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qui fait le bonheur de ma vie pour vous marquer mon obéïlsance, partirai je sans sçavoir précisément le destin que ma divine Princelle me prépare; & ne pourrai-je remporter la douce satisfac: tion de croire qu'elle verra avec plaisir tous les efforts que je vais faire pour avancer ma felicité ?

Je croyois en avoir assez dit, lui répondit-elle ; mais puisqu'il en faut davantage pour vous satisfaire , soyez persuadé que sans Dom Alvare il n'est point de bonheur pour Félime. Cet heureux amant se seroit jerté à ses pieds une seconde fois pour lui rendre graces d'une si tendre assurance, li cette Princesse ne lui eût fait en. tendre que quelqu'un s'appro. choit : c'étoit Abenamard, auquel on avoit dit que Félime étoit dans le bois, & qui venoit pour l’y chercher..

· Cette vûe fit rougir de colere Dom Alvare, & ce ne fut qu'avec une peine extrême qu'il s'empêcha de la faire éclater. Mais Félime voyant le Prince de Fez assez près pour les entendre , fit figne à Dom Alvare , & continuant de lui parler: Vous direz à la Princesse Almoradine que je m'acquitterai avec plaisir de ce quelle Touhaite de moi, & qu’aufli-tôt que la Reine aura fait ouvrir chez elle j'enverrai l'en avertir. Joraé jugeant bien à ces mots que laPrincefle vouloit qu'il se recirât, n'auroit pû se résoudre à obéir s'il n'eûc vû dans ses yeux aucant de haine pour son rival, que de tendresse pour lui. Il les quitta cependant, mais son amour & sa jalousie le firent rester dans les jardins de l'Alembre pour y attendre Zéluma.

Malgré les soins que prit Féli

me pour cacher son trouble à l'arrivée d'Abenamard, il fut si grand & il y eut tant de confusion dans les discours qu'elle lui țint , que ce Prince qui étoit naturellement foupçonneux s'en apperçut , & crutentrevoir du mystere dans sa conversation avec l'esclave d’Almoradine. La jalousie aveugle ordinairement les amans fortunés ; l'excès de leur bonheur leur en faisant craindre la diminution , mais elle ne trompe jamais les malheureux; la certitude d'être haïs ou méprisés leur en faisant chercher la cause, ils la trouvent souvent avec facilité.

Le Prince de Fez étant de ces derniers , il n'est pas surprenant que la bonne mine de Joraé & l'inquiétude de Félime s’entretenant dansun lieu si solitaire,quoique ses femmes en fussent peu éloignées,lui donnaflent des soup

çons fâcheux. Il auroit sans doute fait connoître sa pensée à la Princesse, si Zéluma ne fut arrivé. Abenamard qui connoisloit la haine de ce Prince pour lui, ne resta pas long-tems en ce lieu ; & après quelques discours fur la guerre, il se retira dans le dessein de chercher l'esclave qu'il venoit de voir , & de lui demander ce qu'il avoit eu à dire à la Princesse dans un lieu si particulier.

Lorsque Félime fut seule avec Zéluma , elle lui apprit qu’Abenamard l'avoit trouvée avec Dom Alvare, & la crainte où elle étoit qu'il n'eût entendu une partie de leur conversation. Elle l'instruisit aussi du prétexte qu'elle avoit pris pour lui ôter tout soupçon ; mais continua-t-elle, Dom Alvare s'est retiré avec tant de fureur dans les yeux, & le Prince de Fez m'a fait voir tant

d'inquiétude,

d'inquiétude, que je ne puis m'empêcher d'apprehender quel que accident. Zéluma la raflura autant qu'il lui fut possible; & l'ayant fait rentrer dans le Palais, il retourna dans le bois pour cher. cher Joraé; mais comme il y avoit plusieurs routes à choisir , son malheur, le conduisit dans toutes celles où Dom Alvare n'étoit pas. • Cependant Abenamard qui cherchoit aussi cet illustre esciave , étoit près de rentrer au Palais n'ayant pû le trouver, lorfqu'il l'apperçut couché au bord d'un bassin de porphyre qui donnoic vis-à-vis l'appartement de Félime. Ses soupçons s'augmenterent

en le voyant contempler un lieu · qui auroit dû lui être indifferent ,

s'il n'y eût pris quelque interêr. Il fut à lui, & le frapant d'un roseau qu'il tenoit à la main : Qui

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