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Dont vos bontés, Seigneur, ont brisé les liens ;;
Au Sérail, en secret, il alloit s'introduire,
On l'a mis dans les fers,

ORO SMA N E.

Hélas ! que vais-je lire ? Laisse-nous.

je frémis.

S CE N E V. OROSMANE,CORASMIN,

COR A SM I N.

Ette Lettre, Seigneur

, Poura vous éclaircir , & calmer votre cour.

ORO S M AN E. Ah! lisons , ma main tremble , & mon ame étonnée Prévoit que ce Billet contient ma destinée. Lisons ...» Chere Zaire, il est rems de nous voir. » Il est vers la Mosquée une secrette issue, » Où vous pouvez sans bruit, & sans être aperçue , » Tromper vos surveillans, & remplir notre espoir : » Il faut vous hazarder ; vous connoillez mon zéle. Je vous attends, je meurs,

fi n'êtes fidéle. ORO S M A N E. Eh bien, cher Coralmin, que dis-tu ?

VOUS

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COR A SM I N.

Moi, Seigneur ? Je suis épouvanté de ce comble d'horreur.

OR O S M AN E. Tu vois comme on me traite :

CORA SM I N.

O trahison horrible !
Seigneur, à cet affront vous êtes insensible ?
Vous, dont le cæur tantôt sur un simple foupçon
D'une douleur fi vive a reçu le poison ?
Ah ! sans doute l'horreur d'une action si noire
Vous guérit d'un amour qui blesoit votre gloire.

ORO SM AN E.
Cours chez elle à l'instant, va, vole Corafmin.
Montre-lui cet écric.... qu'elle tremble.... & soudain
De cent coups de poignard que l'infidéle meure,
Mais avant de fraper..., ah! cher ami demeure,
Demeure, il n'est pas tems. Je veux que ce Chrétien
Devant elle amené.... non.... je ne veux plus rien....
Je me meurs.... je succombe à l'excès de ma rage.

CO RASMI N.
On ne reçut jamais un li sanglant outrage.

ORO S M A N E.
Lc voila donc connu, ce secret plein d'horreur !
Ce secret qui pesoit à son infame coeur !
Sous le voile emprunté d'une crainte ingénue,

.

1

Elle veut quelque tems se soustraire à ma vûe.
Je me fais cet effort ; je la laisse sortir;
Elle part en pleurant.... & c'est pour me traḥit,
Quoi ! Zaïre :

COR A SM I N.

Tout sert à redoubler son crime.
Seigneur, n'en soïez pas l'innocente victime,
Et de vos sentimens rapellant la grandeur....

ORO S M A N E.
C'est là ce Nérestan, ce Héros plein d'honneur,
Ce Chrétien sivanté qui remplissoit Solime
De ce faste imposant de la vertu sublime :
Je l'admirois moi-même, & mon coeur combattu
S'indignoit qu'un Chrétien m'égalât en vertu.
Ah ! qu'il va me païer sa fourbe abominable!
Mais Zaïre , Zaïre est cent fois plus coupable.
Une Esclave Chrétienne; & que j'ai pû laisser
Dans les plus vils emplois languir, sans l'abaisser!
Une Esclave ! Elle sçait ce que j'ai fait pour elle.
Ah malheureux

ÇO R A Ş M I N.

Seigneur , fi vous souffrez mon zéle, Și parmi les horreurs qui doivent vous troubler, Vous vouliez.

OROSMANE,

Oui, je veux la voir & lui parler i Allez , volez Esclave, & m'amenez Zaïre.

CO RASMI N.
Hélas ! en cet érat que pourez-vous lui dire à

OR OSM AN E.
Je ne sçai, cher ami, mais je prétens la voir.

COR A SM I N.
Ah! Seigneur , vous allez dans votre desespoir
Vous plaindre , menacer , faire couler ses larmes :
Vos bontés contre vous lui donneront des armes,
Ef votre cour séduit malgré tous vos soupçons,
Pour la justifier cherchera des raisons.
M'en croirez-vous ? cachez cette Lettre à la vůe,
Prenez pour la lui rendre une main inconnue,
Par là, malgré la fraude, & les déguisemens,
Vos yeux démêlerant ses secrecs sentimens,
Et des plis de son cour verront tout l'artifice.

ORO S M A N E. Renses-tu qu'en effet Zaïre me trahisse? .., Allons, quoiqu'il en soit, je vais tenter mon fort, Et pousser la vertu jusqu'au dernier effort : Je yeux voir à quel point une femme hardie Sçaura de son côté pousser la perfidie.

CORA S M IN, Şeigneur, je crains pour vous ce funcite entretien. Un cæur tel que le vôtre....

OROSMAN E.

Ah! n'en redoute rien : A son exemple hélas ! ce cour ne sçauroit feindre,

Mais j'ai la fermeté de fçavoir me contraindre:
Oui, puisqu'elle m'abaisse à connoître un rival...
Tien , reçoi ce billet à tous trois si fatal :
Va , choisi pour le rendre un Esclave fidéle,
Mets en de sures mains cette Lettre cruelle,
Va, cours... je ferai plus, j'éviterai ses yeux,
Qu'elle n'aproche pas ...c'est elle , justes Cieux!,

S CE N E. V I.

OROSMANE, Z AYRE,

CO RASMI N.

Z A Y RE.

Eigneur, vous m'étonnez, quelle raison soudaine,

; Quel ordre si pressant près de vous me raméne ?

ORO SM AN E. Eh bien , Madame : il faut que vous m'éclaircisliez: Cet ordre est important plus que vous ne croïez; Je me suis consulté.... Malheureux l’un par l'autre, Il faut régler d'un mot & mon sort & le vôtre. Peutêtre qu'en effer ce que j'ai fait pour vous, Mon orgueil oublié, mon sceptre à vos genoux, Mes bienfaits , mon respect, mes soins, ma confiance, Ont arraché de vous quelque reconnaissance.

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