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-que Cbimene consente à épouser le meurtrier de son peue , le même jour où il l'a tué.. Il y a, si j'ose le dire, -une double erreur dans ce jugement. D'abord il n'est pas vrai que Chimene consente expressément à épouser Rodrigue. Le spectateur -voit tien qu'elle y consentira un jour , et il le faut pour qu'il emporte cette espérance, qui est la suite et le 'complément -de l'intérêt qu'il a pris à leur amour. Mais écoutons la derniere réponse de Chimene au roi de Castille, qui n'a consenti au Combat 4e Rodrigue contre don Sanche, que sous la condition qu'elle épouserait le -vainqueur.

* . *

II faut l'avouer, sira!' Mon amour a paru, je ne puis m'en -dédire.' Rodrigue.a des vertus que je ne puis-liaïr,. Et vous.êtes mon roi, je vous dois obéir. 'Mais à qrrôi que déjà vous m'ayez condamnee, 'Stie , -quelle apparence a ce triste hymenée î .Qu'un même jourcommence et'finisse mon deuil, Mette-en mon lit Rodrigue, et mon pere au cercjjeilî C'est trop d'intelligence avec ,sen homicide.; Vcrfses. mânes sacrés c'est me rendre perfide, Et souiller mon honneur d'un reproche éternel, D'avoir trempé mes mains dans le sang paternel.

Je-ne-puis-mieux rarre que de joindre à ce passage la note de 'Voltaire;

« Il me semble que ces beaux vers que dit Chi» mene. la justifient entiérement. Elle n'épouse » point Rodrigue: elle fait même des rémon» trances au roi. J'avoue que je ne conçois pas » comment on a pu l'accuser d'indécence, au lieu » de la plaindre et de l'admirer. Elle dit à la vérité ». au roi : Je dois obéir; mais elle ne dit point: » Tobéirai. Le spectateur sent bien pourtant qu'elle »obéira\ et c'est en cela, ce me semble, que "consiste la beauté du dénoûment.»

C'est; ainsi que le grand ennemi de Corneille le défend contre l'académie. S'il est permis d'ajouter quelque chose à l'opinion d'un si grand maître, j'observerai que celui qui rédigea le jugement de l'académie'j se méprend dans les idées et dans les termes quafnd il dit que le sujet du Cid est son mariage avec Chimene. Ce mariage, dans le cas où il aurairheu, serait le dénoûment et non pas le sujet. Puisqu'il faut revenir à la rigueur des termes tetimiques j le sujet de la piece de Corneille est l'amour que Rodrigue et Chimene ont l'un pour l'autre, traversé par la querelle de don Dieguè et du comte, et par la mort de ce dernier., tué par le Cid. La situation violente de Chimene entre son amour-et son- devoir forme le,nccud qui doit se trouver dans toute action dramatique.; et ce

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nœud est en lui-même un des plus beaux qu'on ait imaginés, indépendamment de la péripétie qui peut terminer la piece. Cette péripétie ou changement d'état est la double victoire de Rodrigue, l'une sur les Maures, qui sauve l'Etat et met son libérateur à l'abri de la punition ; l'autre sur don Sanche, laquelle, dans les regles de la chevalerie, doit satisfaire à la vengeance de Chimene. Jusque-là le sujet est irréprochable dans tous les principes de l'art, puisqu'il est conforme à la nature et aux mœurs. Il est de plus très-intéressant, puisqu'il excite à la fois l'admiration et la pitié ; l'admiration pour Rodrigue, qui ne balance pas à combattre le comte dont il adore la fille, l'admiration pour Chimene , qui poursuit la vengeance de son pere en adorant celui qui l'a tué, et la pitié pour les deux amans qui sacrifient l'intérêt de leur passion aux lois de l'honneur. Je dis l'intérêt de leur passion et non pas leur passion même ; car si Chimene cessait d'aimer Rodrigue parce qu'il a fait le devoir d'un fils en vengeant son pere, comme le veut cet ignorant de Scudéry qui n'y entend rien, la piece ne ferait pas le moindre effet. Laissons ce pauvre homme traiter Chimene de naturée y de parricide , de monstre 3 de furie y de Danaïds 3 et s'étonner que la foudre ne tombe pas Sut elle. Ces plates déclamations font pitié : on s'attend bien que ce n'est pas là le style de l'académie: il est aussi honnête que celui de Scudéry est indécent. Elle avoue que l'amour de Chimene n'est point condamnable. «Nous n'entendons pas (dit» elle) condamner Chimene de ce qu'elle aime le T> meurtrier de son pere, puisque son engagement « avec Rodrigue avait précédé la mort du comte, « et qu'il n'est pas en la puissance d'une personne « de cesser d'aimer quand il lui plaît. » Voilà donc l'académie qui approuve ce qui est vraiment le sujet de la piece, l'amour combattu par le devoir. Le dénoûment, qui n'est que la derniere partie de ce sujet, était délicat et difficile. On peut affirmer aujourd'hui avec Voltaire, avec toute la France qui applaudit le Cid depuis tant d'années, que Corneille s'en est tiré très-heureusement, et qu'il a su accorder ce qui était dû à la décence avec l'intérêt qu'on prend aux deux amans.;

Si l'on eût été alors plus avancé dans la connaissance du théâtre, l'académie aurait été plus loin. Elle aurait dit que ce qu'il y a de plus admirable dans le Cid3 est précisément cette passion de Chimene pour celui qu'elle poursuit et qu'elle doit poursuivre. Elle aurait reconnu ces combats, qui sont lame de la tragédie, dans ces vers de Chimene:

A>,! Rodrigue, ilçstyrai, quoique t,çr| ejipçnye., •

Jç ne. pipis «borner 4'a.yaù; fui l'iafamie;

Et <& quelque façon qu'éclatent mes douleurs, Je ne t'accuse point, je pleure mes malheurs. Je sais ce que /'honneur, après un tel outrage, Demandait à l'ardeur d'un généreux courage.

Tu. n'a.$ fait le devoir (i) que d'un homme de bien;

M,ai; aussj, kfaisAOJr, m m'as, appris. J,ç miçu.

Ta funeste valeur m'instruit par ta victoire i

Erre ^ vengé ton pere et soutenu ta gloire:Même soin me regarde, et j'ai, pour m affliger,

Ma gloire à soutenir et mon pere à venger.

Hélas 1 tan intérêt ici me désespere.

S| quelqu'autre malheur m'avait ravi mon pere 3

Mon ame aurait trouvé d.ans le, bien de tç voir,

L'unique allégement qu'elle eût pu recevoir ^

Et contre ma douleur j'aurais senti des charmes

Quand une main si chere eût essuyé mes larmes. Mais il me faut te perdre après l'avoir perdu ,

Et pour mieux tourmenter mon esprit éperdu , Avec tant de rigueur mon astre me domine, (

Qu'il me faut travailler moi-même à ta ruine. Car enfin n'attends pas de mon affection „ .

De lâches sentimens pour ta punition. De quoi qu'en ta faveur mon amour m'entretienna,

Ma générosité doit répondre à la tienne. Tu t'es en m'offensant montré digne de moi:Je me dois par ta mort montrer digne de toi.

(0 II fallait, tu n'as fait que le devoir d'un homme it bien.

l

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