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lui quelques années auparavant, plus 500 livres, afin de payer leur part des frais d'installation qu'il avait faits. Mais il les dédommagea bientôt de ce léger sacrifice en leur accordant une subvention annuelle de 15,000 livres, ce qui était un gros chiffre pour l'époque.

Les deux plus fameux acteurs de la troupe étaient encore à ce moment Tiberio Fiorilli (Scaramouche) et la séduisante Brigida Bianchi (Aurélia) ; ils retrouvèrent tout leur succès, bien que ni l'un ni l'autre ne fût plus de la première jeunesse, Fiorilli étant alors âgé de f>2 ans. et la Blanchi de 47; mais tous deux four

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nirent une carrière prodigieusement longue, car Fiorilli, qui mourut à 88 ans, n'avait pris sa retraite que cinq ans auparavant, et la Bianchi ne se retira qu'à 70 ans et mourut seulement vingt ans après. Et un chroniqueur disait en parlant de Fiorilli : — « Il joignoit à une taille avantageuse une souplesse de corps très grande ; aucun comédien de son genre n'a porté si loin que lui la légèreté, et en même temps la force des sauts pantomimes. A l'âge de plus de quatre-vingts ans, on l'a vu donner, dans des scènes de théâtre, un soufflet avec le pied, avec une dextérité admirable. »

La troupe italienne, à cette époque, comprenait dix personnes, nombre indispensable, ainsi

que dans sa Vie de Scaramouche nous l'apprend Mezzetin, en les dénombrant ainsi : trois femmes, dont deux pour le sérieux et une pour le comique (c'était Brigida Bianchi, dite Aurélia, Ursula Cortezza, dite Eularia, et Patrice Adami, dite Diamantine); un Scaramouche napolitain (Fiorilli); un Pantalon vénitien (Turi) ; un Docteur bolonais, il Dottor Baloardo (Costantino Lolli); un Trivelin (Locatelli); enfin deux amoureux, Valerio (Bendinelli), et Ottavio (Andréa Zanotti ). Tous ces acteurs étaient excellents, et ils enchantèrent tellement les Parisiens, Scaramouche en tête, que plus d'une fois, dans les commencements, Molière eut à pâtir de leur succès. Il en profita pour les étudier de plus près, et d'ailleurs il les fréquentait beaucoup et était avec eux en relations très cordiales, ainsi que Palaprat le constate en parlant d'un peintre italien nommé Yario : — « Vario, venu de Florence à Paris, n'y avoit pas été plutôt étably, qu'il étoit devenu grand ami, cousin, camarade et compère de tous les excellons acteurs de la troupe italienne de ce tems-là ; elle jouoit au Palais-Royal et avoit les jours marqués sur le même théâtre avec la troupe de Molière. Ce grand comédien, et mille fois encore plus grand auteur, vivoit d'une étroite familiarité avec les Italiens, parce qu'ils étoient bons acteurs et fort honnêtes gens : il y en avoit toujours deux ou trois des meilleurs à nos soupers. Molière en étoit souvent aussi, mais non pas aussi souvent que nous le souhaitions, et mademoiselle Molière [sa femme] encore moins souvent que lui. »

Les Italiens demeurèrent avec Molière au Palais-Royal jusqu'à sa mort (1073). Louis XIV ayant alors jugé à propos d'accorder cette salle à Lully, et de réunir la troupe de Molière à celle du Marais en les envoyant occuper la salle de la rue Guénégaud, il décida en même temps que les comédiens italiens suivraient leurs compagnons français dans cette nouvelle demeure. Puis, lorsqu'on 1680 le roi, ne voulant plus « avoir qu'une troupe française, envoya les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne fondre à leur tour leur troupe avec celle delà rue Guénégaud, il accorda leur salle aux Italiens. Ceux-ci, désormais complètement chez eux, profitèrent de la nouvelle situation qui leur était faite pour

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doubler le nombre de leurs représentations : ils n'avaient jamais joué jusqu'alors que trois fois par semaine ; à partir de ce moment ils jouèrent tous les jours, à l'exception du vendredi. Jusqu'en 1697, époque où ils furent chassés de France, comme on le verra plus loin, leur succès ne se démentit point, grâce au soin qu'ils prenaient de compléter et d'améliorer sans cesse leur personnel. Chaque nouveau venu créait un type ou adoptait, pour le théâtre, un nom de personnage qu'il ne quittait guère: aussi ces comédiens étaient-ils plus connus ainsi que sous leur nom véritable, que parfois le public ignorait toujours, ainsi qu'il arriva pour plusieurs d'entre eux, particulièrement celui qui vint ici jouer le rôle de Polichinelle. Parmi tous ces excellents comédiens, il faut surtout citer Jean Gherardi (Flautin) et son fils Evariste Gherardi, qui succéda à Dominique dans le rôle d'Arlequin ; Marie Biancolelli (Isabelle); Catherine Biancolelli (Colombine) ; Romagnesi (Cinthio) ; Gératon (Pierrot) ; Joseph Tortoriti (Pascariel); Bartolomeo Ranieri (Aurelio) ; et Jean-Baptiste Constantini (Ottavio). Mais le plus fameux d'entre tous fut cet excellent Dominique, le plus merveilleux Arlequin (Voy. ce mot) qu'ait connu la France, Dominique, dont la mort fut pour ses camarades un coup si funeste qu'ils restèrent un mois entier sans jouer, et qu'au bout de ce temps ils firent placarder dans Paris une affiche ainsi conçue : — « Nous avons long-tems marqué notre déplaisir par notre silence, et nous le prolongerions encore si l'appréhension de vous déplaire ne l'emportoit sur une douleur si légitime. Nous r'ouvrirons notre théâtre mercredi prochain, premier jour de septembre 1088. Dans l'impossibilité de réparer la perte que nous avons faite, nous vous offrirons tout ce que notre application et nos soins nous ont pu fournir de meilleur. Apportez un peu d'indulgence, et soyez persuadés que nous n'obmettrons rien de tout ce qui peut contribuer à votre plaisir. »

Dominique, ce comédien merveilleux, dont la perte provoquait une manifestation si touchante, avait bien droit à de tels regrets. Non seulement son talent incomparable avait, plus que tout autre, contribué au succès de son théâtre, mais, dans une circonstance très déli

DICTIOSNAIRE DU THÉÂTRE.

cate, sa finesse et sa présence d'esprit avaient sauvé ses compagnons d'un véritable danger en leur permettant, par une sorte de transformation de leur genre, de satisfaire aux goûts du public et de lui jouer des pièces françaises. On va voir en quelles circonstances.

Déjà il était arrivé ce qu'on devait prévoir. C'est que nos Italiens, accoutumés de jouer devant un public français et se livrant à leur improvisation ordinaire, faisaient de temps en temps des incursions dans le domaine de notre langue. C'était des plaisanteries, des lazzi d'un genre particulier, dans lesquels des mots français se glissaient dans des phrases italiennes, et amenaient une sorte de jargon francoitalien qui excitait le rire des spectateurs. Puis un acteur parlait en italien, un autre répondait en français, une phrase commencée dans une langue se terminait dans l'autre, on interrompait le dialogue italien pour entonner une chanson française, bref une transformation se préparait, et l'on sentait bien que petit à petit le répertoire allait se modifier sensiblement, et que progressivement les pièces italiennes finiraient par faire place aux pièces françaises.

Mais la Comédie-Française ne voyait pas sans quelque inquiétude cette modification qui se préparait dans les allures de sa rivale, et elle songeait à entraver des empiétements qu'elle jugeait, à tort ou à raison, dangereux pour son avenir et sa prospérité. Elle adressa donc ses doléances au roi, qui voulut lui-même être juge du différend et décida qu'il entendrait le plaidoyer de l'un et de l'autre théâtre. Chacun de ceux-ci députa, pour se défendre auprès du souverain, son acteur le plus fameux : ce fut Baron pour la Comédie-Française, Dominique pour la Comédie-Italienne. En sa qualité de plaignant, Baron parla le premier et soutint sa cause avec chaleur, énumérant toutes les raisons qui pouvaient justifier la réclamation qu'il était chargé de formuler et empêcher les comédiens italiens d'employer la langue française. Quand il eut fini, le roi donna la parole à Dominique pour entendre sa réplique. Celui-ci, sans paraître songer à mal, s'écria tout d'abord : « Sire, comment parlerai-jc ? — Parle comme tu voudras, lui répond le roi. — Il ne m'en faut pas davantage, réplique Domi

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nique; j'ai pagne mon procès. » Louis XIV sourit de la finesse de l'Arlequin, et reprit: « Ma foi, ce qui est dit est dit ; je n'en reviendrai pas. »

Les Comédiens-Italiens ne tardèrent pas à profiter largement de la nouvelle faveur qu'ils tenaient du monarque. A partir de ce moment, ils se mirent à jouer des pièces entièrement françaises, que nos auteurs, à commencer par Régnard et Dufresny, ne se firent pas prier pour écrire à leur intention. C'est ainsi que Regnard leur donna successivement le Divorce, la Descente de Mezzeiin aux Enfer*, Arlequin homme à bonnes fortunes, les Filles errantes, la Coquette, la Naissante cTAmadis; qu'il écrivit pour eux avec Dufresny les Chinois, la Baguette de Vulcain, la Foire Saint-Germain, les Momies (fÉgypte; que Dufresny fit jouer seul l'Opéra de campagne, VUnion des deux Opéras, les Adieux des officiers, les Mal assortis, le Départ des comédiens italiens, Attendez-moi sous l'orme, etc., etc. Puis ce fut Palapr.it, et Fatouville, et Lenoble, et Mongin, et Delosme de Montchenay, et Brugière de Barante, et d'autres encore, qui se firent les fournisseurs de la Comédie-Italienne ainsi transformée et dont les succès allaient toujours croissant.

Pourtant une catastrophe approchait, dont on n'a jamais bien su la cause, mais qu'on attribue à une imprudence audacieuse de nos Italiens, qui finissaient par se croire tout permis. Saint-Simon, dans ses Mémoires, rapporte ainsi l'aventure. Selon lui, les acteurs italiens s'étaient avisés « de jouer une pièce qui s'appelait la Fausse Prude, où Mmc de Maintenon fut aisément reconnue. Tout le monde y courut; mais après trois ou quatre représentations qu'ils donnèrent de suite parce que le gain les y engagea, ils eurent ordre de fermer leur théâtre ùt de vider le royaume en un mois. Cela lit grand bruit, et, si ces comédiens y perdirent leur établissement par leur hardiesse et leur folie, celle qui les fit chasser n'y gagna pas pir la licence avec laquelle ce ridicule événement donna lieu d'en parler. i> Saint-Simon, on le sait, était généralement bien informé ; ici, toutefois, son opinion a été combattue, sans qu'on ait, il est vrai, fait connaître une autre cause à la détermination violente prise par Louis XIV

au sujet des comédiens italiens. Voici ce que disent sur ce point, en nous rapportant quelques détails intéressants, les auteurs de VHistoire de Tancien Théâtre Italien (1753):

C'est ici (1097) l'époque de la suppression de la troupe itulienno dont nous écrivons l'histoire, niais le sujet qui donna lieu ù cet événement n'a jamais été connu; différens bruits se répandirent alors sur la disgrâce de ces comédiens , mais ils sont si différens les uns des autres, et celui qui a prévalu dans le public est si fort dénué de vraisemblance qu'il nous a paru plus à propos, pour ne point employer des faits suspects, de rapporter simplement le fait historique (1).

Le mardi 4 mai 16V7, M. d'Argenson, lieutenant général de police depuis le 9 janvier précédent, en vertu d'une lettre de cachet du roi à lui adressée, et accompagné d'un nombre de commissaires et d'exempts, et de toute la robe courte, se transporta à onze heures du matin au théâtre de l'hôtel de Bourgogne, et y fit apposer les scellés sur toutes les portes, non seulement des rues Mauconseil et Françoise, mais encore sur celles des loges des acteurs, avec défense à ces derniers de se présenter pour continuer leurs spectacles, Sa Majesté ne jugeant plus à propos de les garder à son service. Voici simplement ce qui se passa lors de la suppression du théâtre et de la troupe italienne.

Que ce fût par leur faute ou par celle des circonstances, les Italiens durent déguerpir, et tant que vécut Louis XIV, ils restèrent impitoyablement proscrits. Mais dès que ce prince fut mort, le régent, qui, paraîb-il, aimait beaucoup leur art, songea aux moyens de ramener à Paris une bonne troupe italienne, qui arriva en 1710. « M. le duc d'Orléans, régent du royaume, dit un chroniqueur, avoit donné ordre à M. Rouillé, conseiller d'Etat, défaire chercher les meilleurs comédiens d'Italie, pour en former une troupe qu'il prît à son service. M. Riccoboni le père, connu sous le nom de Lelio, fut chargé de ce soin. Il choisit en acteurs et en actrices tout ce qu'il crut propre à

(1) « On attribue particulièrement leur malheur & une scène de la comédie d'Arlequin misanthrope, dans laquelle ils jouoient, dit-on, le premier président : d'autres prétendent que c'est la Fausse Prurie, dans laquelle Us avoient en vue M",c de Maintenon. » (Anecdi4a dramatiques.)

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Le ilt-part de» comédiens italiens. Fermeture, par ordre du roi, du théâtre de la Comédie-Italienne, le 4 mai 1697.
(D'après une estampe rarisedmo d'Antoine Watteau, a la Bibliothèque de la Tille de Paris.)

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l'attention du public. L'abbé de Laporte, dans ses Anecdotes dramatiques, nous fait connaître ainsi la situation et nous apprend de quelle façon les comédiens ramenèrent à eux les spectateurs devenus indifférents:

Lorsque les nouveaux comédiens arrivèrent à Paris, dix-neuf ans après que leurs prédécesseurs eurent quitté leur théâtre, ils ne jouèrent, pendant quelque tems, que des pièces toutes italiennes. Mais les dames, qui d'abord avoient paru vouloir apprendre cette langue, ne l'apprirent pas, et cessèrent d'aller à la Comédie. Les hommes ne les trouvant point, n'y vinrent plus. Les Italiens sentant la nécessité des pièces f rançoises, eurent recours pour cela à l'ancien théâtre; mais ce qui avoit fait plaisir autrefois, n'en faisoit plus alors, et ils furent plusieurs fois sur le point de retourner en leur pays et d'abandonner Paris pour toujours. Voici le discours que fit au parterre celui qui remplissoit alors le rôle d'Arlequin. On y voit le zèle que ces comédiens ont toujours eu pour satisfaire le public, et les raisons qui rendoient leurs efforts inutiles:

« Messieurs, disoit Arlequin, on me fait jouer toutes sortes de rôles; je sens que dans beaucoup je dois vous déplaire. Le balourd de la veille n'est plus le même homme le lendemain, et parle esprit et morale. J'admire avec quelle bonté vous supportez toutes ces disparates; heureux si votre indulgence s'étendoit jusqu'à mes camarades, et si je pouvois vous réchauffer pour nous! Deux choses vous dégoûtent, nos défauts et ceux de nos pièces. Pour ce qui nous regarde, je vous prie de songer que nous sommes des étrangers, réduits, pour vous plaire, à nous oublier nous-mêmes. Nouveau langage, nouveau genre de spectacles, nouvelles mœurs. Nos pièces originales plaisent aux connoisseurs, mais les connoisseurs ne viennent point les entendre. Les dames (et sans elles tout languit), les dames, contentes de plaire dans leur langue naturelle, ne parlent ni n'entendent la nôtre: comment nous aimeroient-elles? Quelque difficile qu'il soit de se défaire des préjugés de l'enfance et de l'éducation, notre zèle pour votre service nous encourage, et pour peu que vous nous mettiez en état de persévérance, nous espérons devenir, non d'excellens acteurs, mais moins ridicules à vos yeux, peut-être supportables. A l'égard de nos pièces, je ne puis trop envier le bonheur de nos prédécesseurs , qui vous ont attirés et amusés avec les mêmes scènes qui, remises aujourd'hui, vous ennuient, et dont vous pouvez à peine soutenir la lecture. Le goût des spectacteurs est changé et

perfectionné : pourquoi celui des auteurs ne l'est-il pas de même? Vous voulez (et vous avez raison) qu'il y ait dans une comédie du jeu, de l'action, des mœurs, de l'esprit et du sentiment ; en un mot, qu'une comédie soit un ragoût délicat, où rien ne domine, où tout se fasse sentir. Plus à plaindre encore que les auteurs, nous sommes responsables et de ce qu'ils nous font dire et de la manière dont nous le disons. J'appelle de cette rigueur à votre équité: mesurez votre indulgence sur nos efforts; nous les redoublerons tous les jours. En nous protégeant, vous vous préparez, dans nos enfans, de jeunes acteurs qui, nés parmi vous, qui, formés pour ainsi dire dans votre goût, auront peut-être un jour le bonheur de mériter vos applaudissemens. Quel que puisse être leur succès, ils n'auront jamais pour vous plus de zèle et plus de respect que leurs pères. »

On voit que la situation des comédiens italiens était difficile. La langue italienne, fort en usage à la cour, et par conséquent dans la haute société, à l'époque des reines Catherine et Marie de Médicis, était toml>ée en désuétude, et le public, ne la comprenant plus, ne prenait plus d'intérêt à un spectacle auquel elle servait de base. D'autre part, notre théâtre s'était formé, gagnait chaque jour en importance, et les pièces françaises écrites vingt ou trente ans auparavant pour les anciens acteurs italiens n'ofraient plus aucun attrait aux spectateurs. A tout prix il fallait du nouveau, les comédiens le comprirent, et ils s'ingénièrent à découvrir des auteurs qui consentissent à leur écrire des pièces dans lesquelles serait autant que possible conservé le caractère propre à chacun d'entre eux et aux types qu'ils représentaient. La transformation offrait des difficultés, et ne fut pas l'œuvre d'un jour; c'était, en réalité, une nouvelle scène française qui se fondait, avec des acteurs étrangers, et qui devait offrir une sorte de mélange de l'art des deux pays.

Le premier essai d'une nouvelle pièce française fut cependant très heureux, et le succès de cette pièce fut considérable, bien qu'elle fût l'œuvre d'un débutant, Jacques Autreau, qui n'était encore connu que comme peintre. C'était une comédie en trois actes et un prologue, le Port-à-VAnglais, accompagnée de divertissements dont la musique avait été écrite par ce compositeur charmant, Joseph Mouret, qu'on

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