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aidée qu'elle est de toutes les ressources que l'art humain peut lui prêter, aussi bien en ce qui concerne l'illusion des yeux que le charme de l'oreille. L'action dramatique, la beauté plastique, la poésie, la peinture, la musique et la danse, tout, — la parole exceptée, — tout concourt à cet enchantement, tout se réunit pour présenter dans un ensemble unique, incomparable, le spectacle à la fois le plus complet, le plus aimable, le plus riche et le plus naturel qu'il soit donné à l'homme d'admirer.

Le ballet n'a pas toujours été ce que nous le voyons aujourd'hui, où, sous l'aspect du ballet d'action, du ballet-pantomime, il a pris sa forme définitive. Les anciens n'employaient guère la danse et la pantomime que comme intermèdes plus ou moins développés, bien que les danses hiéroglyphiques des Egyptiens, exécutées sur une musique de caractère, semblent devoir être rapprochées de nos ballets modernes. Mais les Grecs, qui estimaient tant la danse, et après eux les Romains, ne l'ont guère fait entrer que comme accessoire dans leurs actions dramatiques, tragédies ou comédies.

Il faut arriver au seizième siècle pour trouver, dans les mascarades, boutades, bouffonneries, momeries qui se dansaient alors, l'embryon du ballet moderne. Ce n'étaient encore là, toutefois, que des divertissements de danse, dépourvus de toute action. Bientôt on mêla à ces divertissements quelques vers, quelques stances récitées ou chantées, et la vogue de ces sortes de jeux devint telle qu'il ne fallait qu'une circonstance pour les tirer de l'ordinaire et leur donner une partie au moins de l'éclat dont ils étaient susceptibles. Cette circonstance se produisit en 1581, lorsque le mariage de la jeune princesse Marguerite de Lorraine, belle-sœur de Henri III, avec le duc Anne de Joyeuse, donna lieu à des fêtes jusque-là sans précédent à la cour de France. C'est alors que l'italien Baltazarini, dit Balthazar de Beaujoyeulx, imagina et réalisa ce fameux Ballet comique de la Roy ne, heureux mélange de poésie, de danse et de musique accompagnées de décors et de costumes merveilleux, dont la représentation ne coûta pas moins de douze cent mille écus.

Dès lors le ballet de cour était né, et, après quelques alternatives d'obscurité et d'éclat,

nous le verrons briller de toute sa splendeur sous Louis XIII, et plus encore sous Louis XIV, qui en faisait lui-même « le plus bel ornement, » c'est-à-dire qui y dansait en personne avec une vaillance et une ardeur sans égales. Les premiers du genre furent le Triomphe de Minerve, la Délivrance de Renaud, Tancrède dans la forêt enchantée, ensuite desquels vinrent tous les ballets fameux qui firent les délices de la cour de Versailles, ballets mêlés de chant, qui nous acheminaient indirectement vers l'opéra, et dont les paroles étaient écrites par Benserade, Molière et quelques autres, tandis que Lully en composait généralement la musique.

C'est alors que prit naissance, entre les mains de Molière, la comédie-ballet, genre un peu hybride, il faut le dire, mais dont il nous a laissé de si heureux échantillons : les cheux, le Sicilien, VAmour médecin, puis la Princesse (TÉlide, les Amants magnifiques, et ces excellentes comédies qu'on joue aujourd'hui sans le secours de la danse qui les encadrait alors, le Malade imaginaire, Monsieur de Pourceaugnac, le Bourgeois gentilhomme. Trente ans plus tard, et quelques années seulement après la mort de Lully, surgissait sur notre grande scène lyrique l'opéra-ballet, mélange de chant et de danse qui paraît avoir été fort original, et dont le premier modèle fut donné par le poète Houdard de la Motte et le musicien André Carnpra dans une œuvre élégante, pimpante et charmante qui avait nom l'Europe galante. Ce genre de l'opéra-ballet, auquel on donna bientôt le simple nom de ballet, régna victorieusement à l'Opéra pendant plus de soixante ans, et jusqu'après la mort de Rameau. Il reposait le spectateur des grandes émotions de la tragédie lyrique, et on lui doit de grands succès, entre autres ceux qu'il remporta avec le Carnaval de Venise, les Fêles vénitiennes, les Fêtes de Thalie, le Ballet des Ages, les Éléments, le Ballet des Sens, les Indes galantes, les Fêtes d'Bébé, les Caractères de la Folie, Platée, les Surprises de fAmour, etc., etc.

Il faut arriver à l'année 1776 pour rencontrer à l'Opéra la première manifestation du véritable ballet, du ballet-pantomime, sans adjonction de paroles. Nous la trouvons dans les

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geville, cette gracieuse Dangeville dont les pieds, disait-on, faisaient tourner toutes les têtes. Puis, ce furent Boutteville, Maltayre, Laval, Dupré, auquel un fanatique adressait ce madrigal:

Ah ! je vois Dupré qui s'avance:
Comme il développe ses bras!
Que de grâces dans tous ses pas!
C'est, ma foi, le dieu de la danse.

Avec ceux-ci, l'Opéra avait M"" Mariette, jrnc puvigné^ et Ces deux reines de la danse, ces deux rivales dont les triomphes furent si éclatants et si prolongés : l'inimitable Salle, et Camargo l'enchanteresse.

Ces deux dernières firent littéralement la fortune de l'Opéra, et pendant vingt ans tirent courir tout Paris. On célébrait leurs talents eu prose et en vers, avec cette différence qu'on chantait aussi les vertus privées de M"u Salle, taudis que la Camargo se faisait un renom d'un autre genre. « De son art enchanteur, » disait-on de la première, .

De son art enchanteur tout reconnut les loix.
Dans Londres, dans Paris, tout vola sur ses traces.
Elle fut sans égale, et parut à la fois
Élève des Vertus et rivale des Grâces.

Voltaire lui-même fit passer à la postérité la chasteté de M"e Salle:

De tous les cœurs et du sien la maîtresse,
Elle allume des feux qui lui sont inconnus.
De Diane c'est la prêtresse
Dansant sous les traits de Vénus.

Quant à M"e Marie-Anne Cupis de Camargo, les hommages poétiques ne lui manquèrent pas non plus. Un de ses admirateurs, M. de la Faye, plaça ce quatrain au bas du portrait de la charmante danseuse fait par le célèbre peintre Lancret:

Fidelle aux loix de la cadence,
Je forme au gré de l'art les pas les plus hardis.

Originale dans ma danse,
Je peux le disputer aux Balons, aux Blondis.

Voltaire admirait l'une comme l'autre, et après avoir cité les vers que lui inspira seule M"1' Salle, je reproduirai ceux-ci, dans lesquels il célèbre à la fois le talent des deux danseuses:

Ah! Camargo, que vous êtes brillante, Mais que Salle, grands dieux, est ravissante! Que vos pas sont légers, et que les siens sont doux! Elle est inimitable, et vous êtes nouvelle. Les Nj-mphes sautent comme vous, Mais les Grâces dansent comme elle.

Après tous les artistes que je viens de nommer, il faut encore citer, parmi ceux qui portèrent au plus haut point l'art de la danse à l'Opéra, d'abord Lany et Hamoche, puis toute cette lignée de danseurs et de chorégraphes fameux : Vestris père et fils, dont le premier s'intitulait modestement « le Dieu de la danse », les deux Gardel, aîné et cadet, et Dauberval. Cet art a-t-il vieilli, ou bien ces grands artistes possédaient-ils des qualités dont le souvenir même s'est complètement éteint? Toujours est-il que depuis plus d'un demi-siècle, pas un danseur n'a pu renouveler leurs exploits et approcher de leur renommée. Après eux, il faut encore rappeler Nivelon, Blache et Branchu. Parmi les femmes, la plus célèbre à la suite de M"e Salle et de la Camargo fut incontestablement la Guimard, qui fit, elle aussi, tourner toutes les têtes, et dont la renommée devint européenne. Son sceptre passa successivement aux mains de M11'' Carville, de M"" Allard, la maîtresse de Vestris père, qui fut aussi une danseuse de premier ordre, puis de M""' Vestris, et de M"" Heinel, Peslin, AsseKn, Dorival, Théodore, Saulnier, etc. Bref, je l'ai dit, le ballet n'a jamais cessé d'être en honneur à l'Opéra, et il n'est pas de sacrifices que ce théâtre ne fit pour lui conserver, à quelque point de vue que ce fût, sa richesse et sa splendeur.

Mais ses exploits, à Paris, ne se bornèrent pas à ce seul théâtre. Lorsque, en 1791, la liberté absolue fut établie en ces matières, plusieurs autres, parmi lesquels, outre l'Ambigu et la Gaîté, on peut citer les Jeunes-Artistes, le Lycée-Dramatique, le théâtre Sans-Prétention, les Jeunes-Élèves, le Théâtre-Mythologique, le Marais, le théâtre d'Émulation, donnèrent un grand essor au genre du ballet-pantomime, qui passionnait véritablement les Parisiens. On vit même, en 179f>, le théâtre de la Cité adopter complètement ce genre et prendre le titre de théâtre de la Pantomime-Xationale, allant jusqu'à s'aider, pour donner plus de

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