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vidence elle-même, qui ne peut que le possible, pût donner une leçon plus efficace. Après ce que nous avons vu et ce que nous voyons, il ne paraît pas qu'elle puisse faire davantage pour corriger une nation tombée en démence, à moins de l'anéantir.

On doit donc aux études des clercs d'avoir préparé le rétablissement des lettres parla conservation des manuscrits, trésors . uniques avant l'imprimerie : on leur doit la perpétuité des langues grecque et latine, sans laquelle ces trésors devenaient inutiles. La plupart ont été déterrés en différens tems dans la poussiere des bibliotheques monastiques, et c'est surtout depuis le douziemesiecle jusqu'au quinzieme, que les copies des ouvrages de l'antiquité commencerent à devenir moins rares, et firent d'abord renaître l'érudition, qui long-tenw ne s'énonça guere qu'en latin, aucun peuple ne se fiant encore assez à sa propre langue, pour la croire capable de faire vivre les productions de l'esprit. La poésie

seule, seule, plus audacieuse, avait hasardé quelques essais informes, qui ressemblaient au bégaiement de l'enfance. Deux hommes pourtant, avant que l'impression fût connue, furent assez heureux pour produire dans leur idiome naturel des ouvrages qui contribuerent à le fixer, et que leur mérite réel a même transmis jusqu'à nous. Ce fut l'Italie qui eut cette gloire; ce qui prouve que sa langue est celle des langues modernes qui a été perfectionnée la premiere, et que ce fut le pays de l'Europe où, dans les tems de barbarie, il se conservait encore le plus d'esprit et de goût pour les arts. Ces deux hommes furent le Dante et Pétrarque: l'un, dans un poëme d'ailleurs monstrueux et rempli d'extravagances que la manie paradoxale de notre siecle a pu seule justifier et préconiser, a répandu une foule de beautés de style et d'expressions , qui devaient être vivement senties par ses compatriotes, et même quelques morceaux assez généralement beaux pour être admirés par toutes les nations; l'autre, Cours de l'atér. Tome IV. C

né peut-être avec moins de génie, mais avec plus de goût, a eu le défaut, il est vrai, de faire de l'amour un jeu d'esprit presque continuel; mais cet esprit a quelquefois saisi le ton et le langage du senti> ment, surtout dans ses odes appelées Can^ani, et même a su, dans des sujets plus relevés, tirer de sa lyre quelques sons assez nobles et assez fermes pour nous rappeler celle d'Horace. Son plus grand mérite est dans une élégance qui lui est particulière , et qui l'a mis au rang des classiques de son pays.

Il fut le maître de Bocace, qui fit pour la prose italienne ce que Pétrarque avait fait pour les vers, dans ce même pays qui semblait destiné à faire tout renaître. Il se distingua, il est vrai, dans un genre moins relevé que celui de Pétrarque, mais heureusement susceptible, par sa variété, de tous les caracteres d'élégance qui peuvent convenir à la prose. Le conteur Bocace joignit à la naïveté du récit une pureté de diction, qui, plusieurs siecles après

lui, le rend encore pour ainsi dire le contemporain des auteurs les plus estimés en Italie; et c'est un avantage que n'ont point en France ni en Angleterre les écrivains qui ont montré du talent avant que leur langue fût fixée : la tournure de leur esprit a préservé leurs ouvrages de l'oubli, mais n'a pu empêcher leur langage de vieillir.

Le milieu du quinzieme siecle fut l'époque mémorable de l'invention de l'imprimerie, de cet art nouveau dont les effets ont été si étendus en bien et en mal, que les déclamateurs inconsidérés ou passionnés, dont tout l'esprit consiste à ne montrer qu'un côté des objets, ne pourront jamais épuiser ici ni l'éloge ni la satyre. Le bon sens, qui est l'opposé de la déclamation, commence par reconnaître que cette invention, comme toutes celles qui contribuent à étendre l'exercice des facultés de l'homme, est bonne en elle-même, et l'une des plus belles et des plu» ingénieuses de l'esprit humain. Si,-dans l'application des procédés de cet art, il a; usé de sa liberté naturelle pour tirer également de l'imprimerie de bons et de mauvais effets, ce n'est pas l'art qu'il faut accuser, c'est l'homme. C'est à l'Histoire à évaluer l'influence très-sensible sous tous les rapports, qu'a dû exercer l'imprimerie depuis trois siecles. C'est à l'autorité légale et à la morale publique, partout où l'une et l'autre existent, à diriger l'usage et à réprimer l'abus, sans pourtant se flatter jamais que l'usage puisse subsister de maniere à ce qu'il n'y ait pas lieu à l'abus; absurdité la plus grande possible, chimere de perfection, la plus folle et la plus pernicieuse de toutes les chimeres, qui n'était jamais tombée dans la tête d'aucun peuple ni d'aucun gouvernement, et que la postérité marquera comme un des principes originels, un des caracteres distinctifs de l'esprit révolutionnaire, qui est descendu si fort au dessous de tout ce qui avait jusque-là déshonoré la nature humaine, précisément parce qu'il a commencé par vou

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