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content d'y mener une vie pauvre en solitaire. Celui-ci consent qu'avec beaucoup de peine à retourner parmi les fiens : mais après avoir reconnu que les Dieux le veulent, il s'embarque avec Hegesippe, e arrive à Salante , oi Idomenée qui n'est plus le même homme le reçoit avec amitié.

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PR E's avoir dit ces paroles, Mentor persuada à Idomenée qu'il faloit au plûtôt chasser Protesilas & Timocrate, pour rappeller Philocles. L'unique difficulté qui ar. recoit le Roi, c'est qu'il craignoit

la sévérité de Philocles. J'avoue , disoit-il , que je ne puis m'empêcher de craindre un peu son retour , quoique je l'aime & que je l'estime. Je suis depuis ma tendre jeunesse accoutumé à des louanges, à des empressemens, à des complaisances, que je ne saurois esperer de trouver dans cet homme. Dès que je faisois quelque chose qu'il n'approuvoit pas, son air triste me marquoit assez qu'il me con. damnoit, Quand il étoit en particulier avec moi , ses manieres étoient refpectueuses & moderées, mais séches.

Ne voiez-vous pas , lui répondit Mentor , que les Princes gâtez par la flaterie trouvent fec & austére tout ce qui est libre & ingénu. Ils vont même jusqu'à s'imaginer qu'on n'eft pas zelé pour leur service, & qu'on n'aime pas leur autorité, dès qu'on n'a point l'ame servile, & qu'on n'est pas prêt à les flater dans

l'usage le plus injuste de leur puissance. Toute parole libre & généreuse leur paroît hautaine , critique & sédicieuse. Ils deviennent si délicats, que tout ce qui n'est point flaterie , les blesse & les irrite : mais allons plus loin. Je suppose que Philocles est effectivement sec & austére; son austérité ne vaut-elle pas mieux que la flaterie pernicieuse de vos Conseillers ? Où trouverez-vous un homme sans défauts ? * Et le défaut de vous dire trop hardiment la vérité , n'est-il pas celui que vous devez le moins craindre ? Que dis-je ? N'est-ce pas un défaur nécessaire pour corriger les vôtres, & pour vaincre le dégoût de la vérité, où la flaterie vous a fait tomber? Il vous fautun homme qui n'aime que la vérité , & qui vous aime mieux que vous ne sçavez vous aimer vous-même ; qui vous dise la vérité malgré vous, qui force tous vos retran. chemens ; & cet homme néceflaire , c'eft Philocles. Souvenez-vous qu'un Prince est trop heureux, quand il naît un seul homme fous son regne avec cette générosité, qui est le plus précieux trésor de l'Etat ; & que la plus grande punition qu'il doit craindre des Dieux, eft de perdre un tel homme , s'il s'en rend indigne faute de savoir s'en servir. Pour les défauts des gens de bien, il faut les savoir connoître, & ne laisser pas de se servir d'eux. Redressez-les ; ne vous livrez jamais aveuglément à leur zele indiscret: mais écoutez-les favorablement , honorez leur vertu, montrez au public que vous savez la distinguer, & sur tout gardez-vous bien d'être plus longtems comme vous avez été jusqu'ici. Les Princes gâtez comme vous l'éciez , se contentant de mépriser les hommes corrompus, ne laissent pas de les employer avec confiance , & de les combler de bienfaits. D'un autre côté, ils se piquent de connoître aussi les hommes vertueux, mais ils ne leur donnent que de vains éloges, n'osant ni leur confier les emplois , ni les admettre dans leur commerce familier, ni répandre des bien; faits sur eux.

* La verité est presque toujours 1 bouche ennemie. Auli Plutarque alcerée , affoiblie , deguisée par les a-t-il prouvé que les ennemis , à qui ménagemens, les craintes, les reser sçaie en profiter, sont aussi uciles que ves avec lesquelles on s'expose. Elle les amis. ne fort avec touce la force que d'une..

Alors Idomenée dit qu'il étoit honteux d'avoir tant cardé à délivrer l'innocence opprimée , & à punir ceux qui l'avoient trompé. Mentor n'eut même aucune peine à déterminer le Roi à perdre son Favori ; car aussitôt qu'on est parvenu à rendre les Favoris sufpects & importuns à leurs maîtres, les Princes lassez & embarrassez ne cherchent plus qu'à s'en défaire ; leur amitié s'évanouit, les services sont oubliez : la chûte des Favoris ne leur coûte rien , pourvu qu'ils * ne les voient plus. Aussitôt le Roi ordonna en secret à Hegesippe , qui étoit un des principaux Officiers de la Maison, de prendre Protesilas & Timocrate, & de les conduire en sûreté dans l'isle de Samos, de les y laisser & de ramener Philocles de ce lieu d'exil. Hegelippe surpris de cet ordre, ne put s'empêcher

* Tel est le caractere des Princes, tables maîtres de la Personne ; c'est foibles : ceux qui sçavent s'emparer être perdu dans l'esprit d'un tel Prin. des ayenues du Trône, sont les véri. ce que d'êcre absent.

'de pleurer de joie. C'est maintenant, dit-il au Roi, que vous allez charmer vos sujets. Ces deux hommes ont causé tous vos malheurs, & tous ceux de vos peuples. Il y a vingt ans qu'ils font gémir tous les gens de bien , & qu'à peine ose-t-on même gémir , tant leur tyrannie est cruelle. Ils accablent tous ceux qui entreprennent d'aller à vous, par un autre canal que le leur.

Ensuite Hegesippe découvric au Roi un grand nombre de perfidies & d'inhumanitez commises par ces deux hommes, dont le Roi n'avoit jamais enten. du parler , parce que personne n'osoit les accuser. Il lui raconta même ce qu'ilavoir découvert d'une conjuration secrete pour faire périr Mentor. Le Roi eut horreur de tout ce qu'il entendoit.

Hegesippe se hâta d'aller prendre Protefilas dans sa maison : elle étoit moins grande , mais plus commode & plus riante que celle du Roi. L'Architecture étoit de meilleur goût. Protesilas l'avoit ornée avec une dépense tirée du sang des misérables : il étoit alors dans un salon de marbre auprès de ses bains , couché négligemment sur un lit de pourpre avec une broderie d'or ; il paroissoit las & épuisé de ses travaux ; ses yeux & ses sourcils montroient je ne sçai quoi d'agité, de sombre & de farouche. Les plus grands de l'Etat étoient autour de lui rangez sur des tapis , composant leurs visages sur celui de Protesilas, dont ils observoient jusqu'au moindre clin d'æil. A peine ouvroit-il la bouche , que tout le monde se récrioit pour admirer ce qu'il alloic dire.Un des prin. cipaux de la troupe lui racontoit avec des exagera. tions ridicules ce que Protesilas lui-même avoit fait pour le Roi. Un autre lui assuroit que Jupiter ayant trompé sa mere lui avoit donné la vie , & qu'il étoit fils du pere des Dieux. Un Poëte venoit lui chanter des vers, où il disoit que Protesilas instruit par les Muses avoit égalé Apollon pour tous les ouvrages d'esprit. Un autre Poëte encore plus lâche & plus impudent l'appelloit dans ses vers l'inventeur des beaux arts & le pere des peuples qu'il rendoit heureux. Il le dépeignoit tenant en main la corne d'abondance.

Protefilas écoutoit toutes ces louanges d'un air sec, distrait & dédaigneux, comme un homme qui fçait bien qu'il en mérite encore de plus grandes, & qui fait trop de graces de se laisser louer. Il y avoir un Aateur qui prit la liberté de lui parler à l'oreille, pour lui dire quelque chose de plaisant contre la police que Mentor tâchoir d'établir. Protesilas soûrit : toute l'assemblée se mit à rire , quoique la plü part ne pussent point encore savoir ce qu'on avoit dit : mais Protesilas reprenant bientôt son air sévere & hautain, chacun rentra dans la crainte & dans le silence. Plusieurs Nobles cherchoient le moment où Pro tesilas pourroit se retourner vers eux & les écouter; ils paroissoient émûs & embarrassez. C'est qu'ils avoient à lui demander des graces ; leurs * postu

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* Il est difficile de demander sans avoit sans doute éprouvé qu'on est balTesle. Les Décses des prieres contraint de s'avilir dans la maus sont boiteuses, dic Homere, qui vaise fortune.

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