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Il m'a paru qu'après avoir reconnu avec Galilée, si Descartes ne fait plus assez d'autorité , que le changement des formes, par le moyen desquelles les corps

se revêtent de tant de differentes | qualités, dépend uniquement de

la transposition des particules dont ils sont composés ; il y avoit de l'inconséquence à vouloir introduire des formes équivalentes pour expliquer des effets, qui peuvent également dépendre d'une fimple impression de mouvement. On n'a jusqu'ici d'autre raison de déduire avec Galilée le changement des formes d'un simple changement de polition, que parce qu'on conçoit très-clairement qu'une semblable transposition est seule capable de varier les formes des corps & les qualités qui en résultent. Mais puifque nous voyons que le mouvement est éternel dans la nature, qu'il ne fait que passer d'un corps

à l'autre, de telle sorte qu'il en reste toujours la même quantité de même part ; ne conçoit-on pas avec la même clarté comment la tendance des corps les uns vers les autres , peut être produite en vertu de cette agitation de toute la masse de la matiere , qui fait que le mouvemennt se communique successivement & sans interruption d'un corps à l'autre ? Nous ne sçaurions, fans doute, déterminer quelle est en particulier cette agitation qui fait circuler les planetes autour du soleil ; mais sommes-nous plus en état de déterminer quelle est en particulier la transposition requise pour convertir le bois en flamme? Nos connoissances & notre ignorance sont ici précisément au même point à l'un & à l'autre égard. C'est donc à tort que pour les formes nous ne supposons rien dans les corps, que ce que notre intelligence, aidée des moyens convenables, pourroit comprendre parfaitement, en ne faisant que démêler en particulier ce qu'elle apperçoit déja confusement & en général ; au lieu que par les tendances nous voulons des réalités qui ne répondent à aucune de nos idées , & que nos connoissances augmentées même à l'infini , ne pourroient jamais nous faire concevoir, à moins

que notre faculté intelligente ne changeât de nature.

Ainsi ces Dissertations ne sont, à la rigueur, comme je le dis à la fin de la premiere, qu'une suite des éclaircissemens de mon Traité de l'Immatérialité de l' Ame où j'aî tâché d'établir que l'ignarance où nous sommes touchant les causes des phénomenes, ne nous oblige aucunement de recourir à des qualités que nous ne pouvons admettre dans la matiere, comme le dit Locke, sans renoncer à nos conceptions les plus claires. Il n'est point nécessaire d'aller si loin pour nous convaincre que nous ne parviendrons jamais à arracher le bandeau qui couvre la nature à nos yeux.

Il est une raison toute simple & toute naturelle de notre impuissance à cet égard, une raison qui s'allie d'ailleurs parfaitement avec la clarté de nos conceptions. Il est dans la nature des agents qui échapperont éternellement à nos observations , il en est dont nous pouvons conclurre à la vérité l'e-xistence

par

des inductions tirées de l'observation, mais dont nous ne connoîtrons jamais nilenombre, ni les qualités , ni les differences. Enfin nous ne connoissons point la constitution intérieure de ceux même qui tombent fous nos. sens , ni leurs différents rapports avec les differents corps qu'ils pénetrent, & sur lesquels ils agif-sent. Nous voyons dans les effets sensibles, comme les dehors de:

la nature : nous appercevons les causes prochaines de quelquesuns de ces effets. Ces causes ne font elles-mêmes que des effets d'autres causes plus éloignées , celles - ci commencent à nous échapper ; mais ce n'est point parce qu'elles changent de nature ou de maniere d'agir; c'est parce que les combinaisons d'où résulte leur action , se multiplient & se répandent trop au loin , & que ne pouvant les saisir & les développer ,

il eft inutile de les vouloir deviner. Il n'y a qu'à jetter un coup d'ail fur ce petit nombre de causes que la Physique est

parve, nue à découvrir, pour se convaincre que tel est en effet le procédé de la Nature. L'action de l'air a pris la place de l'horreur du vuide , une matiere électrique bien constatée , fait évanouir aujourd'hui la sympathie reconnue autrefois entre l'ambre & la paille, l'analogie qu'on commence

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