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vare se trouvant affoibli par la quantité de sang qu'il perdoit , ne voulut pas differer plus long, tems à se faire connoître. Il delcendit de son fiége & s'offrit à la Duchesle pour l'aider à monter å son appartement ; les flambeaux qui arriverent en ce moment, firent remarquer á Eleonore que celui qui lui donnoit la main, n'étoit pas de ceux qu'elle avoit vûs ; & le tournant pour le regarder, elle ne put méconnoître un visage dont les traits étoient gravés dans son cæur ; mais ne pouvant supporter l'excès.de fa Turprise & de la joye, elle tomba évanouie dans les bras de ce cher fils.

Tout le monde étant accouru à cet accident, Dona Elvire , s'empressant pour en sçavoir la cause, n'eut pas plûtôt jetté les yeux sur son frere, qu'elle n'en youlut pas d'autre éclaircissement, elle penfa donner les mêmes marques de joye; l'état où écoit la Duchesse l'en empêcha , étant obligée de donner tous ses soins à la fecourir. Elle revint enfin, &cherchant des yeux Dom Alvare, elle le vit à genoux à la ruelle de son lit sur lequel on l'avoit mise. Elle luitendit les bras avec des transports que la nature seule pouvoir causer : Ah mon fils ! lui dit-elle, que vous êtes cruel d'avoir retardé la joye que me donne votre présence.

d'autre

Dom Alvare touché de l'acci: dent qu'il avoit fait naître, répondit avec l'amour qu'il devoit à cette tendre mere, qui , faisant ceder le plaisir de le voir au soin de le faire panser , lui comman. da de laisser mettre le premier appareil sur ses blessures. Les Chirurgiens n'en ayant point trouvé

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de dangereuses, ni qui l'obligeaf. sent à le tenir au lit, mais seulement à garder la chambre quelques jours, il rentra dans celle de la Ducheffe pour embrasser la charmante Elvire, qui ne pouvoit s'arracher des bras de ce cher & illustre frere : cependant il fit entendre à la Duchelle qu'il étoit nécessaire qu'elle fût chez la Reine pour l'instruire de ce qui venoit de se passer, afin qu'on envoyât enlever les blessés qui ém toient sur le champ de bataille.,

Comme il n'y avoit point de tems à perdre, & qu'Eleonore se trouya entierement remise de la foiblesse , elle se fit conduire par le Marquis d'Aguilar qui n'étoit blessé que legérement à l'épaule , &is'étant rendue chez la Reine, elle lui fit un fidel récit de l'avan sure qui lui étoit arrivée, ¿ Cette grande Princesse. la féli

cita avec beaucoup d'amitié sur le retour de son fils,& la magnanimicé lui faisant aimer les chofes extraordinaires : J'admire, lui dit-elle, la haute destinée de Dom Alvare , sa valeur vous le fit' perdre, & c'est encore par une action des plus glorieufes qu'il vous est rendu. Le Marquis d'Aguilar fortifia la Reine dans ses sentimens, en l'assurant que c'étoit à lui seul qu'on devoit l'honneur de ce combat. Cette Princesse donna fes ordres fur le champ pour faire enlever les morts & les blessés, & dit à la Duchesse de l'Infantade, que comme fon fils étoit le vainqueur, elle laissoit à sa disposition les blessés, étant fes prisonniers, & qu'il les conduiroit au Roi lorsqu'il seroit en état. Après ces mots là Duchesse fe retira chez elle ; mais elle n'eut pas plûtôt appris à son fils les bontés de la Reine,

que malgré sa foiblesse , & tout ce qu'on lui put dire , il voulut aller chez elle.

Cette Princesse le reçut, non en Reine, mais en mere , & s'étant fait raconter tout ce qu'il avoit appris au Roi, il la fupplia de faire mettre Hali d'Aoub sous une forte garde, s'il vivoit encore, & qu'il n'eût commerce avec personne, de crainte qu'il ne fîc {çavoir au Roi de Grenade son évafion , & ne causât par là la perte de ceux ausquels il devoit la libero té. La Reine le lui promit ; & lui ayant ordonné de se retirer , & de prendre le repos dont il avoit befoin, il fut contraint d'obéir.

Cette Princesse dépêcha au Roi pour l'informer de cette action & de la valeur éclatante du fils du Duc de l'Infantade, lequel ne put se résoudre à se retirer qu'il ne fût informé du nombre

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