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DE LA GRANGE

G de Sarlar, Ville Episcopale dans
le Périgord , étoit, si l'on veut en croire
l'Editeur de sa Tragédie, un excellent
Poëte Tragique François. On ignore
entierement la vie , & fans le plus
grand hazard, la Piece ne seroit point
parvenue jusqu'à nous, & auroit péri
avec son Auteur , fi les soins d'un
ami ne l'avoient ciré deux fois de l'ou-
bli. Ainsi, au lieu d'une vie de 'La
Grange, que l'on soupçonne avoir ga-
gné des prix aux Jeux Floraux, nous
donnerons l'Histoire de la Tragédie de
DIDON.
Barthelemy Balliste

Docteur en Droit, & Lieutenant Général des Viguier & Juge de Narbonne, envoya , du vivant de la Grange son ami , cette

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Tragédie à Paris, avec quelques Poëfies du même Auteur , capables de 1576. composer en tout un assez bon volume. L'Ami de Balliste , qui s'étoit chargé à Paris de l'édition de ce Livre , soit par négligence , soit faute de trouver un Libraire, qui voulut faire les frais de l'impression, ne répondit point à ses souhaits. Enfin, après quelques années, lorsqu'on croyoit ces Poësies entiérement égarées, ou perdues, le Docteur Balliste reçut cette Didon, comme il s'y attendoit le moins, mais extrêmement défigurée, & corrompue. La Grange étoit mort alors; mais Balliste, à qui ce Poëte avoit communiqué plusieurs fois cette Piece, répara habillement ce qui manquoit. Quelque tems après, Marcellin Gueyton l'un des Elûs de Lyon, homme qui se faisoit un plaisir singulier de tirer à ses propres dépens une foule d'Auteurs de i'oubly, pria Balliste de lui faire part des Poëfies des personnes célebres , & fur-tour de ceux qui avoient gagné les prix aux Jeux Floraux. Balliste pour obliger l'Elu, & en même tems faire vivre la mémoire de La Grange son ancien Camarade d'étude, ne tarda pas

à lui faire tenir fa. Tragédie de

Didon. Gueyton la remit à Rigaud, 1576. Libraire de Lyon , qui la communiqua

aussitôt à Du Verdier Vauprivaz. Ce
dernier conseilla au Libraire de la
mettre au jour au plûtôt, ajoutant
que, quoiqu'Etienne Jodelle eut tra-
vaillé le même sujet , néanmoins celle-
ci étant traitée différemment, elle ne
pourroit que faire plaisir. Rigaud la
fit paroître en 1582. plusieurs années
après la mort de l'Auteur, & autorisé
par tant d'éloges, il ne craignit point
d'ajouter au titre de Didon « que cet-
» te Tragédie, tant pour l'argument
» que pour la gravité des Vers, & Sen-
»tences, outre ce qu'elle n'a par cy-
? devant été veue, n'est moins digne
» de voir ( imprimée) que profitable
» à tous ». Paffons présentement à l'Ex-
trait de la Tragédie.

Suivant l'ulage des anciens Poëtes, l'Auteur fait paroître au commencement l'Ombre de Sichée, qui instruit sommairement le Spectateur de tout ce qui va se passer sous ses yeux. Ensuite Didon fait part à la confidente Barcé, d'un songe affreux, qui semble lui présager quelque événement finistie. Peu de tems après Enée ordonne à Achate de préparer tout pour sa fuj

te. Didon instruite de ce projet, accable l'infidelle de reproches sanglans. 1576. Voyons comment La Grange a paraphrasé Virgile en cet endroit.

DIDON

Au moins puisque joué j'ay mon honneur &

moy, Si avant ton despart j'étois grosse de toy : Ou fi ayant defia Lucine reclamée, Tu me laissois ici quelque petit Enée, . Qui te representast, de face seulement,

Je pourrois plus constante endurer ce tour

ment :

Et par le grand malheur de ta fuite obstinée,
Je ne semblerois pas du tout abandonnée.

.

Car Venus onc chargée
Ne fut de ta portée : une fere enragée
Te prit pour t'alaiter, auflitoft qu'une roche
Au Mont ou Promethée est butin du bec

croche,

Grosse t'euft poussé hors de ses entrailles durcs
Pour le monde infefter de cruelles injures.

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Et je me plains de toy, furic abominable,
Damnable, inexorable, effroyable, cré-

crable.

Au cinquiéme Ade, Didon perdant 1576.

tout espoir , tombe dans une espece de
délire.

DIDON.
Ha ! ha! ha!

CH OB UR.
Quels souspirs ?

DIDON.

Las ! hélas !

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CHOE U R.

Quelles plaintes :
Qu'ores grand est le dueil dont son ame eft
atteinte.

DIDON
Que ne l'ay.....

CHOB UR.
Les sanglots entrerompent sa voisi

DIDON.
Que ne l'ay-je gardé !....

CHOE U R.
O Dieux !
D I DON.

Quand je l'avois;
Je ne verrois.errer la mort sur tous mes mem-

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bres,

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Si je l'euse gardé dans l'une de mes cham-
bres.

CHOEUR.

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