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BAFOUILLEB. — C'est un terme d'argot théâtral. D'un artiste qui parle trop vite et de façon à ne se plus faire comprendre, ou qui manque de mémoire et, pour ne pas rester court, articule des mots sans suite, sans liaison, et dont le sens est incompréhensible, on dit qu'il bafouille.

BAIGNOIRES. — Ce sont les petites loges sombres situées au rez-de-chaussée d'une salle de spectacle, en dessous de la première galerie, et qui entourent tout l'espace occupé par le parterre et les fauteuils d'orchestre.

BAILLER AU TABLEAU. — Se disait autrefois d'un acteur qui, prenant connaissance au tableau de la distribution d'une pièce nouvelle, dissimulait son mécontentement de voir qu'il n'y était porté que pour un bout de rôle.

BAILLIS. — Dans l'ancien répertoire de l'Opéra-Comique, il y a soixante ou quatrevingts ans, l'action se passait très souvent dans un village, où l'on voyait presque toujours apparaître un vieux bailli, généralement sot, laid et ridicule, comme dans les Deux Petits Savoyards, les Méprises par ressemblance, le Diable en vacances, le Droit du Seigneur, la Fausse Paysanne, la Rosière de Salency, Alexis et Justine, Joconde, le Nouveau Seigneur de village, etc. Les rôles de-ce genre formèrent bientôt une sorte d'emploi qu'on appela remploi des baillis, et qui, en réalité, rentrait dans celui des Laruettes. Cet emploi fut tenu à l'Opéra-Comique par quelques acteurs dont le talent scénique était remarquable, entre autres Rosière, Vizentini et Juliet père.

BAL DE L'OPÉRA. — Bien qu'ils soient considérablement déchus de leur ancienne splendeur, les bals de l'Opéra conservent toujours le privilège d'attirer la foule. Leur existence date aujourd'hui de plus de cent soixante ans, et il n'est pas sans quelque intérêt d'en rappeler les origines, d'autant plus que leur renommée est européenne. Voici ce que disait à leur sujet un écrivain du dix-huitième siècle:

Le nombre multiplié des bals masqués pendant le règne de Louis XIV avoit mis au commencement de ce siècle cet amusement à la mode. On en vit au Palais-Royal et à Sceaux où régnèrent le goût et l'opulence. L'Electeur de Bavière, le prince Emmanuel de Portugal vinrent alors en France, et ils prirent le ton qu'ils trouvèrent établi. L'un donna les plus belles fêtes à Surêne, l'autre à l'hôtel de Bretonvilliers. Les particuliers, effrayés de la somptuosité que ces princes avoient répandue dans ces fêtes superbes, n'osèrent plus se procurer dans leurs maisons de semblables amusemens. Ils voyoient une trop grande distance entre ce que Paris venoit d'admirer, et ce que leur fortune et la bienséance leur permettoient de faire. C'est dans ces circonstances que M. le Régent, par une ordonnance du 31 décembre 1715, permit les bals publics trois fois la semaine dans la salle de l'Opéra. Les directeurs firent faire une machine avec laquelle on élevoit le parterre et l'orquestre au niveau du théâtre. La salle fut ornée de lustres et d'un cabinet da,ns le fond, de deux orquestres aux deux bouts et d'un buffet de rafraîchissement dans le milieu. Cette disposition éprouva quelques changemens dans la suite.

La nouveauté du spectacle, la commodité de jouir de tous les plaisirs du bal sans soins, sans préparatifs,, sans dépense, donnèrent à cet établissement tout le succès imaginable. Cependant, la danse, qui fut l'objet de ces bals publics, y a beaucoup perdu. On sçait qu'il n'est pas du bon air d'y danser. Les deux côtés de la salle sont occupés par quelques masques obscurs qui suivent

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les airs que l'orquestre joue ; tout le reste se heurte, se mêle, se pousse. Ce sont les saturnales de Rome, qu'on renouvelle, ou le carnaval de Venise, qu'on copie. Les étrangers qui viennent passer l'hiver à Paris s'y rendent en foule ; il est même arrivé quelquefois qu'ils y étoient en si grand nombre que l'on disoit plaisamment : Parle-t-on françois aujounThui au bal de VOpéra?

On voit que ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il est de mauvais ton de danser au bal de l'Opéra. Cela se conçoit sans peine. Il est évident que dans un lieu public, où le premier venu peut se présenter masqué, la société doit se mélanger rapidement. Les femmes qui se respectent ne sauraient entrer dans une telle cohue, et les hommes qui les accompagnent se bornent, comme elles, à jouir, du haut d'une loge, du coup d'œil et du spectacle.

Au milieu du dix-huitième siècle, les bals de l'Opéra commençaient le 11 novembre, à la Saint-Martin, et se donnaient tous les dimanches jusqu'à l'A vent, après quoi on les reprenait à la fête des Rois, et ils se continuaient une ou deux fois par semaine pendant le carnaval, jusqu'au carême. Le bal commençait à onze heures du soir pour finir à six ou sept heures du matin, et le prix d'entrée était de six livres. Dans' son Histoire de VAcadémie royale de musique (1751), Durey de Xoinville a donné de la salle du bal cette description:

La nouvelle salle forme une espèce de gallerie de 98 pieds de long, compris le demi-octogone, lequel , par le moyen des glaces dont il est orné, devient aux yeux un salon octogone parfait. Tous les lustres, les bras et les girandoles se répètent dans ces glaces, ainsi que toute la salle, dont la longueur, par ce moyen, paroît doublée, de môme que le nombre des spectateurs. Les glaces des côtés et vues de profil sont placées avec art et symmétrie selon l'ordre d'une architecture composite, enrichie de différentes sortes de marbre, dont tous les ornemens sont de bronze doré.

La salle ou gallerie peut être divisée en trois parties. La première contient le lieu que les loges occupent : la seconde un salon quarré; et la troisième le salon demi-octogone dont on vient de parler. Les loges sont ornées de balustrades avec des tapis des plus riches étoffes et des plus belles couleurs sur les appuis, en conservant l'accord nécessaire entre ces ornemens et la peinture de l'ancien plafond qui règne au-dessus des loges.

Deux buffets, un de chaque côté, séparent par le bas les loges du salon, qui a 30 pieds en quarré sur 22 d'élévation, et terminé par un plafond ingénieux, orné de roses dorées, enfermées dans des losanges, et entourées d'oves qui forment une espèce de bordure. Deux pilastres de relief sur leurs piédestaux marquent l'entrée du salon. On y voit un rideau réel d'une riche étoffe à fratiges d'or, relevé en festons. Ces pilastres s'accouplent dans les angles, de mémo que dix autres pilastres cannelés peints sur les trois autres faces du salon. Ils imitent la couleur du marbre de brèche violette, ainsi que la frise. Leur dimension est de treize pieds et demi, compris la baze et le chapiteau. Leurs piédestaux ont cinq pieds compris les socles, l'architrave, frise et corniche trois pieds et demi. La grande corniche qui règne autour du salon est de relief.

Au milieu des grandes arcades il y a un groupe de quatre figures jouant de différons instrumens. Ces arcades, où paroissent des glaces, sont ouvertes par des rideaux de velours cramoisi bordés d'or, et relevés avec des cordons qui en tombant servent à cacher les joints des glaces, en sorte qu'elles paroissent être d'une seule pièce. Des festons de guirlandes et d'autres ornemens produisent le même effet.'

Le salon quarré et le salon octogone sont encore enrichis de vingt colonnes, avec leurs arrière-pilastres de marbre bleu jaspé, ainsi que les quatre pilastres du salon demi-octogone. Six statues dans le goût antique représentent Mercure et Momus dans le fond, et aux côtés quatre Muses peintes en marbre blanc et de grandeur naturelle, ainsi que les autres. Ces ouvrages sont de Charles Vanloo, et peints de très bon goût. La grande arcade du fond, où commence la troisième partie de la galerie, a seize pieds de haut sur dix de large : deux Renommées y soutiennent les armes du roi en relief.

Vingt-deux lustres de crystaux, garnis chacun de douze bougies, descendent des trois plafonds par des cordons et des houpes d'or et de soie. Trentedeux bras portant des doubles bougies sont placés dans l'entre-deux des pilastres qui soutiennent les loges. Dix girandoles de cinq bougies chacune sont placées sur les pilastres couples du grand salon, et dans le salon octogone il y a sur chacun des pilastres une girandole à trois branches, en sorte que cette salle est éclairée par plus de trois cens bougies, sans compter les chandelles, lampions et pots à feux qui se mettent dans les coulisses et avenues du bal.

Trente instrumens placés, quinze à chaque extrémité de la salle, composent la symphonie pour

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le bal, mais pendant une demi-heure avant qu'il commence ces instrumens s'assemblent dans le salon octogone, avec des tymballes et des trompettes, et donnent un concert compose de grands morceaux de symphonie des meilleurs maîtres. On peut assurer que ce bal forme un des plus beaux spectacles que l'on puisse voir, tant par le coup d'oeil de la salle où il se donne que par la quantité de masques qu'il attire pendant tout le carnaval.

La vogue du bal de l'Opéra n'a jamais cessé un instant, et elle a eu des époques de recrudescence remarquables. Telle est celle qui signala le temps où Musard, musicien excentrique mais non sans talent, Musard, qu'on surnommait le Paganini de la danse et le Roi du quadrille, s'installa à la tête de l'orchestre de ce bal, sous le règne de Louis-Philippe. Musard devint alors une des célébrités de Paris, et l'on s'étouffait à l'Opéra, les nuits de bal, pour le voir diriger cet orchestre gigantesque, comprenant 24 violons de chaque côté, des altos et des contrebasses en proportion, où les cuivres étaient représentés par 14 cornets à pistons et 12 trombones, et avec lequel il obtenait de3 effets de sonorité véritablement curieux, effets qu'il augmentait encore par des excentricités telles que le fracas de plusieurs chaises qu'on brisait en mesure à un moment donné, ou d'un pistolet qu'on faisait partir à l'attaque du galop final d'un quadrille. Les danseurs, grisés par l'éclat de ces sonorités si puissantes et si étranges, mis hors d'eux par la verve et la furie que Musard déployait à la tête de ses musiciens, allaient alors le prendre de force sur son estrade, le mettaient sur leurs épaules et lui faisaient faire ainsi le tour de la salle en le portant triomphalement, tandis que tous les assistants s'égosillaient à crier sur tous les tons : Vive Musard! Un joural d'alors le dépeignait ainsi:

Tantôt il se lève, regarde le plafond, mesure le public du haut de sa majesté, se gratte la tête ou se tient les côtes; tantôt il s'asseoit, passe la main sur son front, siège de tant de génie, réceptacle de tant d'harmonie, entrepôt de tant de responsabilité. Dans certains moments, la pointe de son archet plane 6ur la note jusqu'à son agonie, et l'aide à mourir; dans d'autres, l'archet semble ramasser la note par terre, et la ramener vers le pupitre. C'est un curieux spectacle, je vous assure, que celui de

M. Musard conduisant son orchestre. On ne se lasse pas de l'admirer...

A cette époque, les bals de l'Opéra se donnaient régulièrement chaque samedi pendant toute la durée du carnaval, et l'on en donnait un dernier le jeudi de la mi-carême. Après Musard, ce fut M. Strauss qui conduisit l'orchestre. Cela dura jusqu'en 1873, époque de l'incendie de la salle de la rue Le Peletier. Lorsque, deux ans après, la salle du boulevard des Capucines fut inaugurée, il fut question de supprimer les bals, par la crainte qu'on avait qu'ils fussent préjudiciables à la conservation artistique du monument. On finit cependant par les autoriser de nouveau, mais au nombre de quatre seulement par hiver, et leur succès est encore tel que ces quatre bals produisent une recette brute de 150 à 200,000 francs. Aujourd'hui il y a 'deux orchestres, l'un dans la salle même, dirigé par M. Olivier Métra ou par M. Arban, l'autre dans l'avantfoyer, à la tête duquel est placé M. Farbach, le fameux chef d'orchestre hongrois.

BALS (les) AU THÉÂTRE. — La mode des bals, même des bals masqués, ne date pas d'aujourd'hui, et les anciens ne dédaignaient pas plus que nous le plaisir de la danse. Un chroniqueur du siècle dernier s'expliquait ainsi à ce sujet:

On trouve l'usage des bals établi dès l'antiquité la plus reculée. On en distingue de trois sortes: les bals de cérémonie, les bals masqués et les bals publics. La danse simple fait le fond de ce spectacle, et il est fort en usage dans les occasions solennelles. Les bals se multiplièrent dans la Grèce, à Rome et en Italie. On n'y paroissoit qu'avec la parure la plus recherchée. C'est dans ces occasions que les personnages les plus graves se faisoient honneur d'avoir cultivé la danse dans leur jeunesse. Socrate est loué des philosophes qui ont vécu après lui de ce qu'il dansoit comme un autre dans les bals de cérémonie d'Athènes. Platon mérita leur blâme pour avoir refusé de danser à un bal que donnoit un roi de Syracuse. Et le sévère Caton, qui avoit négligé de s'instruire dans les premières années de sa vie d'un art qui étoit devenu chez les Romains un objet sérieux, crut devoir se livrer à cinquante-neuf ans aux instructions d'un maître à danser de Rome. Après la destruction de l'empire,

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