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NE'RE STAN,CHATILLON.

CHATILLON
BR A V E Nérestan , Chevalier généreux,
Vous qui brisez les fers de tant de malheu-

reux :
Vous, Sauveur des Chrétiens qu'un Dieu Sauveur en-

voie,
Paroissez, montrez-vous, goûtez la douce joie
De voir nos compagnons pleurans à vos genoux,
Baiser l'heureuse main qui nous délivre cous :
Aux portes du Şérail en foule ils vous demandent,
Ne privez point leurs yeux du Héros qu'ils attendere,
Et qu'unis à jamais sous notre bienfaicteur ...,

N E REST A N.
Illuftre Châtillon, moderez cec honneur

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J'ai rempli d'un Chrétien le devoir ordinaire,
J'ai fait ce qu'à ma place on vous auroit vû faire.

7 CHA TILL O N.
Sans doute , & tout Chrétien , toui digne Chevalier,
Pour la Religion se doit sacrifier;;
Et la félicité des cours tels que les nôrres,
Conffte à tout quitter pour le bonheur des autres,
Heureux à qui le Ciel a donné le pouvoir
De remplir comme vous un li noble devoir !
Pour nous, tristes jouets du fort qui nos oprime,
Nous malheureur Français, Esclaves dans Salime,
Qubliés dans les fers , où lang tems fans fecours,
Le Pere d'Orolmanc abandonna nos jours
Jamais nos yeux sans vous ne reverroient la France.

„N, E R E S T A Newb'flog Dieu s'est fervi de moi , Seigneur, la Providence De ce jeune Orofmane a ficchi la rigueur : Mais.quel tsistę mélange altére ce bonheur à: cv Que de ce-fier Soudan la clémence odieuse, Répand sur fes bienfaits une amertume affreuse ! Dica me voit & m'entend', il fçait fi dans mon coeur J'arois d'autres projets que ceux de la grandeur':'; Je faisais coat pour lui a j'espérais de lui rendis Une jeune beauté qu'à l'âge le plus tendre }!) Le cruel Noradin fir efclave avec moi, Lorsque les ennemis de notre auguste foi, Couvçant de notre fang la Sirie enyurée

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Surprirent Lusignan , vaincu dans Celarée :
Du Şérail des Sultans sauvé par des Chrétiens ,
Remis depuis trois ans dans mes premiers liens,
Renvoyé dans Paris für ma seule parole,
Seigneur ; je me Aarois... Esperance frivole
De ramener Zaïre à cette heureuse Cour,
Où Louis, des vertus a fixé le sejour :
Déja même la Reine, à mon zéle propice,
Lui tendait de son Trône une main protectrice ;
Enfin lorsqu'elle touche au moment souhaité
Qui la tiroir du sein de fa captivité,
O.n.la retient.... Que dis-je.... Ah! Zaïre elle-même,
Oubliant les Chrétiens pour ce Soudan qui l'aime....
N'y persons plus... Seigneur, un refus plus cruel i
Vient m'accablér encore d'un déplaisir mortel,
Des Chrétiens malheureur Pespérance est ér ahie..

CHA TIL I QON, ""
Je vous offre pour eux, ma libertć , ma vie,
Disposez-en , Seigneur , elle vous apartient,',

N E'R ESTĄ N.
Seigneur , ce Lusignan qu'à Solime on tetient,
Ce dernier d'une rače en Héros fa féconde,
Ce guerrier dont la gloire avoit rempli le monde
Ce Héros malheureöx de Bouillon descendú,
Aux soậpirs des Chrétiens ne sera point rendu.

CHATILLON, Seigneur !s'il est ainsi, votre faveur est vaine :

Quel indigne foldat voudroit briser la chaine,
Alors que dans les fers son Chef est retenu :
Lusignan , comme à moi, ne vous est pas connu,
Seignegr, romerçiez ce Ciel, dont la clémence
A pour votre bonheur placé varre naissance,
Long-tems après ces jours à jamais detestés,
Après ces jours de fang & dę calamités,
Où je vis sous le joug de nas barbares Maîtres,
Tomber çes murs sacrés conquis par nos Ancêtresa
Ciel! Gi vous aviez vu ce Temple abandonné,
Du Dieu que nous seryons, le Tombeau profané,
Nos peres, nos enfans, nos filles & nos femmes,
Aux pieds de nos Autels expirans dans les fâmes
Et norre dernier Roi courbé, du faix des ans
Massacre fans pitié sur les fils expirans !
Lusignan, le dernier de çeste auguste race,
Dans ces momens affreux ranimanı notte audace,
Au milieu des débris des Temples renversés,
Des vainqueurs, des vaincus, & des morts entassés,
Terrible , & d'une main reprenant cette épée ,
Dans le fang infidéle à tout moment trempée,
Et de l'autre à nos year montrant avec fierte
De notre sainte foi le figne redouté,
Criant à haure voix : François, fožez fideles...
Sans doute en ce moment, le couvrant de ses aîles
La vertu du Très-Haut qui nous fauve aujourd'hui,
Aplanissoit la foute į& marckpit devant lui,

Et des tristes Chrétiens la foule délivrée,
Vinr porter avec nous ses pas dans Cesarée,
Là, par nos Chevaliers d'une commune voix,
Lusignan fur choisi pour nous donner des loix.
O mon cher Nérestan! Dieu qui nous humilie,
N'a pas voulu sans doute , en cette courte vic,
Nous accorder le prix qu'il doit à la vertu,
Vainement pour son nom nous avons combatu.
Ressouvenir affreux, dont l'horreur me dévore !
Jerusalem en cendre , hélas ! fumoir encore,
Lorsque dans notre azile attaqués & trahis,
Et livrés par un Grec à nos fiers ennemis,
La fâme, dont brûla Sion desesperée,
S'étendit en fureur aux murs de Cefaree;
Ce fut-là le dernier de trente ans de revers,
Là, je vis Lufgnan chargé d'indignes fers,
Insensible à la chute, & grand dans ses miseres,
Il n'étoit attendri

que

des de fes freres : Seigneur, depuis ce tems, ce pere des Chrétiens Referré loin de nous, blanchi dans ses liens, Gémit dans un cachor, privé de la lumiere, Oublié de l’Afie, & de l'Europe enciere: Telest son fort affreux ; & qui peut aujourd'hui, Quand il souffre pour nous , fe voir heureux sans lui?

N ER ESTA N.' Ce bonheur, il est vrai, seroit d'un caur barbare; Que je hais le destin qui de lui nous fépare !

maux

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