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Après la clôture des états, faite le 22 février 1656, le prince de Conti fit remettre à Molière, pour les appointements de sa troupe, une assignation de 5,000 livres sur les fonds des étapes de la province, et dont le paiement fut tout d'abord refusé. Molière voulait quitter le pays, et ne pouvait alors y poursuivre les démarches nécessaires pour obtenir le paiement de l'assignation; heureusement, son ancienne connaissance de Sigean, Martin-Melchior Dufort, entrepreneur des étapes, était à Pézenas. Molière lui fit part de l'embarras dans lequel il se trouvait, des ajournements auxquels serait sans doute exposé le paiement de l'assignation qu'il avait reçue du prince de Conti; et il lui proposa de s'en charger. Dufort accueillit favorablement la demande de Molière, et lui donna rendez-vous à Narbonne pour conclure l'affaire.

« Le 3 mai 1656, en présence de M. de Cathelan, baron de Portel, « viguier et juge royal de Narbonne, intervient un accord, sous forme « de police, entre : MARTIN-MELCHIOR DUFORT et JOSEPH CASSAIGNES, « d'une part; JEAN-BAPTISTE POQUELIN MOLIÈRE et MADELEINE BÉJART, « d'autre part. » En vertu de cet accord, « Dufort et Cassaignes, so« lidaires l'un pour l'autre, prennent l'assignation du prince de « Conti à leurs risques et périls, et en fournissent le montant à Molière « et à la Béjart, de la manière suivante : 1,250 livres en espèces, et « pour le solde, soit 3,750 livres, une lettre de change à l'ordre de « Molière et de Madeleine Béjart, tirée par Cassaignes sur Dufort, et «x acceptée par ce dernier, payable à un an de date. o

De Narbonne, Molière alla à Carcassonne, où il fut rencontré (juillet-août 1656) par Chapelle et Bachaumont qui venaient de Toulouse et se rendaient en Provence. De Carcassonne, la troupe se porta sur Castelnaudary et visita une seconde fois Toulouse. De là, rebroussant chemin, elle se dirigea sur Béziers, où l'Assemblée des états du Languedoc devait se réunir, le 17. novembre 1656, sous la présidence de messire Louis de Cardillac de Lévy, comte de Bieul, représentant le roi. D’Assoucy, qui avait quitté Molière à Narbonne pour aller à Montpellier, vint le retrouver à Béziers; mais comme il ne s'y trouvait pas aussi bien que l'année précédente à Pézenas, il lui faussa compagnie et partit : quelque temps après, il lui écrivit pour s'excuser.

Molière devait avoir un assez grand intérêt à se trouver, à cette époque, à Béziers; l'assignation du prince de Conti n'était pas payée; l'échéance de la lettre de change de Dufort approchait; il était bon d’être sur les lieux pour en toucher le montant, parce que, si Dufort ne recevait rien, il pouvait faire des difficultés pour satisfaire à ses engagements. D'ailleurs, l'occasion de la réunion des états était favorable pour donner des représentations, et, de plus, Molière pouvait tenter d'obtenir une nouvelle gratification; enfin, il pouvait espérer, à force de démarches près des membres de l'assemblée, d'arriver à des fins convenables. En conséquence, il commença par donner des billets de spectacle gratis aux députés les plus influents pour se les rendre favorables. En outre, il offrit à la curiosité des spectateurs ses meilleures pièces, entre autres le Dépit amoureux, dont la représentation, suivant la plus grande probabilité, fut citée en cette occasion; toutefois, il est à croire qu'il avait été joué ailleurs auparavant. Mais bientôt l'Assemblée des états arrête : « qu'il sera notifié par « Loyseau, archer des gardes du roi en la prévôté de l'hôtel, de reti« rer les billets qui ont été distribués, et de faire payer, si bon leur « semble, les députés qui iront à la comédie; l'Assemblée ayant « résolu et arrêté qu'il n'y sera fait aucune considération (non plus « qu'aux gratifications réclamées par les comédiens); défendant « par exprès à MM. du bureau des comptes, directement ou in« directement, de leur accorder aucune somme, ni au trésorier de la « bourse de payer, à peine de pure perte et d'en répondre en son « propre et privé nom. » — Cet arrêté était clair; néanmoins, les comédiens ne se tinrent pas pour battus.

Béjart aîné imagina un expédient pour capter la bienveillance des états. Il avait composé un riche armorial, dans lequel étaient contenus et décrits les qualités, les armes, les blasons des prélats et des barons des états; il en fit hommage à l'Assemblée. Mais, hélas ! dans son vote du 16 avril 1657, elle alloua une somme de 500 livres à l'auteur et déclara « qu'à l'avenir elle n'accordera aucune grati« fication pour de pareils ouvrages, à moins qu'ils ne soient expresa sément commandés. » Voyant qu'il n'y avait rien à espérer, Molière et sa troupe quittèrent Béziers et se rendirent à Montpellier, où ils donnèrent quelques représentations assez fructueuses. A l'époque de l'échéance du billet de Dufort, 3 mai 1657, ils étaient installés à Nîmes, avec l'intention de se diriger sur Paris. Avant de s'éloigner, les comédiens voulant connaître le sort de la lettre de changu de Dufort, elle fut présentée; mais Dufort la laissa protester. Rien ne les retenant plus dans le Languedoc, Madeleine Béjart seule resta à Nimes afin de poursuivre Dufort, et la troupe partit pour Avignon, où Molière fit la connaissance de Pierre Mignard qui revenait d’Italie et qui s'élait arrêté chez son frère Nicolas Mignard. D'Avignon, la troupe sut à Lyon, où elle donna deux représentations au bénéfice des pauvres, et fit jouer Irène, tragédie de Claude Basset ; puis elle se rendit à Grenoble pour le carnaval de 1658. Molière avait le désir de venir à Paris; mais, faute d'argent peut-etre ou en attendant l'issue de la créance qu'il avait sur Dufort, il exploitait la Provence et le Dauphiné.

Pendant ce temps, Madeleine Béjart, qui était restée en arrière, poursuit Dufort; elle le cite à comparaitre devant la Bourse de Toulouse et y obtient enfin jugement, condamnation, ajournement et prise de corps. Sous ces coups redoublés Dufort reste attéré; il se procure l'argent qui lui est nécessaire pour se libérer, et paie, entre les mains de Madeleine Béjart, le 1er avril 1658, les 3,750 livres, montant de la lettre de change, accrues des frais et des intérêts. Aussitôt la victoire remportée, Madeleine court à Grenoble rejoindre Molière qui l'attendait, et immédiatement la troupe se met en route pour Rouen, où elle arrive pendant les fêtes de Paques.

Le 24 octobre de cette dernière année, Molière vint jouer à la cour et obtint, le soir même, l'autorisation du roi de s'établir au théâtre du Petit-Bourbon, où, pour sa première représentation, il donna l'Etourdi, le 3 novembre suivant, en prenant le titre de TROUPE DE MONSIEUR. Il n'y jouait que les lundis, les mardis, les jeudis et les samedis; les autres jours appartenaient aux Italiens, avec lesquels il partageait le théâtre. Pendant son absence de Paris, la charge de valet de chambre du roi fut donnée à son frère Jean, né en 1624, qui mou. rut le 6 août 1660, de sorte que Molière ne rentra dans la charge qu'il avait abandonnée qu'après cet événement.

Le 11 octobre 1660, la démolition du théâtre du Petit-Bourbon ayant été commencée pour construire la colonnade du Louvre, sans que Molière en eût été prévenu, sa troupe, en attendant une nouvelle salle, donna quinze représentations, tant à la cour qu'à la ville, ce qui s'appelait alors aller en visite. Enfin, le 20 janvier 1661, la salle du Palais-Royal étant prete, Molière en fit l'ouverture. Cette salle, qui tenait au palais, longeait la rue Saint-Honoré et allait jusqu'à la rue des Bons-Enfants, lui avait été accordée par le roi dans les derniers jours d'octobre 1660.

Le 20 février 1662, Molière épousa Armande Béjart, dont il eut trois enfants : le premier, Louis, né le 19 janvier 1664, mourut avant son père; le second, Esprit-Madeleine, née le 4 août 1665, fut enlevée et épousée par Claude Rachet de Montalant: elle mourut le 24 mai 1723 et ne laissa point d'enfant; enfin, le troisième, Pierre-Jean-BaptisteArmand, né le 16 septembre 1672, mourut le 1er octobre de la même année.

En 1664, un soupirant de Mme Molière, peut-être un amant supplanté, découvrit à Molière les intrigues de sa femme avec son rival; une grande querelle s'ensuivit dans le ménage, à la suite de laquelle Molière pardonna. Un peu plus tard, de nouvelles intrigues de ce genre s'étant renouvelées, Molière et sa femme, vers 16651666, se séparèrent à l'amiable, et vécurent chacun de leur côté dans la même maison, au grand désespoir de Molière qui aimait passionnément sa femme. Aussi se raccommodèrent-ils vers la fin de 1671. On dit que les liaisons entre Mme Debrie et Molière avaient cessé à l'époque du mariage de ce dernier, mais qu'elles reprirent après la séparation dont il s'agit : comme dans le principe, ces nouvelles liaisons n'étaient probablement alors que de l'amitié. Mme Debrie était très-bonne, et n'avait témoigné aucun ressentiment contre Molière quand il se maria; il n'en avait pas sans doute été de même de la part de Madeleine Béjart, femme vindicative, lorsque Molière la quitta pour Mme Debrie. Quoi qu'il en soit, la position de Molière entre ces trois femmes, qui logeaient dans la même maison, devait le tenir dans un grand embarras. En 1665, la troupe de Molière prit le titre de TROUPE Du Roi.

Le 17 février 1673, Molière se trouvant plus souffrant que de coutume, sa femme et Baron firent tous leurs efforts pour l'empêcher de jouer : a Comment voulez-vous que je fasse (leur répondit-il), il y « a tant de pauvres ouvriers qui n'ont pas leur journée pour vivre ? « Si je ne joue pas, je me reprocherais d'avoir négligé de leur donner « du pain un seul jour, le pouvant faire absolument. » Tout ce que l'on gagna sur lui fut que le spectacle commencerait à quatre heures. Il souffrit beaucoup pendant la représentation, et dans la cérémonie, en prononçant juro, il lui prit une convulsion qu'il essaya de déguiser par un rire forcé; de sorte que la représentation, à l'aide des efforts qu'il fit, put s'achever sans que le public s'aperçut beaucoup de ce qui se passait. Dès que la pièce fut finie, on le conduisit dans la loge de Baron, et comme il était tout froid, Baron tâcha d'abord de le réchauffer au moyen de bons vêtements; puis il le fit transporter chez lui, rue Richelieu, en face de la fontaine. En arrivant on lui offrit du bouillon qu'il refusa; il demanda du fromage de Parmesan; et vers neuf heures du soir, sa toux le reprit avec une telle violence qu'un des vaisseaux de sa poitrine se rompit. Enfin, pendant que sa femme et Baron étaient descendus, pour un instant, dans la maison,

ja pièce coid, Baroj je fit

Molière fut étouffé par un vomissement de sang, à dix heures du soir, entre les mains de deux seurs de charité quêteuses, auxquelles il avait donné momentanément l'hospitalité.

Molière n'ayant pas reçu les sacrements depuis Påques de l'année précédente, et voulant mourir en bon chrétien, dès que le crachement de sang commenca, demanda avec instances les consolations de la religion. On alla successivement chez deux prêtres qui refusèrent de venir; enfin un troisième se rendit aux sollicitations du mari de Geneviève Béjart; mais, quand il arriva, il était trop tard, Molière venait d'expirer. A l'heure de son enterrement, la foule s'étant ameutée devant sa maison, Mme Molière jeta de l'argent par une fenêtre, environ 1,000 livres; la populace s'apaisa et suivit tranquillement le convoi. Son corps fut inhumé, le 21 février 1673, au cimetière SaintJoseph; on ignore au juste en quel endroit il fut déposé.

Titon du Tillet dit : « La veuve de Molière fit porter une grande « tombe de pierre qu'on plaça au milieu du cimetière, où on la voit a encore (1732). Cette pierre est fendue par le milieu, ce qui fut re occasionné par une action très-belle de cette demoiselle. Deux ou a trois ans après la mort de Molière, il y eut un hiver très-froid. Elle « fit voiturer cent voies de bois dans le cimetière, lequel bois fut « brûlé sur la tombe de son mari pour chauffer les pauvres du quar« tier. Voilà ce que j'ai appris, il y a environ vingt ans, d'un ancien « chapelain de Saint-Joseph, qui me dit avoir assisté à l'enterrement « de Molière, et qu'il n'était pas inhumé sous cette tombe, mais dans « un endroit plus éloigné attenant à la maison du chapelain. »

Quand on voulut exhumer les cendres de Molière, on les prit contre un petit bâtiment qui se trouvait dans le cimetière; de sorte qu'il est fort douteux que celles que l'on a mises dans son tombeau au Père Lachaise soient les siennes. Une ancienne tradition disait que La Fontaine avait été enterré à côté de Molière ; en exhumant les cendres de ce dernier, on prit pour La Fontaine celles de la fosse voisine; mais depuis on a découvert que La Fontaine fut inhumé au cimetière des Innocents.

A la mort de son mari, Mme Molière se donna toutes les peines possibles pour lever l'obstacle que le clergé mettait à ce qu'il fût déposé en terre sainte, et le roi dut s'en mêler; mais le corps ne fut pas préenté à l'église.

Le 28 février 1664, Molière habitait la rue Saint-Honoré, vis-à-vis le Palais-Royal: le 4 août 1665, dans la même rue, mais sur la paroisse Saint-Eustache; au 1er octobre 1665, rue Saint-Thomas-du

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