être dans une de ces féeries rutilantes telles qu'on en joue aujourd'hui!

ACCESSOIRES (chef Des). — C'est l'employé supérieur qui a la surveillance et la responsabilité du service des accessoires, matériel et personnel.

ACCESSOIRES (garçons D'). — Employés subalternes chargés du service des accessoires.

ACCESSOIRES (rôles). — On appelle rôles accessoires, ou, plus simplement, accessoires, les rôles qui n'ont que quelques lignes à dire et dont l'importance est nulle. Une panne (Voy. ce mot) est un mauvais rôle; un accessoire est un rôle qui n'existe pas.

ACCLAMATIONS. — Le public, au théà

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