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aisément, sans que j'en dise les raisons , qu'on peut parler des charmes d'un homme dans un pays où les femmes sont esclaves et renfermées.

o s M 1 N.

Mais pouvaient-ils tromper tant de jaloux regards, Qui semblent mettre entr'eux d'invincibles remparts?

A C O M A T.

Peut-être il te souvient qu'un récit peu fidelle,
De la mort d'Amurat fit courir la nouvelle.
La sultane, à ce bruit, feignant de s'effrayer,
Par des cris douloureux eut soin de l'appuyer.
Sur la foi de ses pleurs, ses esclaves tremblerent;
De l'heureux Bajazet les gardes se troublerent;
Et les dons achevant d'ébranler leur devoir ,
Leurs captifs, dans ce trouble oserent s'entrevoir.

Avec quelle mesure et quel choix d'expressions l'auteur a rendu ces détails si difficiles et si nécessaires pour fonder les liaisons de Bajazet et de Roxane, dans une demeure où il né devait pas leur être possible de communiquer ensemble! Tout est motivé, tout est vraisemblable. Mais combien il fallait d'art et d'invention pour arranger si bien toutes ces circonstances, qu'il ne reste pas une objection à faire! La multitude ne se rend pas ordinairement si difficile sur tous ces moyens de l'avantscene; elle reçoit sans peine tout ce qu'on lui présente, et le vulgaire des auteurs ne manque pas d'en profiter. Mais celui qui voit plus loin que le moment présent, et qui travaille pour les connaisseurs et la postérité 3 ne néglige pas l'espece de mérite qui est la moins sentie, et quand le tems de la justice est arrivé , ce soin, qui n'appartient qu'au vrai talent, fait un poids dans la balance.

Roxane vit le prince; elle ne put lui taire
L'ordre dont elle seule était dépositaire.
Bajazet est aimable; il vit que son salut
Dépendait de lui plaire, et bientôt il lui plut.
Tout conspirait pour lui: ses soins, sa complaisance,
Ce secret découvert et cette intelligence,
Soupirs d'autant^plus doux qu'il les fallait celer ,
L'embarras irritant de ne s'oser parler,
Même témérité, périls, craintes communes,
Lierent pour jamais leurs cœurs et leurs fortunes.
Ceux même dont les yeux les devaient éclairer,
Sortis de leur devoir, n'oserent y rentrer.

Un commentateur de Racine a trouvé ces vers déplacés dans la bouche d'Acomar. Il ne s'est pas aperçu qu'ils étaient non-seulement convenables, mais absolument nécessaires. Ce vers,

L'embarras irritant de ne s'oser parler, nous apprend ce qu'il est très-important de savoir, que Bajazet et Roxane ne se sont vus qu'avec la plus grande contrainte. Quoiqu'on ait enfreint un

moment les lois terribles du serrail au bruit de la mort d'Amurat, il serait trop peu vraisemblable que depuis elles eussent été si long-tems et si ouvertement violées; cela serait trop contraire aux mœurs, et de plus donnerait d'étranges soupçons sur le commerce amoureux du prince avec la sultane. Enfin, une troisieme raison plus forte que toutes les autres, c'est qu'à moins de cette difficulté de se voir et de se parler, on ne concevrait pas ce que va dire Acomat, que Roxane s'est servie d'Atalide pour communiquer, par son entremise, avec Bajazet. Une sultane favorite ne pouvait, sans se perdre, le voir et l'entretenir habituellement, et si dans la piece elle prend ce parti, c'est que l'instant de la révolution est arrivé, et qu'elle ne veut la consommer qu'après s'être assurée par elle-même du cœur de l'amant qu'elle va couronner. Toutes ces convenances étaient indispensables-, elles tiennent au nœud de l'intrigue, qui est la passion secrete et mutuelle de Bajazet et d'Atalide, et la rivalité de cette princesse et de la sultane. Les vers qu'on vient d'entendre sont nécessaires pour fonder ces convenances, et c'est un commentateur de Racine, qui n'y aperçoit que des détails amoureux vus avec trop de finesse y et qui ne conviennent pas au caractere d'Acomat! On ne peut pas du moins faire le même reproche au commenratew : On ne l'accusera pas de voir avec trop de finesse. Achevons l'examen de cette scene, qvn va prouver ce que je viens de dire.

Quoi! Roxane d'abord leur découvrant son âme,
Osa-r-elle à leurs yeux faire éclater sa flamme?

A C O M A T.

Ils l'ignorent encore; et, jusques à ce jour,

Atalide a prêté son nom à cet amour.

Du pere d'Amurat Atalide est la niece,

Et même avec ses fils partageant sa cendtesse,

Elfe a vu son enfance élevée avec eu*.

Du prince, en apparence, elle reçoit les vœux,

Mais elle les reçoit pour les rendre à Roxane,

Et veut bien sous son nom qu'il aime la sultane.

Cependant, cher Osmin, pour s'appuyer de moi,

L'un et l'autre ont promis Atalide à ma foi.

On pourrait demander comment Atalide a plus de facilité pour un commerce secret avec Bajazet, que n'en aurait Roxane. Atalide nous l'apprend dans l'acte suivant. Elle a été élevée avec Bajazet, et la mere de ce prince le lui destinait pour époux. Depuis la mort de cette princesse, cet hymen a été rompu, et on les a séparés l'un de l'autre; mais leur intelligence a continué secrétement, et l'on conçoit que cette jeune parente de Bajazet, protégée pat Roxane , pouvait être surveillée avec moins de rigueur que la favorite d'Amurat. Osmin, sut ce que dit Amurat du mariage projeté entre Atalide et lui, s'écrie avec surprise:

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C'est ici que le visir acheve de déployer toute l'austérité de son caractere.

Voudrais-tu qu'à mon âge Je fisse de l'amour le vil apprentissage? Qu'un cœur qu'ont endurci la fatigue et les ans , Suivît d'un vain plaisir les conseils imprudens? C'est par d'autres attraits qu'elle plaît à ma vue; J'aime en elle le sang dont elle est descendue. Par elle Bajazet, en m'approchant de lui, Me va, contre lui-même, assurer un appui.

Les vers qui suivent et qui sont encore un détail des mœurs ottomanes, ne sont pourtant pas ici dans cette seule vue: ils servent à fonder les défiances que témoigne Acomat de ce même Bajazet, qu'il sert avec tant de zele, défiances qui peuvent étonner avec quelque raison.

Un visir aux sultans fait toujours quelque ombrage;A peine ils l'ont choisi, qu'ils craignent leur ouvrage. Sa dépouille est un bien qu'ils veulent recueillir, Et jamais leurs chagrins ne nous laissent vieillir. Bajazet aujourd'hui m'honore et me caresse:

Ses périls tous les jours réveillent sa tendresse, \

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