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ÉGRILLARD— EMPLOIS (les) AU THEATRE.

ÉGRILLARD. — Mot égrillard, couplet égrillard, style égrillard, sont des choses qui se comprennent plus facilement qu'elles ne s'expliquent, et que l'opérette moderne surtout a rendues familières à un certain public. Il suffit de dire que tout cela fait partie d'une littérature qui n'est pas absolument celle qui convient à un pensionnat de jeunes demoiselles.

ÉLÉVATION. — Se dit, en termes de danse, des mouvements que l'artiste exécute en s'élevant de terre. « Dans toutes les élévations, dit Blasis, développez une vigueur nerveuse, et que vos pas d'élévation contrastent agréablement avec la rapidité de vos terre-à-terre, sans jamais oubliei-, d'ailleurs, de régler le choix de vos pas d'après le genre de danse que vous avez adopté, et aussi d'après votre constitution physique. »

ÉLÈVES. — Ily a soixante ou quatre-vingts ans, les vieux comédiens ne voulaient pas admettre qu'on pût faire d'élèves pour le théâtre. Ils considéraient la théorie et l'enseignement d'un professeur comme choses inutiles, sinon nuisibles, et ne comprenaient que l'éducation pratique, celle qui s'acquiert uniquement par l'habitude, la fréquentation et l'expérience de la scène. On est revenu aujourd'hui de ce préjugé, et l'on a fini par comprendre que si certains êtres bien doués peuvent en effet faire leur éducation eux-mêmes, en s'exerçant sans cesse et en se brisant au métier de comédien, d'autres n'agissent pas moins bien en se pliant aux conseils et aux leçons d'un professeur, et en faisant leur profit de son expérience et de son habileté. Il est certain que nos théâtres, à Paris, sont peuplés d'artistes qui ont commencé par être élèves du Conservatoire, et l'on serait bien embarrassé de dire ce qu'ont pu perdre ainsi des comédiens tels que MM. Got, Delaunay, Coquelin, Thiron, Worms, Lacressonnière, Saint-Germain, Marais, Joumard, Sylvain, Mme" Favart, Barretta, Reichemberg, Samary, Delaporte, Périga, Patry, Réjane, Brindeau, Malvau, et bien d'autres que je ne saurais nommer.

EMBOITURE. — C'est, dit Compan, la

troisième des cinq positions du corps nécessaires à la danse. « On la nomme emboiture parce que cette position n'est parfaite que lorsque les jambes sont bien étendues l'une près de l'autre, ce qui fait que les deux jambes et les pieds étant bien serrés, l'on ne peut voir de jour entre deux ; ainsi elles se joignent et doivent se joindre comme une boîte. L'emboîture apprend à se tenir ferme, à tendre les genoux, et assujettit à cette régularité qui fait toute la beauté de l'art de la danse. »

EMMÉLEIA. — C'était l'une des trois danses théâtrales des Grecs. D'un caractère empreint de noblesse et d'élégance, elle était réservée à la tragédie.

EMPLOI DES BEAUX ROLES. — Ceci

est une expression railleuse dont se servent les comédiens de province pour caractériser l'emploi joué par leur directeur. A l'exception des grandes villes, en effet, les directeurs de théâtre en province sont toujours acteurs, et ils profitent généralement de leur situation pour écrémer à leur usage tous les emplois et choisir dans chacun d'eux les rôles qu'il leur convient de jouer. On comprend qu'ils ne prennent point les plus mauvais, et ne s'emparent que de ceux qui sont de nature à produire un grand effet.

EMPLOIS (les) AU THÉÂTRE. — On

appelle emploi toute une catégorie de rôles se rattachant à un genre spécial, et exigeant, au point de vue de la voix, du physique, du jeu scénique, certaines aptitudes, certaines facultés qui sont le propre de tel ou tel individu e.t qui le rendent particulièrement apte à remplir cet emploi. De même qu'un vieillard ne saurait jouer les amoureuses et qu'une jeune fille ne saurait jouer les pères nobles, de même certains acteurs, nés pour le genre comique, seraient dans l'impossibilité de remplir un rôle sérieux, et vice versa. Il a donc bien fallu, pour établir, avec autant de précision qu'il est possible de le faire en pareille matière, la part de chacun, former des séries de rôles analogues et constituer ce qu'on appelle des emplois.

Il y a, dans la formation des emplois, une part à peu près fixe, qui est basée sur des gé327

EMPLOIS (les) AU THEATRE.

néralités, et une part un peu mobile, qui, en ce qui concerne la province, prend sa source dans le renom que s'est acquis à Paris tel ou tel acteur, et qui fait que l'on désigne toute une série de rôles du nom de cet acteur, parce que c'est lui qui les a créés. C'est ainsi que, dans le genre de l'opéra-comique, on caractérise encore certains rôles sous ce nom : les Laruetle, les Trial, les Dugazon, et même des rôles que ces artistes n'auraient pu jouer, puisqu'ils appartiennent à des ouvrages représentés depuis près d'un siècle qu'ils ont disparu de la scène, mais qui rentrent dans la nature du genre et du talent qui les ont rendus célèbres. Il en est de même, pour le vaudeville, en ce qui concerne les Dèjazet. Mais il faut remarquer qu'il ne se produit guère à Paris un comédien remarquable sans qu'aussitôt son nom serve à caractériser, en province, les rôles dans lesquels son talent s'est affirmé : c'est ainsi qu'on a dit successivement, pour le genre lyrique, les Clairval, les Elleviou, les Poncliard, les Martin, les Lays, les Solié, les Gavaudan, les Philippe, les Juliet, les Lesage, les Moreau, les Dozainville, les Philis, les Saint-Aubin, et, dans le genre du vaudeville, les Perlet, les BosquierGavaudan, les Potier, les Tiercelin, les Brunet, les Levassor, les Achard, les Bouffé, les Bressant, les Minette, les Aldégonde, etc., etc. Seulement, à mesure qu'un de ces artistes disparait, son nom disparaît aussi de la nomenclature des rôles, pour faire place à un autre qui surgit. Il n'y a (pie les quatre acteurs que nous avons cités plus haut, Trial et Laruette, Mmc8 Dugazon et Déjazet, dont les noms se soient ainsi maintenus, et cela suffit à faire apprécier la place importante que ceux-ci ont occupée dans l'art.

Parfois, les emplois se sont trouvés prendre pour nom la qualité de certains personnages. C'est ainsi que, dans l'opéra et dans la tragédie, on avait autrefois les rois, les reines, les princesses, et dans la comédie les valets, les petits-maîtres, les paysans (on a encore aujourd'hui les financiers et les soubrettes). Parfois encore l'emploi tirait son appellation d'une particularité du costume; on avait alors les rôles à baguette (reines d'opéra), les rôles à manteau (premiers rôles et pères de comédie), les

rotes à tablier (basses d'opéra-comique, représentant généralement un ouvrier avec un grand tablier de cuir), les rôles à corset (villageoises d'opéra-comique, qui se jouaient en corset et en jupon), etc., etc. D'autres fois enfin, l'emploi tirait son nom de celui qui semblait le caractériser dans un grand nombre de pièces différentes, où il portait le même nom: on avait les Colins (amoureux d'opéra-comique), les Frontins (valets d'opéra-comique), les Betzis (ingénuités de vaudeville), les Margots (duègnes d'opéra-comique), et d'autres encore. Si l'on veut se faire une idée de la complication dans laquelle on tombait quelquefois au sujet de la désignation et de la distinction des emplois, on n'a qu'à jeter les yeux sur le petit document que voici; c'est le tableau de la troupe qui desservait le théâtre de Nantes en 1829, et qui était divisée en deux parties, l'une comprenant les artistes qui jouaient la comédie et la tragédie, l'autre ceux qui jouaient l'opéra, tous d'ailleurs jouant dans le vaudeville, comme c'était l'habitude à cette époque:

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Mainvielle, premier rôle en tout genre.

Legrand-roche, jeunes premiers, fort jeunes premiers rôles au besoin dans le vaudeville.

Félix, troisièmes amoureux; seconds rôles analogues à cet emploi dans le vaudeville.

Welsch, seconds amoureux et rôles de convenance.

Toudouze, les grands raisonneurs, les pères nobles en tout genre, les pères non chantants et rôles do convenance dans le vaudeville.

Eysexleukkel, troisièmes rôles, raisonneurs, seconds pères, rôles annexés dans le vaudeville et dans l'opéra.

Chaules, financiers, manteaux, grimes, paysans; les Bernard-Lion, les Lepeintre aine, et autres rôles annexés dans le vaudeville.

Bég.n'ieh, premiers comiques en tout genre et les Poisson, rôles annexés dans le vaudeville.

Desoxville, seconds comiques et rôles annexés dans le vaudeville.

Lefèvre, paysans, seconds pères et grimes. Tiercelin, vieux Brunet et rôles annexés dans le vaudeville.

Gondoin, seconds pères et grimes; rôles de convenance dans le vaudeville.

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Palianti, rôles de convention en tout genre.

Quenay, S. Valis, Hurtel, utilités.
MTM"

Legrand-roche, premiers rôles en tout genre, grandes coquettes.

Bt'BY, jeunes premières, ingénuités et rôles annexés à cet emploi, jeunes amoureuses dans le vaudeville.

Dantremont, secondes amoureuses.

DÉriiÉ cadette, troisièmes amoureuses, secondes au besoin.

Lucie, soubrettes en tout genre, comédie, drame et vaudeville.

Cocheze, caractères et mères nobles.

Luxkx, mères nobles.

Dahdenxe, utilités.

Opéra.

MM.

Rodel, les premiers ténors, Elleciov, Ponchard, Chol/et, et jeunes rôles de grand opéra.

Heurtaux, Garaudan, Philippe, première hautecontre de grand opéra, Gonthier et rôles annexés dans le vaudeville.

LÉox Chapelle, forte seconde haute-contre, Colin, jeune première haute-contre, les jeunes Garaudan, et premiers amoureux du vaudeville.

FolGXEï, les Martin, Lais et Solié.

Lemonnier, premières basses-tailles nobles et rôles annexés dans le grand opéra.

Gondoin, basses-tailles, tabliers, fortes secondes, Juliet, rôles analogues dans le vaudeville.

Palianti, troisièmes basses-tailles, secondes au besoin, coryphées et rôles analogues dans le vaudeville.

Félix, troisièmes et secondes hautes-contre, troisièmes et seconds amoureux dans le vaudeville.

Lefèvre, les Laruette, Rosière, Juliet, et rôles annexés dans le vaudeville.

Eysenleuffel, seigneurs et rôles de convenance.

Martin, Quenay, S. Valis, utilités.

Lemoule, première chanteuse en tout genre,

opéra-comique, grand opéra. Paul Brèard, forte première chanteuse , forte Du

gazon, jeunes mères Dugazon, Boulanger, etc. Dechanel, les Dugazon, Saint-Aubin, Garaudan,

Praile/ir, rôles annexés dans le vaudeville. Dantremont, jeunes Dugazon, Betzis, rôles à

corset. Jules Roche, deuxième chanteuse et deuxième

Dugazon. Cocheze, les premières duègnes en tout genre,

opéra-comique et traductions.

Lunkx, secondes duègnes et mères Dugazon, les

Margots.
Dardenne, deuxièmes coryphées.

Lorsqu'on se maintient en dehors des désignations par trop conventionnelles, nous allons voir de quelle façon on désigne les différents emplois. Mais tous les genres étant aujourd'hui très distincts, en province comme à Paris, il faut les classer selon la nature des œuvres jouées, et les diviser en trois séries, relatives l'une au grand opéra, l'autre à l'opéra-comique, la troisième au drame et à la comédie:

OrÉn\. — Premier fort ténor; Ténor léger; Deuxième ténor ; Baryton ; Première basse ; Seconde basse; Troisième basse. — Première forte chanteuse (soprano); Première chanteuse (contralto); Chanteuse légère à roulades; Seconde chanteuse; Seconde chanteuse légère, jouant les pages.

Opéra-comique. — Premier ténor léger; Second ténor ; Trial, ténor comique; Baryton ; Basse chantante; Seconde basse, Laruette; Troisième ténor et second Trial. —■ Première chanteuse légère; Première Dugazon; Seconde chanteuse; Seconde Dugazon; Jeune mère Dugazon; Duègne.

Drame et Comédie. — Grand premier rôle; Fort jeune premier amoureux, jeune premier rôle; Second amoureux; Premier comique; Second comique; Troisième rôle, raisonneur; Financier, père noble ; Grime, caricature ; Troisième amoureux, second au besoin; Troisième comique, second au besoin. — Grand premier rôle; Forte jeune première amoureuse, jeune premier rôle; Ingénuité; Seconde amoureuse, jeune première au besoin; Grande coquette, rôles de convenance; Première soubrette, Déjazet, rôles travestis; Seconde soubrette; Mère noble, seconds rôles ; Duègne, rôles de caractère.

A Paris, où les troupes sont nombreuses et où le même emploi a toujours plusieurs titulaires, ces désignations offrent moins de précision et plus de flexibilité qu'en province. Voici pourtant de quelle façon, il y a soixante ans, les emplois étaient caractérisés à la ComédieFrançaise. Pour la tragédie, il y avait, en ce qui concerne les hommes :les premiers rôles; les seconds rôles; les rois; les troisièmes rôles et confidents; et du côté des femmes : les reines et premiers rôles; les grandes princesses-, les jeunes princesses; les confidentes. Pour ce qui

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est de la comédie, les divisions étaient celles-ci pour les hommes : Premiers rôles; Jeunes premiers; Pires nolles et Grands raisonneurs; Financiers, Grimes et Manteaux; Comiques; Troisièmes rôles; et pour les femmes : Premiers rôles et Coquettes; Jeunes premières; Soubrettes; Caractères et Mères nobles.

Pour les particularités concernant chaque emploi, nous renvoyons le lecteur au mot spécial qui le caractérise.

EMPLOIS MARQUÉS. — On donne cette qualification aux emplois qui comprennent des rôles de vieillards ou de personnages d'un certain âge,dont la figure, les traits, doivent être accentués, marqués par les rides. Ces emplois sont, pour les femmes, les duègnes, caractères et mères nobles; pour les hommes, les grimes, financiers, pères nobles, pères dindons, ganaches, premiers rôles mari [liés et comiques marqués.

EMPOIGNER LE PUBLIC. — D'un artiste qui, dans une scène touchante, pathétique, dans une situation dramatique, trouve la note émue et juste, l'accent qui touche le cœur et, en secouant les nerfs du spectateur, pénètre jusqu'à ses entrailles au point de l'oppresser et de lui faire verser des larmes, on dit qu'il a empoigné le public, lequel, on le comprend, ne lui marchande alors ni ses applaudissements ni ses bravos. — Mais le mot a sa contre-partie. Quand l'acteur chargé d'une scène importante ne se montre pas à la hauteur de la situation, quand il est froid, guindé, sans passion, qu'il reste manifestement au-dessous de la tâche qu'il est chargé de remplir et qu'il ne prouve que son insuffisance, alors il arrive que le publie donne des marques non équivoques d'impatience et de mécontentement, qui se traduisent par des exclamations et des murmures significatifs. Ceci s'appelle être empoigné.

EMPORTE-PIÈCE. — Dans le langage du théâtre, c'est le nom qu'on donne à un rôle d'une importance telle et d'une si grande beauté qu'on le considère comme devant à lui seul emporter le succès d'un ouvrage.

EX CHEF ET EN PARTAGE. — Voy. Chef D'emploi.

EN CHEF ET SANS PARTAGE. - Voy. Chef D'emploi.

ENCORE. — Voy. Bis.

ENFANT DE LA BALLE. — Expression d'argot théâtral. On donne le nom d'enfant de la balle à, tout acteur né de parents comédiens eux-mêmes, qui a été bercé au théâtre, élevé dans les coulisses, et pour qui, dès son plus jeune âge, la profession n'avait plus de secrets.

ENFANTS-SANS-SOUCI, — Les Enfantssans-Souci sont une de ces sortes de corporations artistiques qui, avec les Confrères de la Passion, les Clercs de la Basoche et la Compagnie des Sots, donnèrent, vers la fin du moyen âge, l'impulsion à notre théâtre et répandirent chez nous le goût des jeux scéniques. Tandis que les Confrères faisaient en quelque sorte profession du théâtre, que les Clercs mêlaient, comme une distraction agréable et intelligente, l'exercice de cet art à des travaux plus sévères, les Enfants-sans-Souci et les Sots se recrutaient parmi de jeunes fils de famille fortunés qui aimaient le plaisir et à qui s'adjoignaient quelques jeunes poètes partageant leurs goûts, tels que Clément Marot, que l'on sait presque sûrement avoir fait partie de leur compagnie.

Les Confrères de la Passion s'adonnaient à la représentation des mystères et des miracles; les Basochiens, les Sots et les Enfants-sans-Souci, essentiellement turbulents et frondeurs, s'attachèrent particulièrement à la satire. Alors que les Basochiens, dans leurs jeux, s'en prenaient surtout au Parlement et aux gens du Palais, les Sots se firent une spécialité de la sotie, genre de pièces imaginé par eux et dans lesquelles ils entreprenaient de railler la sottise humaine sous tous ses aspects, et les Enfantssans-Souci, pour justifier leur nom, représentaient surtout ces farces joyeuses, burlesques, licencieuses, qui devinrent si célèbres alors et qui se répandirent bientôt par toute la France.

Il n'est pas facile de rieu préciser, au point de vue historique, en ce qui concerne les Sots et les Enfants-sans-Souci; d'abord parce que les renseignements à leur sujet sont très confus.

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très insuffisants, souvent contradictoires, ensuite parce que l'existence de ces deux compagnies joyeuses, d'abord distincte, se mêle et se confond plus tard, et que leur histoire finit même par se fondre dans celle des Confrères de la Passion.

Ce n'est guère que dans les dernières années du quatorzième siècle que l'on voit les Sots et les Enfants-sans-Souci en possession de leur pleine activité; mais il est évident que leur existence date de plus loin, et que ceux-ci, comme ceux-là, avaient commencé d'une façon plus ou moins obscure. Ainsi que nous l'avons dit,les uns étaient d'abord distincts des autres, mais bientôt les deux sociétés, qui, comme on l'a fait observer, poursuivaient le même but par les mêmes moyens, ne tardèrent pas à confondre et leurs troupes et leurs pièces, et l'on vit même parfois les Basochiens se mêler aux unes et aux autres sur la même scène et dans le même spectacle. Sots et Enfants-sans-Souci donnaient ces spectacles aux halles, qui à cette époque étaient le rendez-vous du populaire parisien et le centre favori des amateurs de liaulte graisse. On n'a pu démêler encore si leurs représentations étaient absolument publiques, c'est-à-dire si elles avaient lieu en plein air, sur un échafaud, ou bien si elles étaient données dans un local clos et couvert, dans un véritable théâtre. Rien de ce qu'on a pu découvrir jusqu'ici ne permet de préciser quoi que ce soit dans l'un ou l'autre sens. Au surplus, je vais emprunter à un écrivain très expert en ces matières, M. Victor Fournel, ce résumé des renseignements recueillis par lui sur ce sujet intéressant:

Les jeux des Enfants-sans-Souci aux halles avaient lieu dans l'après-dîner, comme tous les spectacles jusqu'au dix-huitième siècle. Quelle en était la périodicité? Là encore il est impossible de répondre nettement, tant cette partie de l'histoire de notre théâtre est couverte d'épaisses et impénétrables ténèbres. Divers indices pourtant, et quelques mots de nos vieux écrivains des quinzième et seizième siècles, donnent à entendre que le dimanche était privilégié pour ces représentations, comme il est facile de le comprendre. Mais les jours gras surtout ramenaient les grands triomphes et l'épanouissement des jeux des halles. Le carnaval, fête

de la licence et du franc parler, lâchait la bride aux joyeuses audaces de la sotie, et cet usage devint bien vite, comme le bœuf gras, une sorte de tradition parisienne qui survécut même à la disparition des Enfante-sans-Souci. Quand ceux-ci eurent abdiqué plus ou moins volontairement, pour se fondre avec les Confrères de la Passion, qu'avait tués la défense de jouer désormais des mystères religieux et qu'abandonnait la faveur publique, quand enfin la vieille farce eut passé des tréteaux populaires aux planches de la rue Mauconseil, où elle allait peu à peu devenir la comédie, les acteurs de l'Hôtel de Bourgogne héritèrent de cette partie de leurs attributions, et ils gardèrent précieusement, à la fois comme une obligation et comme un privilège, l'habitude d'aller, au jour du mardi gras, divertir la multitude sous les piliers des halles. Gaul

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La JTc/v totU'r grande dignitaire de la Confrérie des Sots, d'après la marque de Pierre le Dru.

tier-Garguille, Gros-Guillaume et leur successeur Guillot-Gorju n'y manquèrent pas; et même, en dehors de ces farceurs de haute volée, les halles restèrent toujours le lieu de prédilection de la vieille gaieté gauloise, l'un des sanctuaires de la farce et de la chanson, le rendez-vous des suppôts de Carême-prenant.

La confrérie des Sots et des Enfants-sans-Souci ne s'était pas dissoute en entier lorsqu'elle s'absorba dans l'Hôtel de Bourgogne ; elle garda une existence et un nom à elle (on l'appelait la Société des sots attendants), quoique désormais bien diminuée d'importance. En 1604, il s'engagea entre le sieur Nicolas Joubert, plus connu sous le nom burlesque et typique d'Angoulevent, qui se qualifiait Prince des Sots et premier chef de la Sotie, et les sieurs Maclou Poulet, guidon de la Sotie, et Nicolas Arnaut, hérault de ladite Sotie, un procès

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