페이지 이미지
PDF
[ocr errors][merged small][merged small][merged small][graphic][ocr errors]

On ' appelle maquette l'esquisse en petit d'une décoration. On place cette maquette sur un petit modèle de théâtre. Les châssis, rideaux, plafonds et [praticables sont figurés avec du carton, peint comme doit l'être la décoration. Ce travail fait, chacun vient l'étudier et le critiquer; le régisseur veut une entrée d'un côté, l'auteur en veut une d'un autre, le maître de ballet,les acteurs, chacun dit son mot et déplace les morceaux de carton, au grand détriment de l'œuvre, qui sort quelquefois de là toute mutilée et défigurée; enfin on arrive à l'exécution ; le peintre donne les mesures des châssis et de tout ce qui compose son œuvre au machi

niste, qui se met immédiatement à faire les épures à la grandeur de l'exécution. Ensuite on coud les toiles, on monte, on assemble sur le parquet de l'atelier les châssis sur lesquels on tend la toile, fixée par des broquettes. On cloue les voliges dans lesquelles les silhouettes des châssis seront chantournées, puis taquetées, pour éviter les fractures; on passe alors une « impression » générale sur toute la décoration, et voilà, sommairement, tout ce qui précède la peinture (1).

(1) On appelle a impression B une couche uniforme d'un ton quelconque étendue sur la surface du décor.

[merged small][ocr errors]
[merged small][graphic][ocr errors][merged small]

mesure qu'ils s'éloignent vers le fond. Le décora, tenr prend les précautions nécessaires pour empêcher les acteurs d'approcher des parties lointaines et fuyantes de sa composition. Il est obligé d'inventer des obstacles pour qu'on ne choque pas la vraisemblance. Dans les décorations architecturales, il doit tenir toute la partie inférieure au-dessous de la ligne d'horizon dans les dimensions réelles, les parties fuyantes ne commençant qu'à l'endroit où la décoration cesse d'être praticable.

Une autre difficulté est celle des châssis obliques placés de chaque côté de la scène. Pour empêcher le spectacteur de voir au delà du décor, ces parties brisent forcément les lignes architecturales et produisent alors des anamorphoses pour les spectateurs qui ne sont pas placés au milieu de la salle.

Où le peintre décorateur est tout à fait à son aise, c'est lorsque l'action se passe dans le domaine du merveilleux ; alors rien n'arrête sa verve; son imagination peut s'élancer librement dans le vaste champ de la fantaisie : il appelle à son aide des ressources qui manquent complètement au peintre ; l'or, l'argent, les cristaux, les gazes, la lumière électrique, concourent avec la peinture à des effets éblouissants.

Une décoration théâtrale étant forcément composée de plusieurs parties dessinées et peintes isolément, il faut attendre la fin du travail pour en juger l'effet. On l'expose alors définitivement au théâtre, on l'éclairé, on la met soigneusement en place; c'est ce qu'on appelle régler une décoration.

Ce travail se fait ordinairement la nuit, après une représentation ordinaire. Chaque châssis est amené à son plan, au point où il se raccorde avec le plafond qui le couronne ; il est marqué au patin (on appelle ainsi la traverse inférieure) d'un signe correspondant à la levée des trappes ou au point milieu du théâtre. On a équipé les plafonds en se servant du point milieu comme repère; ils sont réglés , quant à la hauteur qu'ils occupent au-dessus de la scène, par le brigadier du cintre, au moyen d'un repère sur ses poignées.

Ce travail fait, reste l'éclairage. On règle avec le chef des lampistes le nombre de becs à mettre derrière les châssis et les terrains, les herses qui doivent être éclairées en plein et celles qui doivent l'être à mi-feux; en un mot, le peintre distribue la lumière et des dernières teintes partout où il le juge convenable pour l'effet général. La rampe elle-même est réglée; le chef lampiste prend note de ces dispositions, qui devront se reproduire à chaque représentation...

Les divers dessins du décor du deuxième acte

[ocr errors][merged small]

(l'Esplanade) à'Hamht, l'opéra de M. Ambroise Thomas, qui accompagnent cet article, compléteront les explications qui précèdent et donneront au lecteur une idée nette des diverses parties qui composent une décoration. Celle-ci, qui est due au pinceau magistral de M. Cambon, est d'un effet admirable et produit une impression saisissante. Nous n'avons pas voulu nous borner à représenter le décor dans son ensemble, et nous en avons fait reproduire ainsi les divers fragments:

1. — Rideau de fond (4° plan);

2. — Châssis, côté cour (1er plan);

3. — Châssis, côté jardin (1er plan);

4. — Châssis, côté cour (2e plan);

5. — Ferme oblique, côté jardin (du 1er au 2° plan);

6. — Châssis, côté cour (3e plan);

7. — Applique derrière la ferme oblique, côté jardin;

8. — Ferme, face an public (2P plan);

9. — Ferme (3° plan);

10. — Frise (2" plan).

Le lecteur peut ainsi se rendre compte de la façon dont le décor est divisé, et de la position qu'occupe chacune de ses parties. Le décor du deuxième acte du Tribut (h Zamora, opéra de M. Gounod, qui illustre aussi le présent article, pour être d'un autre genre, n'est pas moins beau que le précédent; il est l'œuvre de M. J.-B. Lavastre, l'un des artistes les plus remarquables de ce temps.

Nous faisons maintenant un nouvel emprunt à Moynet, qiù va nous faire connaître les détails du travail du peintre décorateur:

En France, la détrempe est presque exclusivement employée pour le décor de théâtre. Grâce au talent des artistes français, on en obtient des résultats remarquables. Ses tons frais et brillants se prêtent admirablement aux exigences de la scène, et sont le complément naturel des étoffes éclatantes dont on habille les personnages; bien souvent le peintre doit ajouter au charme et à la variété de couleur que lui donne sa riche palette des études sérieuses de perspective, d'archéologie et d'ethnographie. Depuis quarante ans, la peinture scénique a été en progressant. En ces derniers temps, l'introduction de la décoration anglaise a pu faire craindre un moment une invasion du mauvais goût,

[graphic]

mais le bon sens de nos artistes a su faire tourner au profit de l'art les procédés employés exclusivement par nos voisins pour obtenir des effets exagérés.

Les progrès de l'industrie et des sciences sont venus s'ajouter aux moyens qu'on possédait pour augmenter les effets de la scène : oh a introduit les rideaux de gaze, les toiles métalliques, les eaux naturelles, les paillons, les cristaux factices appelés loghèx dont les facettes en étain brillent comme des pierres précieuses, les glaces, la lumière électrique. Une invention, qui date de quelques années à peine, est venue donner au feuille des arbres une légèreté semblable à celle de la nature : un grand filet, collé derrière la toile, permet de découper

[graphic]

Décor du 2e acte <¥IJ>imlet.
Applique ilerriére la ferme oblique.

celle-ci, suivant tous les contours que donnent les branches légères garnies de feuillage. Le filet soutient la toile ainsi découpée et demeure invisible pour le spectateur. Les traces de la construction en bois qui porte le décor disparaissent complètement. On a obtenu au moyen de gazes lamées des eaux transparentes qui reflètent les objets environnants.

On emploie au théâtre la peinture à l'huile et à l'essence quand on veut obtenir des effets transparents; c'est sur le calicot que l'on peint, après lui avoir fait subir une préparation; on l'éclairé par derrière comme les stores, et l'on obtient des effets analogues. La décoration théâtrale, au moyen de tous ces auxiliaires, peut produire des effets merveilleux.

Il nous reste à faire connaître les procédés d'exécution qui suivent le tracé dont nous avons donné la description. — Lorsque la décoration est mise à

[graphic][merged small][ocr errors][ocr errors]
« 이전계속 »