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de ce

miers. Aufli-cost on yous mettoit dans la Chaise de Mnemosine , où l'on vous demandoit ce que vous aviez veu ou entendu. De là on vous ramenoit dans cette Chapelle du Bon Genie , encore tout étourdy & cout hors de vous. Vous repreniez vos fons peu à peu & vous reconimenciez à pouvoir rire; car jusque là la grandeur des Misteres, & la divinité dont vous estier remply, vous en avoient bien empêché. Pour moy, il me semble qu'on n'eust pas dû attendre si tard à sire.

Pausanias nous dit, qu'il n'y a jamais eu qu'un homme qui soit entré dans l'Antre de Trophonius , & qui n'en soit pas forty. C'estoit un cerrain Espion que Démétrius y envoya pour voir s'il n'y avoit pas dans ce lieu Saint quelque chose qui fust bon à piller. On trouva loin de là le

corps

malheureux, qui v'avoit point été jerré dehors par l'ouverture sacrée de l'Antre. Il ne nous .eft

que trop

aisé de faire nos reflexions sur tout cela. Quel loisir d'avoient pas les Prestres pendant tous ces differens Sacrifices qu'ils faisoienc faifc, d'examiner si on estoit propre à estre envoyé dans l'Arntre ? car affurement Trophonius choisisfoit ses Gens, & ne recevoit pas tout le monde. Combien toutes ces Ablutions, & ces Expiations , & ces voyages noctur. res, & ces passages dans des cavernes étroites & oblo cures, remplifloient-elles l'esprit de superstition, de frayeur , & de crainte ? Combien de machines pouvoient jouer dans ces tenebres ? L'Histoire de l'Espion de Demetrius, nous apprend qu'il n'y avoit pas de sureté dans l'Antre, pour ceux qui n'y apportoient pas de bonnes intentions ; & de plus qu'outre l'ouverture sacrée qui estoit connüe de tout le monde , l'Antre en avoit une secrette qui n'estoit connuë que des Prestres. Quand on s'y sentoit entrainé par les pieds, on estoit sans doute tiré par des cordes , & on n'avoit garde de s'en apercevoir en y portant les mains , puis qu'elles estoient einbarassées de ces compostions de miel , qu'il ne fa

loic

loit pas lâcher. Ces Cavernes pouvoient estre pleines de parfums & d'odeurs qui troubloient le cerveau, ces caux de Leshé & de Mnemosine pouvoient aussi estre preparées pour le mesme effer. Je ne dis rien des spectacles & des bruits dont on pouvoit estre épouvanté, & quand on sortoir de là couc hors de soy; ondi. soit ce qu'on avoit veu ou entendu à des gens, qui profitant de ce desordre, le reciieilloient comme il leur plaisoit, y changeoient ce qu'ils vouloient, ou enfin en estoient totijours les interpretes.

Ajoûtez à tout cela, que de ces Oracles qui se rendoient par Songes, il y en avoit ausquels il faloit se preparer par des jeûnes, comme celuy * d'Amphiarais dans l'Artique : que fi vos Songes ne pouvoient pas recevoir quelque interpretation aparente, on vous faisoit dormir dans le Temple sur nouveaux frais : que l'on ne manquoit jamais de vous remplir l'esprit d'idées propres à vous faire avoir des Songes, ou il entralt des Dieux, & des choses extraordinaires ; & qu'on vous faisoit dormir le plus souvent sur des peaux

de Victimes, qui pouvoient avoir esté frottées de quelque droguc qui fist son effer sur le cerveau.

Quand c'estoient les Prestres qui en dormant sur les Billets cachetez, avoient eux-melmes les Souges prophetiques, il est clair que la chose est encore plus aisée à expliquer. En verité, il y avoit du super Au dans les soins que prenoient les Prestres Payens pour cacher leurs impostures. Si on estoit assez credule & affez stupide pour se contenter de leurs Songes , & pour y ajoûter foy, il n'estoit pas besoin qu'ils laislaffent aux autres la liberté d'en avoir, ils pouvoient se reserver ce droit à eux seuls, saus qu'on y eust trouvé à redire. De la maniere dont ces Peuples estoient faits, c'estoit leur faire trop.

d'honneur que

de les fourber avec quelque précaution & quelque adresse.

Croira-t'on bien qu'il y avoit dans l'Achaře un T Oracle de Mercure qui se rendoit de cette sorte? A prés D 2

beau* Philoftrate 1. 2. de la vie d'Apollonius. t Pausanias.

bzac coup de ceremonies; on parle au Dieu à l'oreille, & on luy demande ce qu'on veut. Ensuite on se bouche les oreilles avec les niains, on Cort du Temple, & les premieres paroles qu'on entend au sortir de là, c'est la Réponse du Dieu. Encore, afin qu'il fust plus aisé de faire entendre, sans eftre aperceu, telles paroles qu'on voudroit , cet Oracle ne se rendoit que le soir.

CHAPITRE XVI.

Ambiguité des Oracles.

U

car s'il

N des plus grands secrets des Oracles , & unc s'en mesoient, c'est l'ambiguité des Réponses, & l'art qu’on avoir de les accommoder a tous les évenemens qu'on pouvoit.

* Lors qu'Alexandre tomba malade tout d'un coup à Babilone, quelques-uns des principaux de la Cour allerent passer une nuit dans le Temple de Serapis , pour demander à ce Dieu s'il ne seroit point à propos de luy faire apporter le Roi afin qu'il le guérist. Le Dieu répondit qu'il valoit mieux pour Alexandre qu'il demeurait où il estoit. Serapis avoit raison se le fust fait apporter , & qu'Alexandre fust mort en chemin , ou mesme dans le Temple , que n'eust on pas dit? mais si le Roy recouvroit fa santé à Babilone, quelle gloire pour l'Oracle ? S'il mouroit , c'est qu'il luy estoit avantageux de mourir aprés des conquestes qu'il ne pouvoit ny augmenter, ny conserver. Il s'en falut tenir à cette derniere interpretation, qui ne manqua pas d'estre trouvée à l'avantage de Serapis, fitoft qu'Alexandre fut mort.

Macrobe dir que quand Trajan eut pris le dessein d'aller attaquer les Parches , on le pria d'en consulter

l'Oracle Arrian. l. 7.

l'Oracle de la Ville d'Heliopolis , auquel il ne faloir qu'envoyer-tip Billet cacheté. Trajan ne se fioit point. trop aux Oracles, il voulut auparavant éprouver ce luy-là. Il y envoye un Billet cacheté, où il n'y avoit rien, on luy en renvoye aurant. Voila Trajan convaincu de la divinité de l'Oracle. Il y envoye une feconde fois un autre Biller cacheté, par lequel il demandoit au Dieu , s'il retourneroit à Rome , aprés avoir mis fin à la Guerre qu'il entreprenoit. Le Dieu ordonna que l'on prift une Vigne qui estoit une des Offrandes 'de son Temple, qu'on la mist par morceaux, & qu'on la portast à Trajan. L'évenemeit, dic Macrobe , fut parfaitement conforme à Oracle, car Trajan mourut à cette Guerre, & on reporta à Rome ses os qui avoient este representez par la Vigne rompuë.

Tout le monde sçavoit assurément que l'Empereur fongeoit à faire la Guerre aux Parthes , & qu'il ne consultoit l'Oracle

que

sur cela, & l'Oracle eut l'esprit de luy rendre une Réponse allégorique, & fi generale qu'elle ne pouvoir manquer d'estre vraye. Car que Trajan retournast à Rome victorieux, mais blessé, ou ayant perdu une partie de ses Soldats : qu'il fust vaincu, & que son Armée fust mise en fuite: qu'il y arrivast seulement quelque division : qu'il en arrivast dans celle des Parthes' : qu'il en arrivast mesme dans Rome en l'absence de l'Empereur : que les Parthes fussent absolument défairs : qu'ils ne fussent défaits qu'en partie : qu'ils fuffent abandonnez de quelquesuns de leurs alliez, la Vigne rompuë convenoit merveilleusement à tous ces cas differens, & il y euft eu bien du malheur, s'il n'en fust arrivé aucun ; & je croy que les os de l'Empereur reportez à Rome, surquoy l'or fit tomber l'explication de l'Oracle, estvient pourtant la seule chose à quoy l'Oracle n'avoit point pensé. A

propos de cette Vigne, je ne croy pas devoir oublier une espece d'Oracle que s'acommodoit à tout, dont Apulée nous apprend que les Prestres de la Déelfc de Sirie avoieit esté les inventeurs. Ils avoient fait

deux

D3

deux Vers dont le sens estoit. Les Baufs attelet coue pent la terre , afin que les campagnes produisent leurs fruits. Avec ces deux Vers, il n'y avoit rien à quoy ils ne répondiffent. Si on les venoit consulter sur un Mariage, c'estoit la chose mesme, des Baufs artellez enfemble, des Campagnes fécondes. Si on les confultoit sur quelque terre que l'on vouloit acheter , VOE là des Bæufs pour la labourer, voilà des champs ferrilles. Si on les consultoit sur un Voyage, les Bæufs. font attcllez , & tout prests à partir , & ces Campagnes fécondes vous promettent un grand gain. 'Si on: alloit à la Guerre , ces Bæufs sous le joug, ne vous annoncent-ils pas que vous y mettrez aussi vos ennemis ? Cette Déesse de Sirie apparemment n'aimait pas à parler, & elle avoit trouvé moyen de farisfaire par une feule Réponse à toutes sortes de Questions.

Ceux qui recevoient ces Oracles ambigus; prenoient volontiers la peine d'y ajuster l'évenement, & le chargeoient eux-mêines de les justifier. Souvent ce quin'avoit eu qu'un seus dans l'intention de celuy qui avoit rendu l'Oracle, aprés l'évenemene se trouvoit en avoir deux , & le Fourbe pouvoit se reposer für ceux qu'il fourboir, du soin de fauver son honneur. Quand le faux Prophete Alexandre repondit à Rutilien, qui lay demandoit quels Précepteurs il donneroit à son fils, qu'il luy donnast Pithagore & Homere , il entendoit tout fimplement qu'on luy fift étudier la Philosophie & les belles Lettres. Le jeune homme mourur peu de jours aprés , & on representoit à Rutilien que son Prophete s'estoit bien mépris. Mais Rutilien trouvoit avec beaucoup de subtilité la mort de son fils aunoncée dans l'Oracle, par ce qu'on luy donnoit pour

Prés cepteurs Pithagore & Homere qui estoient morts.

CHA

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