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Hélas ! plus de repos, seigneur , et moins d'éclat ï
Votre amour ne peut-il paraître qu'au srnat?
Ah 1 Titus ( car enfin l'amour fuit la contrainte
De tous ces noms que suit le respect et la crainte),
De quel soin votre amour va-t-il s'importuner?
N'a-t-il que des Etats qu'il me puisse donner?
Depuis quand croyez-vous que ma grandeur me touche!
Un soupir, un regard, un mot de votre bouche ,
Voilà l'ambition d'un cœur comme le mien.
Voyez-moi plus souvent, et ne me donnez rien.
Tous vos momens sont-ils dévoués à l'Empire? Ce cœur, après huit jours, n'a-t-il rien à me dire 3
Qu'un mot va rassurer mes timides esprits!
Mais parliez-vous de moi quand je vous ai surpris?
Dans vos secrets discours étais-je intéressée,
Seigneur ? Etais-je au moins présente à la pensée?

Le mérite de ce style ( et il est bien rare) c'est de dire en vers parfaits ce qu'ont senti tous les cœurs qui ont aimé, ce que sentiront tous les cœurs qui aimeront; de le dire sans que les difficultés de la versification amenent un seul mot inutile, un seul hémistiche faible; et le privilége de l'harmonie poétique est de graver dans la mémoire tout ce qu'elle exprime, ce que ne peut faire la meilleure prose. « Quel dieu avait donc donné à Racine cette diction flexible et mélodieuse qui exerce tant d'empire sur l'ame et sur les sens? Faut-il s'étonner que la cour de Louis XIV, cette cour si polie et si brillante, ait admiré ce langage enchanteur qu'on n'avait point encore entendu? Beautés à jamais célebres, dont les noms sont placés dans nos annales avec ceux des héros de ce siecle fameux, combien vous deviez aimer Racine! Combien vous deviez chérir l'écrivain qui paraissait avoir étudié son art dans votre cœur, qui semblait être dans tous vos secrets , qui vous entretenait de vos penchans, de vos plaisirs, de vos douleurs, en vers aussi doux que la voix de la beauté quand elle prononce l'aveu de la tendresse! Ames sensibles et presque toujours malheureuses, qui avez un besoin continuel d'émotion et d'attendrissement, c'est Racine qui est votre poëte et qui le sera toujours; c'est lui qui reproduit en vous toutes les impressions dont vous aimez à vous nourrir; c'est lui dont l'imagination amoureuse répond toujours à la vôtre; qui peut en suivre l'activité et les mouvemens, en remplir l'avidité insatiable; c'est avec lui que vous aimerez à pleurer \ c'est à vous qu'il a confié le dépôt de sa gloire, et vous la défendrez sans doute, pour prix des larmes qu'il vous fait répandre. » Eloge de Racine.

SECTION IV.

Baja^et.

Racine avait lutté dans Bérénice contre un sujet qu'on lui avait prescrit, et il était sorti triomphant de cette épreuve si dangereuse pour le talent, qui veut toujours être libre dans sa marche et se tracer à lui-même la route qu'il doit tenir. Bajœcet fut un ouvrage de son choix. Les mœurs, nouvelles pour nous, d'une nation avec qui nous avions eu long-tems aussi peu de communication que si la nature l'eût placée à l'extrémité du globe, la politique sanglante du serrail, la servile existence d'un peuple innombrable enfermé dans cette prison du despotisme, les passions des sultanes qui s'expliquent le poignard à la main, et qui sont toujours près du crime et du meurtre, parce qu'elles sont toujours près du danger; le caractere et les intérêts des visirs, qui se hâtent d'être les instrumens d'une révolution de peur d'en être les victimes, l'inconstance ordinaire des Orientaux, et cette servitude menaçante qui rampe aux pieds d'un despote, et s'éleve tout à coup des marches du trône pour le frapper et le renverser, voilà le sujet absolument neuf qui s'offrait au pinceau de Racine, à ce même pinceau qui avait si supérieurement colorié le tableau de la cour de Néron, et de Rome dégénérée et avilie sous les Césars. Cette science des couleurs locales, cet art de marquer un sujet d'une teinte particuliere qui avertit le spectateur du lieu où le transporte l'illusion dramatique, le rôle fortement passionné de Roxane, le grand caractere d'Acomat, une exposition regardée par tous les connaisseurs comme le chef-d'œuvre du théâtre dans cette partie, tels sont les principaux mérites qui se présentent dans l'analyse de la tragédie de Baja^tt. J'expliquerai ensuite ce qui me paraît défectueux dans les autres parties de ce drame, et si ma critique paraît sévere, elle prouvera du moins mon entiere impartialité, et que mon admiration pour Racine, en me passionnant pour ses beautés, ne me ferme point les yeux sur ses défauts.

Le détail où j'entrerai sur la premiere scene, a pour objet principal de faire voir que Racine a très-bien connu ce devoir essentiel du poète dramatique , d'être un peintre fidele des mœurs. Nous avons vu comme il a peint les Romains dans Bruannlcus; nous verrons bientôt comme il peint les Juifs dans Athalie : voyons comme il peint les Turcs dans Baja^et. Je cite de préférence ces trois tableaux si différens, parce qu'ils lui appartiennent en propre, et qu'ils n'ont point été surpassés. Je n'insiste pas sur la peinture des mœurs grecques y d'autres que lui les ont très-bien peintes, et particuliérement l'auteur àOrcste, qui peut-être même en ce genre a été plus loin que lui.

A C O M A T.

Viens, suis-moi. La sultane en ce lieu doit se rendre)
Je pourrai cependant te parler et t'entendre.

o s M I N.

Et depuis quand, seigneur, entre-t-on dans ces lieux,
Dont l'accès était même interdit à nos yeux î
Jadis une mort prompte eût suivi cette audace.

Le secret impénétrable du serrail est déjà caractérisé, et la curiosité excitée. La réponse d'Acomat va l'augmenter.

Quand tu seras instruit de tout ce qui se passe,
Mon entrée en ces lieux ne te surprendra plus.
Mais, laissons, cher Osmin, les discours superflus.
Que ton retour tardait à mon impatience!
Et que d'un oeil content je te vois dans Byzance!Instruis-moi des secrets que peut t'avoir appris
Un voyage si long, pour moi seul entrepris.
De ce qu'ont vu tes yeux, parle en témoin sincere;
Songe que du récit, Osmin, que tu vas faire,
Dépendent les destins de l'Empire ottoman.
Qu'as-tu vu dans l'armée, et que fait le sultan ï

On conçoit déjà toute l'importance du sujet, et

le

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