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mirateur?....

V E R CE I L. Ah, j'aime mieux ce langage! Jusqu'ici j'ignorois si vous parliez sérieusement ou non : à présent je n'ai plus de doute....

LE CHE V A LI E R. Vous prenez mes discours pour un persifflage peut-être ?.... Quelle folie ! .... Je ne suis qu'un bon-homme , n'est-ce pas ?....

V E R CE I L. Je crois, en effet, que vous avez la prétention de le paroître.

LE CHEVALIER, éclatant de rire,

La prétention, voilà le niot.... ( Très-serieusement. ) Oui, c'est là ma prétention. ... Je n'en ai point d'autre....

V ERCE I L. Je dois le penser ; car ainsi qu'un bon-homme vous renoncez à toute finesse, & vous vous montrez tel que vous êtes.

LE CHE V ALI E R. Comment , Verceil.... vous prenez votre revanche, je crois.... Eh bien, je vous le prédis, vous aurez du trait dans l'esprit..... & beaucoup.... A présent, parlons sérieuse

ment. (D’un ton important & grave.) Au vrai , je desire infiniment. ... mais je dis infiniment, de vous voir établi à Paris. Votre pere vous a donné une très bonne éducation.... Cet abbé, cet homme qui vous avoit élevé, avoit du mérite. ... & vous avez parfaitement répondu à ses soins. Vous pouvez jouir à Paris d'une existence très - agréable.... & j'ai déjà prévenu tous mes amis sur votre personnel... En un mot, je me chargerai de vous produire...... Mais il faut que votre pere ait une excellente maison.... Dans votre position, c'est une chose indispensable. ... Ayez beaucoup de chevaux, des loges à tous les spectacles, jouez gros jeu, & je vous promets les liaisons les plus brillantes, & tous les agrémens dont je jouis moi

même. VER CEIL. Qu'appellez-vous des liaisons brillantes ?

LE CHE A L I E R. Mais cela s'entend.... des liaisons avec des personnes distinguées par leur rang & leur naissance.

V E R CE I L.
Avec celles qui le font par leurs vertus &

leur esprit, voilà ce qu'on doit desirer.... LE CHEVALIER, d'un ton méprisant.

Fort bien !... Cependant, mon cher Verceil, dans votre situation..... il seroit flatteur...

V E R CE I L. Quoi, d'être admis dans la fociété la plus brillante? A la bonne heure , fi je devois cette faveur à mon mérite personnel ; mais quand je ne pourrai l'attribuer qu'à un souper & à de folles dépenses, j'en serai très - peu flatté... Non, non, je ne ferai des avances à l'homme au-dessus de moi, & je ne desirerai l'honneur de me lier avec lui, qu'autant qu'il me paroîtra aimable. Celui qui, dans mon état , se laisse tourner la tête par un beau nom, mérite en effet de n'être recherché que pour fa fortune. Je n'aurai point ce ridicule, je l'espere, ni l'absurde extravagance de me ruiner par des baffesles.

LE CHE VALIE R. Toute cette philosophie là cédera au desir de vous produire dans la bonne compagnie.....

VERCE l.
La bonne compagnie! .... Je la recherche-

rai sans doute ; mais un cercle unique ne la renferme

pas , elle est par-tout où l'on trouve les mæurs, l'esprit & le goût.

L E CHEVALIER. L'air de Paris vous fera bientót changer d'opinion.

V ERCE I L. Je ne nierai point que Paris ne puisse gâter un jeune homme ; mais je crois en même tems, qu'un esprit sain peut conserver en tous lieux du bon sens & de la raison.

!

SCENE I V.

LE CHEVALIER, VERCEIL, PICARD.

PICARD.
Monsieur Ophémon m'envoie demander
à ces messieurs s'ils veulent venir voir tirer de
l'arc.

V E R C E I L.
Va-t-on commencer ?

PICARD.
Dans une demi-heure, & déjà l'on s'assemble
sur la place ; le coup-d'ail est charmant. ...

L E CHE V A LI E R.
Allons-y, Verceil? ....

V E R CE I L.
Volontiers , je vous suis. (Ils sortent.)

PICARD, seul. Pardi , monsieur le chevalier n'a pas profité de son voyage, toujours !.... Il étoit grai cieux, affable. A présent ce n'est plus cela...

Il a un air si fier, si ricauneur! ...... Il n'a guere d'esprit , je le parierois ; car il n'y a qu’un petit génie qui puisse changer comme cela du bien en mal, en sept mois ! .... Mais quelqu'un vient; comment, c'est André!

SCENE V.

PICARD, ANDRÉ.

PICA D. ANDRÉ, par quel hasard n'êtes-vous pas sur la place?

ANDRÉ. Oh ! j'ous du tems ..... ça ne commencera qu'au coup de douze heures, & j'entendrons l'horloge d'ici. ..... Dites - moi, M. Picard, par où loge M. le médecin ?

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