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ici naturellement réunies ! Joignez-y l'harmonie du vers, et vous trouvez tous les métites ensemble. • Il est pourtant vrai qu'en général il est moins riche en figures, que Racine; mais aussi Racine est supérieur dans cette partie, comme dans toutes les autres qui regardent le style, à tous les poetes français y et ce qu'il importe d'observer et ce qui achevera de développer ce que j'avais à dire sur les figures, c'est la maniere dont il s'en sert. Il ne les emploie qu'à propos , et sait les cacher quand il les emploie. Adresse et réserve, voilà les deux grands préceptes. Il faut de la réserve, parce que la fiction trop souvent figurée cesserait d'être naturelle. Rien n'est plus déraisonnable que de vouloir que tous les sentimens, toutes les idées aient une expression également marquée. Le plus grand nombre ne demande que de la pureté et de l'élégance. Pourquoi une figure brillante, énergique, hardie, produit-elle de l'effet? c'est qu'elle tranche pour ainsi dire avec le reste. Mais si vous voulez être trop souvent hardi, vous ne .paraîtrez plus qu'étrange et recherché ; si vous voulez être trop souvent fort, vous serez tendu et pénible ^ si vous voulez être trop souvent élevé, vous serez exagéré et emphatique. Il faut en tout des nuances et des ombres. Une femme qui des pieds à la tête serait couverte de diamans, aurait-elle bien bonne grâce? Je dis des diamans :que sera-ce si sa parure esc composée de pierres fausses et mal assorties, d'oripeau terne et de clinquant déjà passé? C'est précisément ce que sont les ouvrages chargés de mauvaises figures, tels que ceux du P. Lemoine et tant d'autres, qu'on veut nous donner, comme vous le verrez tout à l'heure , pour des trésors de poésie. Racine a quelquefois cinquante vers de suite sans qu'il y ait une seule figure remarquable, et ils n'en sont pas moins beaux, parce qu'ils sont ce qu'ils doivent être et qu'ils ont tous les autres mérites qu'ils doivent avoir. Il y a plus ( et c'est là cette adresse merveilleuse, cette autre condition qu'exigent les meilleurs critiques, tels que Longin et Quintilien, dans l'emploi des figures ) : celles de Racine sont toujours si bien placées, si naturellement amenées, qu'on ne les aperçoit que par réflexion. Il est hardi sans qu'on s'en doute, et c'est ainsi qu'il faut l'être. L'habileté consiste à produire l'effet sans montrer le ressort: il n'y a que les gens de l'art qui soient dans le secrer. Quand il dit dans Athalie:

Faut-il, Abner, faut-il vous rappeler le cours
Des prodiges sans nombre accomplis dans nos jours.
Des tyrans d'Israël les célebres disgraces ,
Et Dieu trouvé fidele en toutes ses menaces:

on sent bien que ce dernier vers est beau; mais il faut y penser pour voir que c'est ordinairement dans ses promesses qu'on est trouvé fidele, et que fidele dans ses menaces est d'un poëre. Cependant personne n'est étonné de cette alliance de mou ( car c'en est encore une ), parce que tout le monde supplée aisément l'ellipse, fidele à accomplir ses menaces. On pourrait citer mille autres exemples: la lecture de Racine les amenera.

Mais parce que Voltaire a moins de beautés de ce caractere, est-il juste de le rabaisser? Na-t-jl pas d'autres qualités? Faut-il ne mettre dans |a balance qu'un seul genre de mérite? N'y en a-t-il qu'un seul en poésie? Cette exclusion marque, ou la petitesse des vues, ou la partialité du jugement. Quand un auteur a rempli les conditions essentielles qui font d'abord le grand écrivain, il se distingue ensuite par un caractere qui lui est propre, et heureusement pour nous chacun a le sien. Voltaire ne ressemble pas à Racine : eh ! tant mieux. Nous avons deux hommes au lieu d'un. L'un a plus de sagesse et d'art dans ses Sgures; l'autre a plus d'éclat : l'un a souvent plus de correction; l'autre a quelquefois plus de charme : l'un met plus de logique dans son dialogue; l'autre plus de vivacité. Apprécions tous ces différens mérites, comparons,

préférons selon notre maniere de sentir; mais jouissons de tout et ne rabaissons rien.

Il me reste à faire voir jusqu'où cet amour aveugle pour les figures bien ou mal conçues, et l'absurde affectation d'y voir la véritable poésie, même quand elles y sont le plus opposées, égare nos jugemens. J'ai rendu justice aux rédacteurs des Annales poétiques , à leurs recherches, à leurtravail, aux notices en général judicieuses, où ils ont suivi les progrès de notre poésie dans ses premiers âges; mais à mesure qu'ils approchent du nôtre, la contagion du mauvais goût dominant paraît trop les gagner. Ils prodiguent au P. Lemoine les louanges les plus exagérées, et ce qu'ils citent à l'appui de leurs louanges ne devrait le plus souvent être cité que pour faire voir combien , même dans ses meilleurs morceaux y»jl se trompe dans ce qu'il prend pour de la poésie. « Le sultan., disent-ils, prononce » un discours où il y a de la chaleur et des expres» sions hardies 3 comme celle qui se trouve dans » le second de ces vers : »

Déjà dans leur esprit l'Egypte est renversée.
Déjà dans notre sang ils trempent leur pensée.

£h bien ! vous ai-je trompés ? Ne voilà-r-il pas que l'on qualifie expressément de chaleur et de hardiesse ce dernier excès du ridicule et de l'extravagance ? Par quel moyen, sous quel rapport peuton se représenter la pensée trempée dans le sang? et ce vers, qu'on ne peut entendre sans pouffer de rire, est cité avec éloge ! « L'expression du » P. Lemoine est toujours hardie et poétique. S'il » veut peindre de grands arbres, voici comment » il s'exprime:

Et les pins sourcilleux dont les têtes altieres
Au lever du soleil se trouvaient les premieres.

Comment ne s'est-on pas aperçu que des pins qui se trouvent les premiers au lever du soleil 3 sont absolument du style burlesque? Une pareille idée serait digne de Scarron; mais ce qui serait fort bien dans le Virgile travesti., peut-il se trouver dans un poëme épique? Poursuivons le panégyrique et les citations. « Les vers du P. Lemoine ne sont » jamais composés d'hémistiches ressassés d'après » autrui. Ses défauts et ses beautés lui appat» tiennent. »

Cependant le soleil a son gîte se rend 5
Le jour meurt, et le bruit avec le jour mourant,
Pour en porter le deuil les ténebres descendent y
Et d'une armée à l'autre en silence s'étendent.

(Le second et le quatrieme vers sont beaux; mais y a-t-il une idée plus fausse, plus insensée que

les

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