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ANECDOTES

DE LA COUR "

DE PHILIPPE-AUGUSTE.

TAG HILIPPE - AUGUSTE
Pa ne laissa pas long-tems

e Adelaide dans l'inquiétude où elle étoit ; il alla à Chelles dès le lendemain. L'estime que j'ai pour vous, Mademoiselle, lui dit-il, me fait penser que vous punissez Alberic d'une faute que j'ignore, & qui, en me l'apprenant, va sans doute

Tome III.

vous justifier à son égard, à ces lui d'Enguerrand , & au mien. Expliquez-vous, Mademoiselle ; fur-tout parlez-moi sans détour. Ma bonté sera la récompense de votre sincérité ; elle peut seule me faire tout excuser : mais redoutez-moi, si vous cherchez à me déguiser la vérité. Songez qu'elle pourroit percer à travers le nuage dont vous croiriez la couvrir. Je vais parler , Sire, repartit Adelaide, avec la sincerité qu'exige le respect dû à Votre Majefte, & me rendre du moins par-là, digne de ses bon-tez. Je n'ai point , SIRE, de reproches à faire à Alberic: sa nais sance , les biens & les dignitez dont Votre Majesté a comblé fa Maison , l'amitié dont vous ho norez ce Seigneur , fon mérite, à qui je rends juftice, fes atten. ţions pour moi, la refpectueuse passion, mon estime enfin, tout m’auroit portée à le choisir moimême pour époux, si j'avois pû vaincre l'éloignement extrême que j'ai à me donner un maître. Il est tel cet éloignement, que j'ai crû, pour échapper à la nécessité d'obéir à mon pere , pou. voir lui préférer un engagement éternel dans cette retraite. Je me suis trompée , SIRE ; je redoute également toật lien, & c'est en embrassant les genoux de Votre Majesté, poursuivit Adelaide en se prosternant aux pieds du Roi; que je la conjure de me garantir de la dure nécessité de faire aucun choix. Quand vous me dites, Mademoiselle , repliqua le Roi en la regardant fixement, que vous ne sçauriez vous résoudre à faire un choix, n'en auriezvous point fait un? Adelaide ne sçait point feindre, répondit

elle ; Enguerrand dès ma plus tendre enfance, m'a familiarisée avec la vérité, le courage & la · vertu. Mais pourquoi, Mademoi

selle, avez-yous attendu jusqu'au ·
dernier moment pour déclarer
vos sentimens par une fuite si
condamnable ? Je crains inon
pere, repartit Adelaide, autant
que je le respecte : cependant,
SIRE, j'ai ose lui laisser apper-
cevoir quelle étoit ma répugnan-
ce à soumettre mon sort aux ca-
prices d'un époux. Ma mere &
mon frere l'ont conjuré de ne pas
me faire violence ; j'ai enfin em-
brassé ses genoux, mais inutile-
ment. J'ai combattu contre moi-
même, pour obtenir de ma rai-
son & de mon devoir, d'obéir ;
j'ai voulu me faire une loi de la
volonté d'un pere, mais je n'ai
pû me vaincre. Enfin j'ai craint
de rendre Alberic malheureux

!

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