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1474:

PATH ELIN,
Par ta foi , feras-tu bien-aise ?
Que donras-tu , li je renverse 1
Le droit de ta partie adverse,
Et si je te renvoye abfouz.

LE BER GIER:
Je ne vous payeray point en soulz,
Mais en bel or à la couronne.
PAT HELIN,

..: Donc , tu auras ta cause bonnç.

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Si tu parles , on te prendra
Coup à coup aux positions ;
Et en teiz tas , confessions
Sont si très-préjudiciables
Et nuisent tant que ce font Diables
Pour ce , vecy qüe' tu feras
J'à tøft , quant on t'appellera,
Pour comparoir en jugement ,
Pa ne repondras nullement
Fors bée, pour rien que l'on te die
Et s'il advient qu'en 'te mauldie,
En disant, he cornart , puant ,
Dieu vous mette en mal , truant,
Yous moquez-vous de la Justice ?
Dy, bée. Ha ! feray-je, il est nice ,
Il cuide parler à fes bestes :
Mais s'ils devoient rompre leurs teftes,

Нуј

Qu'autre mot n'isse de ta bouche ; 1474. Garde-t'en bien.

LE BERGI ER.

Le faict me touche
Je m'en garderay bien, vrayment,
Et le feray bien proprement:

Je
vous le

prometz, & afferme.

PATHE LIN.
Or t'en garde , tiens toy bien ferme,
A moy-mesme, pour quelque chose ?
Que je te die , ne propose ,
Si ne repondz point aultrement,

LE BERGIE R.
Moy , nenny , par mon facrement,
Dites hardiment que j'affolle
Si je dy huy autre parole
A vous , ne à autre personne
Pour quelque mot que l'on me fonne,
Fors bée, que vous m'avez apprins.

Voici le plus comique de la piéce. Pathelin se présente devant le Juge pour défendre Aigneler. Guillaume arrive, & plaide lui-même fa cause contre son Berger. Il apperçoit Pathelin : à cette vûe il s'embrouille, & confond dans son discours les Moutons égorgés & volés par Aignelet, avec les fix au. nes de drap emportés parPathelin. Le Juge s'i mpatiente des interruptions, &

II, sc.3

1474

du prétendu galimathias de Guillaume,
& lui dit :

Sus , revenons à nos Moutons ;
Qu'en fut-il ?
LE DRAP PIER:

Il en prit fix aulncs
De neuf francs,

LE JUGE:

Sommes-nous béjaunes, Ou, Cornart, où cuidez vous estre?

Pathelin criomphe du désordre où le crouve Guillaume pour faire entendre au Juge que ce Drappier n'a que de mauvaises raisons à alléguer contre la partie. Le Juge, pour éclaircir l'affaire, interroge le Berger , qui suivant le cone feil de Pathelin, ne répond que Bée.

LE JUGE.

Vecy angoisse.
Quel bée est cecy , furis-je chiévre ?

P-A THE LIN.
Croyez qu'il est fòl, ou testu,
Ou qu'il cuide estre entre les bestes,

Guillaume recommence fon discours,
& se confond de plus en plus.
LE DRA P PIER.

Or ça je disoye A mon propos comment j'ayoye

venancer,

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Baillé fix aulnes , dois-je , dire, 1474• Mes Brebis ? Je vous en prie, Sire,

Pardonnez-moy. Ce gentil Maistre
Mon Bergier , quand il devoit estre
Aux champs, il me dit que j'oroye
Six escus d'or , quant je viendroye :

Dis-je depuis trois ans en çà :
( 1 ) Con- Mon Bergier me convenança (1)
Promettre. Que loyaulment me garderoic

Mes Brebis , & ne m'y feroit
Ne dommage, ne villenie:
Et puis maintenant il me nic
Et drap, & argent plainement.
Ha ! Maistre Pierre vrayment ;
Ce Ribaut-cy m'embloit les laines
Dc mes bestes, & toutes faines
Les faisoit mourir & périr,
Pour les assommer, & ferir,
De gros bastons sur la cervelle:
Quant mon drap fur foubz son aiselle
Il se mit au chemin
Et ine dit que j'allafse querre
Six escus d'or en la maison.

LE JUGE.

grant erre

Il n'y a rime ne raison
En tout quanque vous rafardez:
Qu'esse-cy? yous entrelardez

1474

Puis d'un , puis d'autre : fomme coute ,
Par la fangbieu , je n'y voy goute.
Il broüille de drap , & babille
Puis de Brebis , au coup la quille
Chose qu'il dit ne s'entretient.

Guillaume veut reprendre fon plai. doyé , & ne s'explique pas mieux que les précédentes fois. Le Juge le prend pour un Visionnaire , renvoye le Ber

.II, 8064 ger absous, & s'enva. Guillaume au désespoir du jugement , fait de grandes menaces à Pachelin , & se retire. Pa-- II, s. thelin reste avec Aignelet , & après l'avoir félicité sur le gain de sa cause, il lui demande de l'argent. Aignelet, suiyant la parole qu'il a donnée à Pathelin , ne répond que Bée , à tout ce que ce dernier lui dit. Pathelin s’apperçoit enfin qu'il est trompé.

PAT MELIN. Maugrebieu , ay-je tant vescu, Qu'un Bergier , un mouton vestu, Un villain paillart me rigolle.

LE BERGIER, Bée.

PATHE LIN.

Par sainct Jehan, tu as bien raison ,
Les oysons menent les oyes paistres
Or cuidois-je estre sur tout Maistre

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