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« A l'issue de l'hiver que lejoli temps de Primavère » commence, et qu'on voit arbres verdoyer, fleurs » espanouir, et qu'on oit les oisillons chanter en toute » joie et douceur, tant que les verts bocages retentis» sent de leurs sons et que cœurs tristes, pensifs et » dolents s'en réjouissent, s'en émeuvent à délaisser » deuil et tristesse, et s'efforcent à valoir mieux, le » brave fils de Florimond, etc. » C'est ainsi que commence le joli roman de Guérin de Montglave; c'est aussi la saison où l'on était alors, et c'est encore le livre que tenait, quand elle s'endormit sur un banc de verdure, Fleur-d'Epine, la fille adorée du baron de Castelpers, gouverneur du château de Saint-Félix de Caraman, dans la province de Lanuedoc. Fleur-d'Epine n'avait rien perdu de cette blancheur qui lui avait conquis ce nom agreste. Ses cheveux noirs, comme ses sourcils, semblaient avoir été peints de cette couleur naturelle pour faire ressortir davantage l'éclatante pureté de son teint. Un bras assoupli par une voluptueuse langueur, supportait une tête charmante sur une main plus charmante encore; pendant que l'autre main soutenait à peine entre ses doigts l'histoire de Guérin de Montglave entr'ouverte au premier feuillet. En ce temps-là le capitaine Quiqueran vagabondait dans le Lauragais. Ce capitaine avait quitté l'armée du roi, ayant charge de former une compagnie d'Argoulets. Or, voyant arrivé le jour fixé pour faire montre de sa nouvelle troupe, qui n'était pas encore au complet, Quiqueran courait la campagne afin de trouver quelque beau mâle, quelque pique-bœuf de grande stature dont il pût embellir sa compagnie. Comme il errait dans ces parages, il fit la rencontre, au moment d'arriver dans une étoile formée par plusieurs routes, d'un autre capitaine, n'ayant comme lui que l'épée et la cape. — Holàl mon maître, s'écria le capitaine Quiqueran, dites-moi lequel de ces quatre chemins mène à SaintFélix de Caraman où je vais. - Celui-ci, reprit l'autre en y poussant sa monture. Je vais comme vous à cette ville, et s'il vous agrée, nous chevaucherons de concert.

— Volontiers, repartit Quiqueran ; merci du bon office, allons ! Et les deux gens d'épée marchèrent côte à côte. Chemin fesant, les cavaliers devisèrent sur les armées du roi, sur l'importance des hommes de guerre; et bientôt Quiqueran eut appris qu'il avait pour compagnon de route le capitaine Sendral, mousquetaire de belle mine, et de grand renom dans toute la contrée. Quant au motif essentiel de leur voyage, les capitaines se montrèrent fort réservés, et ni l'un ni l'autre ne s'ouvrit à son camarade : mais comme tous les deux étaient vieux routiers et fins mâtois, ils soupçonnèrent quelque anguille sous roche, laissant toutefois aux circonstances le soin d'éclaircir leurs doutes respectifs. L'occurrence ne se fit pas longuement attendre : et, avant même d'arriver à la cité de Saint-Félix, Quiqueran qui avait hâte de faire quelque galanterie à son guide, saisit le prétexte d'une montée raide et d'un cabaret avenant pour ne franchir celle-là qu'après avoir au préalable pris du réconfort dans celui-ci. En conséquence, hommes et chevaux firent une halte à l'auberge des Trois mulets. Le vin, qui est l'huile de septembre, a pour effet de donner du jeu aux ressorts de la langue.Aussi, quand les soudarts furent illuminés comme des écrevisses, les voilà qui s'entredonnent accolades et baise-mains; leurs cœurs fraternisent comme les verres; mais un choc imprévu faillit à les casser tOuS. Sendral, oubliant toute prudence et circonspection, avoua qu'il cherchait des campagnards désireux de prendre le mousquet dans sa compagnie. L'autre capitaine, choqué d'une telle concurrence qui devait tourner à son dam, s'emporta comme un homme violent et brutal qu'il était et mit flamberge au vent. Sendral qui n'avait de son côté rien à ménager, se guinda tout en courroux, et les pots volèrent en éclats dans le logis. A ce tumulte, l'hôtesse accourut et demanda merci pour sa pauvre vaisselle qui courait un pareil hasard. Les capitaines, sans aucun égard pour les humbles remontrances de la Margoton, coutinuaient à guerroyer à l'aide de cette artillerie, dont l'hôtesse fournissait la mitraille avec un si grand crève-cœur.

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