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i loir s'élever au dessus d'elle; qui n'est

devenu assez atroce pour tout bouleverser, que parce qu'il a été assez sottement orgueilleux pour prétendre tout corriger. On ne se doute pas communément de tout ce que renferme cette féconde et terrible vérité : il n'était pas inutile d'en jeter ici le germe, qui sera développé ailleurs et en son tems. · L'imprimerie, en multipliant avec tant de facilité les images de la pensée, a établi d'un bout du Monde à l'autre la correspondance continuelle et rapide de la raison et du génie. En parlant aux yeux bien plus vite que la plume, elle a gagné, au profit de l'instruction, tout le tems que faisaient perdre les difficultés réunies de l'écriture et de la lecture, et il a été permis à l'homme qui pense, de communiquer dans le même moment avec tous ceux qui lisent. En rendant les livres aussi communs et aussi populaires que les manuscrits étaient rares et peu accessibles , elle a tiré la science et la vérité de la retraite des let

très, et les a répandues dans l'Univers. Elle a donc certainement hâté la renaissance et le nouveau progrès des arts, et il lui a été donné de pouvoir dire à la barbarie, même après la révolution française :Tu ne régneras pas; à la puissance injuste, qui auparavant n'était guere dénoncée qu'aux tems à venir: Tu entendras dès ce moment ta sentence prononcée partout; à l'homme capable de dire la vérité : Parle, et le Monde entier entendra ta voix.

Ce sont là de grands bienfaits sans doute; le mal n'est pas moindre, et je serais dispensé des preuves, quand même ce serait ici le lieu d'en parlef : elles sont depuis Iong-tems dans notre expérience, et tout à l'heure dans notre histoire. Ce qu'il peut y avoir de consolant, c'est qu'en cela, comme en tout le reste, le mal ayant même passé le terme imaginable, nous sommes, par une marche irrésistible, ramenés pas à pas vers le bien; et c'est ce qui explique parfaitement l'opposition furieuse des auteurs et des fauteurs du mal, à cette liberté de penser et d'écrire, dont le nom seul de l'imprimerie a dû vous rappeler le souvenir. J'applaudis volontiers aux écrivains honnêtes et courageux qui en défendent les droits, et je m'honore d'avoir été un des premiers à paraître dans la lice quand j'ai cru pouvoir appuyer la raison sur la volonté générale. Mais j'avoue que les efforts de nos adversaires ne m'ont jamais causé ni étonnement ni scandale. Ce n'est pas moi qui leur reprocherai d'être en contradiction avec eux-mêmes, et de vouloir aujourd'hui subordonner à l'action de leur police cette même liberté de la presse, qu'ils ont tant de fois déclarée supérieure à toute espece d'autorité. Comme leurs actions m'ont de tout tems appris à connaître leur langage, je sais trop bien qu'il n'a jamais été le nôtre , et que les mêmes mots n'ont pas pour eux et pour nous le même sens. C'est en effet la licence qu'ils avaient consacrée, pour renverser ou flétrir tout ce que les hommes connaissent de ,sacré i et ils étaient si loin de la liberté , que pendant des années on n'a pu écrire autrement que dans leur sens, si ce n'est au péril ou aux dépens de sa vie. Cette liberté a donc été alors muette et enchaînée, et enchaînée par eux seuls. Depuis qu'une constitution dont ils se croient obligés de respecter au moins le nom, ne permet plus d'abattre cette liberté avec le glaive, ontils cessé un moment de l'attaquer par tous les moyens du pouvoir ou de la corruption? N'ont - ils pas été sans cesse occupés à l'anéantir, s'il était possible, par des actes arbitraires qu'ils osent appeler des lois? Je me garderai donc bien de leur dire qu'ils sont inconséquens; mais je leur dirai: Vous êtes bien malheureusement conséquens dans un bien malheureux système. Vous voulez à tout prix vous rendre les maîtres de l'opinion, parce que l'opinion est aussi une puissance, et la seule que vous n'ayez pas. Oui, c'en est une sans doute , et il faut bien qu'elle soit réelle, puisque, seule et dénuée de toute autre force, elle épouvante encore ceux qui ont toutes les forces dans leurs mains. Eh bien! il faut la conquérir; mais sachez qu'on n'en vient pas à bout avec des canons et des baïonettes, ni avec des décrets, pas plus qu'avec la plume de vos mercenaires. Il n'y a qu'une seule et unique voie pour y parvenir : c'est de mettre d'accord la conduite des gouvernans avec la conscience des gouvernés. S'il vous en coûte trop de faire cette alliance avec l'opinion, vous réduirez-vous à lui imposer encore silence par la terreur? Je suppose encore possible ce qui tout au plus ne l'a été qu'une fois : vous n'aurez encore rien gagné. Sachez que la vérité n'en est pas moins une puissance, même quand elle se tait; car elle reste dans les cœurs jusqu'au moment où elle en sort toute armée, et ce moment, toujours inévitable , ne se fait pas même attendre longtems. Enfin , tuerez-vous tous ceux qui sont capables de la dire? Et qui a tué plus de monde que Robespierre? Il n'a pas tué la vérité. Elle est éternelle comme son auteur, sans quoi il y a long - tems

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