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comédie, dis-je, qui vous agréera plus que toutes (je le dis hardiment) les farces et les moralités qui furent oncqnes jouées en France. Aussi avons-nous grand désir de bannir de ce royaume telles badineries et sottises, qui, c'omme amères épiceries, ne font que corrompre le goût de notre langue. »

Les Corrivaux étaient joués en 15(12. Bientôt un autre écrivain, Jean de Larivey, se faisait jour et dotait notre théâtre des premières comédies d'imagination qu'il ait entendues; ces comédies, qui avaient pour titre k Laquais, les Esprits, /ex Écoliers, le Morfondu, lu Veuve, furent représentées de 1578 à 15K0. Nous touchons au moment décisif, et à l'époque bientôt glorieuse. Corneille paraît, et bien que sa première comédie, Mèlite, donnée en ll>25, fût loin de faire prévoir le Menteur, elle était tellement supérieure à tout ce qui l'avait précédée qu'elle obtint un succès immense et mérita cet éloge de Fontenelle :— « Cette pièce est divine en la comparant à celles du temps. Le théâtre y est mieux entendu, le dialogue mieux tourné, les mouvements mieux conduits, et surtout il y règne un certain air assez noble, et la conversation des honnêtes gens n'y est pas mal représentée. »

En même temps que Corneille paraissent Rotrou et Scudéry; mais il les laisse vite loin derrière lui, en donnant successivement Ut Veuve, la Galerie du Palais, la Suivante, la Place royale, l'Illusion comique, et enfin ce chefd'œuvre, le Menteur (1(!42)! Quelque? années s'écouleront encore, et la France étonnée verra surgir enfin le plus grand poète comique de tous les temps, celui qui la rend glorieuse entre toutes, et qui reste la plus pure et la plus complète émanation du génie national, Molière!

Molière semble poser les dernières limites du genre de la comédie. Il est certain que jusqu'à ce jour on ne les a ni dépassées, ni même atteintes de nouveau. « Molière, — a dit Picard, qui s'y connaissait, — porte l'art à sa perfection, crée un genre, en marque la dernière limite par ses chefs-d'œuvre, et semble ensevelir son secret avec lui. Sous la plume de cet homme divin, la comédie étend son domaine ; une morale élevée, une philosophie sublime, se mêlent pour la première fois aux flots d'un comique

inépuisable. Traits plaisants, pensées naïves, mots heureux, vers charmants qui naissent sans efforts et se gravent dans le cœur ou dans la mémoire, tout ce qui suffirait pour assurer la gloire d'un autre est son moindre mérite. Molière sait la nature jmr cœur. Sa critique est vive, mais elle est juste et vraie. Il ne décrit point le ridicule, il le met en action. Il lui suffit quelquefois de ramener sous nos yeux une scène à laquelle nous n'avions pas prêté assez d'attention dans la vie : le poète semble ne se douter de rien, et c'est le spectateur qui fait la critique. Son esprit vaste embrasse tous les temps. Une seule de ses bonnes comédies est l'histoire complète des ridicules de son siècle, et de ces travers qui tiennent plus profondément au cœur humain et s'éternisent avec les générations. Dans ses farces les plus frivoles, on retrouve l'observateur philosophe. Toujours des ridicules, toujours de la morale : il ne les cherche pas, ils viennent s'offrir d'eux-mêmes... Seul, il suffit pour donner à notre théâtre la prééminence dans l'art de la comédie; et cependant telle est notre richesse, que sans lui nous pourrions la disputer encore. *

Il ne faut pas, en effet, que l'écrasante supériorité de Molière nous rende injustes envers ceux qui, de près ou de loin, ont tenté de marcher sur ses traces. Tartuffe, le Misanthrope, l'Ecole des Femmes, VAvare, le Bourgeois gentilhomme, les Fourberies de Scapin, VÉcole des Maris, le Médecin malgré lui, et tant d'autres, sont sans doute des modèles désespérants : mais bien des poètes de second et de troisième ordre ont droit à notre sympathie. Parmi ses contemporains même, et sans parler de Racine, qui a fait une brillante incursion dans le genre comique avec les Plaideurs, on ne saurait oublier Quinault, Scarron, Boursault, Hauteroche, Montfleury, auxquels succède immédiatement Regnard, celui qui se rapproche le plus de Molière, et qui se fait une place à part dans notre théâtre, grâce au Joueur, au Distrait, aux Folies amoureuses, aux Mènechmes et au Légataire universel.

Viennent ensuite Dufresny, Dancourt, Lesage et son Turcaret, Destouches avec le Glorieux, le Dissipateur, le Philosophe marié; puis la Chaussée, Marivaux, Dorât, Gresset, Piron,

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