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de Phaëton, tragédie de l'Hermite de Vozelle. Mais bien des gens font des poésies, et fort peu des tragédies. J.-B. de l'Hermite s'adonnait spécialement à l'art héraldique; son frère, François, à la tragédie: donc on doit supposer, avec raison, que ce dernier fit la Chute de Phaëton. Quant au nom de Vozelle, qui est celui de l'auteur de la pièce, peut-être était-ce celui d'une propriété qui avait appartenu à la famille de ces messieurs, et que l'un et l'autre auront pris quand ils se trouvaient dans un faux pas, afin de ne pas compromettre le nom de Souliers : J.-B. de l'Hermite le prend pour le baptême de la fille naturelle de son gendre; F. de l'Hermite, pour se faire comédien. Enfin J.-B. de l'Hermite étant marié, père de famille, gentilhomme ordinaire du roi, et s'occupant d'un art étranger au théâtre, il n'est pas à croire qu'il se soit fait comédien; tandis que pour son frère François, garçon, auteur dramatique renommé et aventurier, c'était tout naturel. Cette hypothèse a d'autant plus de poids, que la Mort de Sénèque, tragédie de François de l'Hermite, suivant Tallement des Réaux, aurait été jouée à l'illustre Théâtre : l'auteur y était acteur.

C'est en 1552 seulement que les auteurs dramatiques proprement dits commencèrent à écrire des pièces ; jusqu'en 1634 on joua principalement en improvisant; mais à cette époque, après la mort de Gros-Guillaume, de Turlupin, de Gaultier-Garguille, et après la réforme que l'on fit alors à l'hôtel de Bourgogne, ce genre de pièces disparut peu à peu; toutefois une représentation de cette sorte fut encore donnée devant le roi en 1659. Il est donc naturel que les acteurs improvisateurs se soient mis à écrire des pièces sans cesser pour cela de jouer. Les auteurs et les acteurs ne durent devenir distincts qu'à la longue; d'où il est résulté, jusqu'à la fin du xviie siècle, que la plupart des auteurs étaient comédiens : voyez Baron, Beys, Brécourt, Chevalier, Champmêlé, Dancourt, Dorimont, Hauteroche, Lathuilerie, Montfleury, Poisson, Raisin, Villiers, etc. Magnon luimême devait être de la troupe de l'Illustre Théâtre à Paris et en province, ou devait tout au moins la suivre comme auteur, puisque c'est par elle qu'il fit représenter à Paris, en 1645, sa tragédie d'Artaxerce, et que, dans sa dédicace de Séjanus au duc d'Epernon, il rend grâces au duc de la protection qu'il accorda à Mlle Béjart, chef de cette troupe, quand elle fut à Bordeaux. Nécessairement il était là, car les représentations de la troupe eurent lieu dans cette ville vers la fin de 1646, et Séjanus fut imprimé en 1647.

Quant à Mlle Magdelon, ce pouvait bien être Madeleine Dubouget,

enfant naturel, orpheline abandonnée, puis célèbre par son esprit, son talent, sa beauté, sous le nom de Mme Beauchateau : c'était la seule actrice connue de ce temps-là qui portât le nom de Madeleine, sauf Mlle Béjart. D'une part, Mme Beauchateau était à l'hôtel de Bourgogne en 1634, par conséquent elle devait bien alors avoir vingt ans ; d'une autre part, Mme Beauchateau brillait en 1660, et joua jusqu'à la réunion des troupes royales de 1680. Il est difficile de croire qu'une actrice ait joué pendant cinquante-six ans, et qu'elle ait été encore renommée pour sa beauté après avoir paru pendant vingt-six ans sur la scène : il semble que l'on pourrait bien admettre l'existence de deux dames Beauchateau, c'est-à-dire que Beauchateau , ayant perdu sa première femme, aurait épousé Mlle Magdelon; dans ce cas les enfants de Beauchateau eussent été du premier lit. Voici encore un fait qui vient à l'appui de l'hypothèse en question. On a trois portraits d'une jolie femme, dont la figure a les traits fins, un air spirituel, et qui portent l'indication : Mlle Magdeleine Beauchateau. On a encore quatre portraits d'une autre femme, dont la figure a de gros traits, l'air commun, et qui ne devait pas être belle; ces quatre portraits portent : Mlle Henriette Beauchateau ou Mlle Beauchateau. Jusqu'à présent on avait supposé que cette Henriette était une seur de Beauchateau dont l'histoire n'aurait pas fait mention; mais le document cité précédemment fait penser maintenant que ce devait etre la première femme de Beauchateau. L'ancien usage d'appeler mademoiselle les actrices mariées répand beaucoup d'obscurité dans l'histoire du théâtre. Enfin, dans un portrait à l'huile, de grandeur naturelle, de Madeleine Beauchateau, qui la représente jeune et jolie à l'âge de vingt-cinq à trente ans, elle est habillée à la mode de 1660 ou environ; or, à cette époque, Mme Beauchateau, l'actrice de 1634, aurait eu au moins quarantecinq ans, ce qui ne peut convenir au portrait dont il s'agit.

En quittant Lyon, en 1653, on ne sait plus, , pendant une année ou environ, ce que devint Molière; sauf que pendant ce laps de temps il alla donner des représentations à Dijon et à Montbrison, car on conserve des souvenirs de son passage dans ces deux villes; après quoi, il aurait repassé à Lyon, puisque Ragueneau y mourut. En 1654, à l'époque des Etats qui s'ouvrirent le 7 décembre, sous la présidence du prince de Conti, Molière alla à Montpellier, où il fit représenter le Ballet des Incompatibles. Dans ce ballet, imprimé à Montpellier cette même année, on voit figurer les gentilshommes de la suite du prince, désignés par leurs titres de noblesse, ou tout au moins par le titre de MONSIEUR; on y voit ensuite plusieurs autres hommes désignés le sieur, et comme ces derniers étaient sans doute de la troupe de Molière, en voici les noms, avec la désignation des rôles qu'ils remplissaient: BÉJART représentait le peintre et un ivrogne; JOACHIM, un Suisse et l'alchimiste; LA BRUGUYÈRE, un courtisan et la Dissolution; LA PIERRE, la Discorde et la Sobriété; MARTIAL, un Suisse; MOLIÈRE, le poëte et une harangère. Enfin on y trouve encore cinq noms de femmes ; mais comme l'une d'elles est désignée Madame d'Argencourt, et que l'on ne donnait pas le titre de Madame aux actrices, on pense que c'étaient des dames de la société du prince; d'autant plus qu'aucune des actrices connues de la troupe de Molière ne figure dans le ballet, et cependant, pour Mme Duparc, c'était une bien belle occasion de se distinguer comme danseuse; mais l'usage n'admettait pas les actrices dans les divertissements de ce genre. Le titre du livret ne dit pas que le ballet soit de la composition de Molière ; toutefois, le couplet de la harangère pourrait le faire croire :

Je fais d'aussi beaux vers que ceux que je récite,

Et souvent leur style m'excite
A donner à ma muse un glorieux emploi.
Mon esprit de mes pas ne suit pas la cadence.
Loin d'etre incompatible avec cette éloquence,
Tout ce qui n'en a pas l'est toujours avec moi.

Enfin, il est probable que les représentations des Précieuses et du Dépit amoureux, signalées par certains auteurs comme ayant été données en 1654, et contestées par d'autres, ont eu lieu dans l'occasion dont il s'agit. Molière resta probablement à Montpellier jusqu'au 5 mai 1655, époque à laquelle le prince de Conti quitta cette ville pour aller en Roussillon.

Au commencement de juillet 1655, il revint à Lyon, où il demeura plus de trois mois. C'est dans cette ville que d’Assoucy, qui avait quitté Paris à la même époque, le rencontra, et qu'il reçut de Molière et des Béjart la longue hospitalité dont il fait l'éloge. C'est également à Lyon que Molière eut occasion de revoir le prince de Conti, qui, à son passage, assista aux représentations que Molière y donnait avec succès; et c'est alors peut-être que le prince l'engagea à venir à Pézenas pour l'époque des états. De Lyon, Molière se rendit, en août, à Avignon; il y fit la connaissance de Nicolas Mignard, qui habitait cette ville, et d’Assoucy y perdit dans un tripot tout ce qu'il avait : Vêtu comme notre premier père Adam, lorsqu'il sortit du Paradis terrestre, dit-il.

A l'arrivée du prince de Conti à Pézenas, pour les états de 16551656, Mme de Calvimont, sa maîtresse, proposa d'envoyer chercher la comédie. Daniel de Cosnac, premier gentilhomme de la chambre du prince et intendant de ses plaisirs, sachant que Molière était dans le Languedoc, l'invita à venir. Pendant que cela se passait, une troupe de comédiens arriva à Pézenas, et Cormiers, qui en était le directeur, ayant su se rendre favorable à Mme de Calvimont, le prince de Conti engagea sa troupe. Molière, par suite de la missive qu'il avait recue, se mit en route pour Pézenas le 20 octobre 1655; mais, à son arrivée, il fut assez mal reçu; le prince de Conti voulait le renvoyer sans indemnité. De Cosnac, qui se trouvait compromis dans l'affaire, s'était décidé à donner trois mille livres de sa propre bourse à Molière ; mais avant d'en venir là, il voulut essayer de le faire agréer. Il s'entendit d'abord avec Sarrazin, secrétaire du prince, et ils obtinrent de faire jouer Molière en présence de M. de Conti. Ce dernier n'ayant pas été satisfait de la représentation, insista pour que la troupe de Molière fût renvoyée; mais, à la seconde représentation, donnée deux jours après, il en fut plus content. Alors Sarrazin, qui s'était épris des charmes de Mme Duparc, gagna Mme de Calvimont, et tous trois, réunissant leurs efforts, firent renvoyer Cormiers et conserver Molière.

En conséquence, le prince de Conti le logea, lui et sa troupe, dans son magnifique domaine de la Grange-des-Prés, situé près de la ville; il le défraya de tout, et d’Assoucy dit que c'était une Cocagne. Molière donnait à Pézenas deux représentations par semaine, dont une le samedi; et dans les jours qui lui restaient libres, il allait exploiter les alentours : Mèze, Lunel, Gignac, Marseillan, Agde, Nissan, Montagnac, Béziers. A Mèze, il descendait à l'hôtel du Saint-Esprit, dit, depuis, lAuberge des Comédiens. Le transport de sa troupe, suivant M. Raymond, se faisait à cheval; Molière, comme chef, en avait un pour lui seul; on en octroyait aux actrices un pour deux, et aux hommes un pour trois; ce qui veut dire assez que la moitié de la route se faisait à pied.

Un jour, allant ainsi de Gignac à Montagnac, la valise de Molière se détache de la croupe de son cheval; une jeune fille, qui la voit tomber, s'empresse d'aller la cacher sous ses jupes. Dès que Molière s'aperçoit de ce qui lui arrive, il retourne en arrière ; la jeune fille lui dit que la valise est tombée beaucoup plus loin; le cavalier pique des deux; aussitôt la villageoise cache la valise dans un fossé et court après le comédien, comme pour l'assister dans ses recherches; tandis qu'au contraire c'était pour mieux le fourvoyer. Molière en racontant la perte de sa valise, disait : « Comment voulez-vous qu'il en « ait été autrement? je sortais de Gignac, j'étais devant Brignac, « j'allais à Montagnac en passant par Lavagnac; au milieu de tout

ces gnac ma valise était perdue. » A Balarga, à Saint-Pons-deMauchiens, on vous dit l'histoire de cette valise où se trouvaient « tant de trésors ! tant de riches habits ! tant de pierreries ! »

Quand la rigueur du temps l'exigeait, on était en hiver, la troupe recourait à des moyens de transport plus confortables, et se trouvait aux prises avec le voiturin, personnage cupide et hableur, vantant son carrosse comme s'il l'avait équipé à l'égal d’un prince; tandis que la vérité était loin de là. Un jour, la troupe se faisant transporter de Pézenas à Béziers, dans une voiture à trois chevaux, tout-à-coup, étant à mi-chemin, et quand la nuit commençait à répandre ses sombres voiles, la portière s'ouvre, et le voiturin signifie qu'il faut faire le reste de la route à pied. « Pourquoi (demande Molière)? — Parce « que (répond le voiturin) deux de mes chevaux sont aveugles, et « que le troisième qui était borgne, et qui les conduisait, vient d'a« voir son bon cil paralysé par un coup de sang. » (Anecdote populaire du pays.) Enfin, par suite d'un voyage de ce genre plus inalencontreux que les autres, et qu'il avait fait à Marseillan, les notables de la ville s'imposèrent une cotisation, « pour venir en aide aux comédiens, que l'insuffisance des recettes avait mis dans un cruel embarras. »

Plus tard, le prince de Conti, voulant éviter à Molière toutes les vicissitudes qu'il éprouvait dans ses petites tournées, frappa, à tort et à travers, des réquisitions de chevaux et de voitures, que les communes mettaient à la disposition des comédiens; et comme il se rencontrait parfois beaucoup de mauvaise grâce de leur part, le prince faisait escorter la troupe par un détachement de sa compagnie de gendarmes qui levait toutes les difficultés. A Montagnac, on parle. d'une aventure dans laquelle Molière aurait été surpris en tendre conversation avec la belle châtelaine de Lavagnac; ce qui l'aurait obligé de sauter par une fenêtre pour échapper à de mauvais traitements.

Ces excursions ne pouvaient être que de courte durée, car Molière, tous les samedis, allait se faire accommoder par Gély, son barbier, chez lequel il s'asseyait ensuite dans un grand fauteuil, où il se plaisait à raconter les incidents de ses voyages, au grand ébahissement : des habitués de la boutique de Gély : on conserve précieusement, à Pézénas, le fauteuil dont il s'agit.

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