페이지 이미지
PDF
ePub

Lui font-ils présumer mon audace épuisée?
Lui font-ils présumer qu'à mon tout méprisée ,
Ma rage contre lui n'ait par ûh s'assouvir,
Et que tout mon pouvoir se borne à le servir?

On peut relever quelques fautes de langage ; mais en total ce morceau est d'un style infiniment élevé au dessus de tout ce qu'on écrivait dans le même tems. Ces deux vers surtout,

Me peut-il bien quitter après tant de bienfaits \
M'ose-t-iï bîeh quitter après tant de forfaits?

offrent un rapprochement d'idées de la plus grande énergie : il est impossible de dire plus en peu de mots: c'est le vrai sublime.

La littérature espagnole était alors en vogue parmi nous. Nous avions emprunté beaucoup de pieces de théâtre de cette nation, mais nous n'en avions guere imité que les défauts. Corneille, en s'appropriant le sujet du Cid, traité d'abord en Espagne par Diamanté et ensuite par Guilain de Castro, ne fit pas un larcin, comme l'envie le lui reprocha très-injustement, mais une de ces conquêtes qui n'appartiennent qu'au génie. Il embellie beaucoup ce qu'il prenait, en ôta beaucoup de défauts, et réduisit le tout aux regles principales du théâtre. Il ne les observa pas toutes : qui peut tout faire en commençant?

On connaît depuis long - tèms ce qu'il y a de défectueux dans le Cïi; mais ce qui est très-remarquable, et ce qu'il importe de démontrer, c'est que dans la nouveauté de l'ouvragé , te qui lui fut reproché comme le plus repréhênsible , est VéritaTjlèrnent ce qu'il y a de plus beau. Gét êxempre prouve ce que j'ai établi au commencement de ce Vours, que lé ^ê'ùie ptécede nécessairement le goût, et qu'il devine par instinct avant que nous sachions juger par principes. Je ne parle pas de Scudéty, qtii 'était aveugle par la hàmè; mais l'académie eh (TorpYCondâmrïa sujet du 'Ciâ, etdéclatà expré'ssèïrïe'nt QuÉ n'étàît pas bon. Je sais de quelle estime jouit là 'critique qui parut alors sous le titre âfe Stritîfheht fa famdethïe s'ûY ti CiU : cette estime est m'ërlféë i bêà'ùcô'Up d'égards; mais je crois pouvoir dire, sans blesser le respect que je dois i 110s p'tédécesseûïs, ;què cette critique est fautive en %ieVâës points ; qU'ôïi à été trop loin quahd ônï'ti qualifiée de 'cnéf-'d'KuVr'e , et qu'elle est plutôt Urt Modele -d'rrripartiaïitë et de 'modération, que de justesse et 'de kôn goût. Ce fut Chapelain qui Ife "rédigea, "et cet 'cfuvïage ¥ait 'honflfôùr à ses connaissances et i Son esprit. Malgré quelques expressions, quelques tournures qjtïi dfit vieilli; maigre" quelques traits'qui serïreut ï'afrVdfàUb'àët la rfecherche, alors trop à la mode, en général les pensées et le style ont de la dignité, et les motifs et les principes de l'académie sont noblement développés. On y rend un légitime hommage au talent de Corneille: le cardinal de Richelieu en fut trèsmécontent , et c'était en faire l'éloge. Quant aux erreurs qui s'y trouvent, et dont Voltaire , qu'on accuse d'être le détracteur de Corneille, a déjà relevé une partie, elles sont très-excusables, parce que l'art ne faisait que de naître. Il y a peu de mérite à les rectifier aujourd'hui après cent cinquante ans d'expérience. Mais il n'est pas indifférent à la gloire de Corneille, de faire voir qu'il lui arriva ce qui arrive toujours aux esprits créateurs, c'est que non-seulement il faisait mieux que tous ses rivaux, mais qu'il en savait plus que tous ses juges.

Les reproches incontestables que l'on peut faire au Cidy sont, i°. le rôle de l'Infante, qui a le double inconvénient d'être absolument inutile et de venir se mêler mal-à-propos aux situations les plus intéressantes. ( Ce rôle fut retranché lorsque Rousseau le lyrique arrangea le Cid de la maniere dont on le joue maintenant; mais j'examine l'ouvrage tel qu'il fut composé. )

z°. L'imprudence du roi de Castille, qui ne

prend

[ocr errors]

prend aucune mesure pour prévenir la descente des Maures, quoiqu'il en soit instruit à tems, et qui par conséquent joue un rôle peu digne de 11 royauté. ', .-' ".,'- <

j°. L'invraisemblance de la scene où don Sanche apporte son épée à Chimene, qui se persuade que Rodrigue est mort, et. persiste dans une méprise beaucoup trop prolongée et dont un seul mot pouvait la tirer. On voit que l'auteur s'est servi de ce moyen forcé pour amener le désespoir de Chimene jusqu'à l'aveu public de son amour pour Rodrigue, et affaiblir ainsi la résistance qu'elle oppose au roi qui veut l'unir à son amant. Mais il ne paraît pas que ce ressort fût nécessaire , et la passion de Chimene était suffisamment connue.

4°. La violation fréquente-de cette regle essentielle qui défend de. laisser jamais la scene vide , et que les acteurs entrent et'sortent sans se parler ou sans se voir. .. - ,::.".":: .: :i

5°. La monotonie qui se fait sentir dans toutes les scenes entre Chimene et Rodrigue, où ce dernier offre continuellement de mourir. J'ignore si dans le plan de l'ouvrage'il était possible de faire autrement : j'avouerai aussi que Corneille a mis beaucoup d'esprit et d'adresse à varier, autant qu'il le pouvait, par les détails, cette conformité de fond; mais enfin elle se fait sentir, et Voltaire Cours de littér. Tome IF. P

ajoute avec raison que Rodrigue, offrant toujours sa vie à sa maîtresse, a une tournure un peu trop romanesque.

Voilà, ce me semble, les vrais défauts qu'on peut blâmer dans la conduite du Cid: ils sont assez graves. Remarquons p'ôûrtant qu'il n'y en a pas un qui soit capital, c'est-à-dire, qui fasse crouler l'ouvrage par les fôndemens, na qui détruise l'intérêt ; car un rôle inutile peut être retranché, et nous en avons phis d'un exemple. Il est possible à toute force que le roi de Castille manqué de prudence et de précaution -, et que don Sanchè, étourdi de l'emportement de Chimene, n'ose point l'interrompre pour la détromper : ce sont des invraisemblances, mais-ncn:pasxles absurdités. Cette distinction est très - importante , et nous aurons lieu Me l'appliquer quand il sera question de Roddgtme. *.. :.

Il résulte de cet exposé, que le Cid n'est pas une piece réguliérement bonne.-Mais~est-ll Vrai, comme le prétendait l'académie,'que k'sujimlén •soit pas bon? Un siecle et demi -de-succès a répondu ndavarice 'à cette Question ;-mais'il peut être mile de la discuter, pour l'iritérêtde l'arrêt l'instruction des amateurs.

Pour condamner le sujet du Cftfy l'académie .& fonde sur ce qu'il est moralement "'tnvraisembhbU

« 이전계속 »