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ne dit au prince même le plus méchant : Fayot la vertu comme un déshonneur et vole\ au crime. Quand la Saint-Barthélemy fut proposée dans le conseil intime de Charles IX , elle ne fut sûrement pas présentée comme un crime , mais comme le seul moyen d'étouffer les guerres civiles , de sauver la religion et l'autorité royale. C'est sous des noms sacrés que l'on couvrit le plus grand de tous les crimes.

Lorsqu'Attale, dans Nicomede, refuse d'appuyer auprès du roi les calomnies d'Arsinoë, et de profiter de la faiblesse de Prusias pour perdre son frère, elle lui dit:

Vous êtes peu du monde et savez mal la cour.

On dirait que c'est un principe reçu, que pour être du monde et savoir la cour il faut trouver tous les moyens bons pour perdre son frere. Ceux qui le pensent ne le disent pas. Cette violation des bienséances morales revient à tout moment dans des pieces de nos jours, où l'on n'imite que les fautes de Corneille : c'est pour cela qu'on voudrait les consacrer, et c'est pour cela que je démontre combien elles sont condamnables.

Le style est dans Corneille, aussi inégal que tout le reste. Il a donné le premier, de la noblesse à notre versification; le premier, il a élevé notre langue à la dignité de la tragédie, et dans ses beaux morceaux il semble imprimer au langage la force de ses idées. Il a des^vers d'une beauté au dessus de laquelle il n'y a rien. Ce n'est pas qu'on ne puisse, •ans se contredire, faire le même éloge de Racine et de Voltaire, parce que dès qu'il s'agit de beautés de différens genres, elles peuvent être toutes également au plus haut degré 3 sans admettre de comparaison. À l'égard de la pureté, de l'élégance , de l'harmonie, du tour poétique, de toutes les convenances du style, il faut voir dans l'excellent Commentaire de Voltaire tout ce qui a manqué à Corneille , et tout ce qu'il laissait à faire à Racine.

Fontenelle a la discrétion de ne point parler de cet article dans la vie de Corneille. Il se contente d'affirmer, sans restriction quelconque, que Corneille a porté le théâtre français à son plus haut point de perfection. Je doute que ses panégyristes les plus passionnés osassent aujourd'hui en dire autant. Il ajoute : // à laissé son secret à qui s'en fourra servir. Nous verrons que Racine ne s'en est point servi, et qu'il en a trouvé un autre.

On peut bien s'attendre qu'il ne laisse pas de coté la question de la prééminence que j'ai cru, a l'exemple de Voltaire , devoir écarter. Ce ne pouvait pas même en être une pour un juge qui nous assure que Pulchérie et Surena sont dignes de, la vieillesse d'un grand-homme, et que ses derniers ouvrages sont toujours bons pour la lecture paisible du cabinet. Il faut s'en rapporter là-dessus à ceux qui essaieront de les lire. On ne doit pas être étonné s'il finit par prononcer, comme une décision généralement établie, que Corneille a la premiere place et Racine la seconde. Peut-être il eût été plus noble et plus convenable de dire : Je ne décide point, parce que Corneille est mon oncle et que Racine fut mon ennemi. Mais ce qui peut étonner, c'est ce qui suit : « On fera à son gré l'intervalle entre ces deux places , un peu plus ou un peu moins grand. » Je crois qu'il l'aurait fait d'une belle étendue. On en va juger : « C'est ce qui se trouve en ne comparant que les ouvrages de part et d'autre. » Les ouvrages ! « Mais si l'on compare les deux hommes , l'inégalité est plus grande. »

J'ai déjà fait voir qu'on ne devait, qu'on ne pouvait pas même asseoir bien solidement un parallele personnel. Mais quant à la comparaison des ouvrages , moi qui ne suis ni parent de l'un ni ennemi de l'autre, et qui ne considere tout simplement, comme tout homme de bonne foi, que l'art et mon plaisir, il m'est impossible de me rendre à l'autorité de Fontenelle, et je crois que s'il fallait aller aux voix, les suffrages ne me manqueraient pas et encore moins les raisons.

Je n'ai pas relevé à beaucoup près toutes les erreurs et toutes les injustices de Fontenelle. J'en acheverai la réfutation dans l'examen du théâtre de Racine, où elle trouvera naturellement sa place. J'aurai aussi l'occasion d'y joindre de nouvelles observations sur Corneille , qui naîtront du contraste de leurs différens caracteres. Ils sont opposés de tant de manieres, qu'il est impossible de parler de l'un sans se souvenir de l'autre. Il semble qu'ils se rapprochent sans cesse dans notre pensée, comme ils s'éloignent dans leurs ouvrages.

CHAPITRE III.

Racine.

SECTION PREMIÈRE.
Les Freres ennemis , Alexandre, Andromaque.

« CE serait sans doute un homme très-extraordinaire que celui qui aurait conçu tout l'art de la tragédie, telle qu'elle parut dans les beaux jours d'Athenes, er qui en aurait tracé à la fois le premier plan et le premier modele. Mais de si beaux efforts ne sont pas donnés à l'humanité ; elle n'a pas de conceptions si vastes,

» Il n'existe aucun art qui n'ait été développé par degrés, et tous ne se sont perfectionnés qu'avec le tems. Un homme a ajouté aux travaux d'un homme, un siecle a ajouté aux lumieres d'un siecle, et c'est ainsi qu'en réunissant et perpétuant leurs efforts , les générations qui se reproduisent sans cesse , ont balancé la faiblesse de notre nature, er que l'hornme, qui n'a qu'un moment d’existence, a prolongé dans l'étendue des siecles la chaîne de ses connaissances et de ses travaux, qui doit atteindre aux bornes.de la durée,

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