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Docteur amoureux, et tout aussitôt le Roi, charmé, autorise Molière à s'établir au théâtre du Petit-Bourbon : cette faveur avait été sollicitée d'avance par Monsieur. Ce n'était donc pas par le talent des artistes que cette troupe se distinguait, mais par le genre des pièces!

Molière, pendant les neuf années qu'il exploita la curiosité des provinces, retourna quelquefois dans les mêmes villes; dans plusieurs d'entre elles, il séjourna assez longtemps, telles que Rouen, où il resta six mois. S'il n'avait eu, pour alimenter son théâtre, que l'Etourdi et le Dépit amoureux, les seules pièces généralement admises pour avoir été faites en province, il est fort douteux qu'il eût pu soutenir ses succès, surtout dans des localités où le public ne se renouvelle pas, où la salle reste vide après cinq ou six représentations d'une même pièce, même dans les grandes villes; dans les petites, une seule suffit. Pour soutenir sa vogue et gagner de l'argent, Molière devait changer souvent son spectacle, et, pour cela, avoir un nombreux répertoire de ses propres pièces.

On verra que Molière employait Mlle Beaupré quand il avait accidentellement besoin d'une actrice de supplément : il lui donnait trois livres par représentation. Peut-on croire qu'une actrice apprenne un rôle pour une somme aussi modique? N'est-il pas plutôt à supposer qu'elle le savait d'avance? que, par conséquent, elle l'avait déjà joué, d'autant plus que Molière la prenait peut-être au pied-levé. Or, si elle l'avait déjà joué, ce ne pouvait être qu'en province : par exemple à Rouen, où elle faisait partie de la troupe de Molière ; d'où on conclut que l'Etourdi et le Dépit amoureux ne sont pas les seules de ses pièces connues que Molière ait fait représenter avant son installation au théâtre du Petit-Bourbon. On ne connaît que l'Ecole des Femmes dans laquelle Mlle Beaupré ait joué de cette manière; mais comme Molière l'employa plusieurs fois, il est possible qu'elle ait encore été utilisée dans d'autres pièces.

Enfin, dans la lettre de Chapelle adressée à Molière à Paris, en 1650, ou 1652, il est parlé de l'embarras que ce dernier éprouvait pour la distribution de Ses Rôles aux Trois grandes actrices de la troupe : à quel titre Molière distribuait-il les rôles dans la troupe de Madeleine Béjart? Celle-ci l'en avait-elle chargé? Ou bien était-ce en qualité d'auteur qu'il le faisait? Si Mlle Béjart l'avait chargé de la distribution des rôles, il ne pouvait éprouver de l'embarras qu'à l'égard de Deux actrices; car Madeleine Béjart, étant directrice, pouvait choisir le rôle qui lui plaisait sans que personne y pût trouver à redire; d'où on conclut que Molière ne pouvait être embarrassé à l'égard de Trois actrices, que quand il s'agissait de la distribution des rôles de ses propres pièces : donc, il en écrivait déjà!

D'après tout ce qui est dit précédemment, on voit que l'on peut supposer, avec plus ou moins de probabilité, les pièces suivantes comme ayant été faites et jouées en province : Amphitryon, l'Avare, le Bourgeois gentilhomme, le Cocu imaginaire, le Dépit amoureux, l'Etourdi, les Fâcheux, les Femmes savantes, les Fourberies de Scapin, Georges Dandin, le Malade imaginaire, le Mariage forcé, le Médecin malgré lui, Monsieur de Pourceaugnac, les Précieuses ridicules, Psyché, le Sicilien et le Tartufe. Trois autres comédies, qui ont été tirées des anciens auteurs étrangers, peuvent encore avoir été faites avant l'arrivée de Molière à Paris, savoir : l'Ecole des Femmes, l'Ecole des Maris et le Festin de Pierre. Quant aux pièces que l'on peut regarder comme ayant été données à Paris pour la première fois, ce sont: les Amants magnifiques, la Comtesse d'Escarbagnas. la Critique de l'École des Femmes, l'Impromptu de Versailles, Mélicerte, dont il ne fit que deux actes, et la Princesse d'Elide, qui fut tirée d'une pièce espagnole. Donc il ne reste que trois comédies sur l'époque de la composition desquelles on ne possède aucun indice : Don Garcie de Navarre, l'Amour médecin et le Misanthrope, et encore la seconde est-elle tirée en partie d'une pièce italienne.

Les écrivains, du temps de Molière, s'occupaient fort peu du théâtre; une grande obscurité règne sur ce qui le concerne; mais, parce qu'on n'en a rien dit, on aurait tort de croire que certains faits, vaguement indiqués, ne s'y sont point passés. En pareil cas, il convient mieux de rester dans le doute et d'attendre des preuves pour ou contre.

Au surplus, que Molière ait commencé tôt ou tard les chefsd'œuvre qu'il nous a laissés, cela ne change rien à sa gloire. Les explications précédentes ont seulement pour objet de faire comprendre que des faits rapportés qui, de prime-abord, semblent des erreurs, peuvent rentrer dans l'ordre des choses possibles, et qu'un trop grand amour du positif ne doit pas les faire rejeter; sauf le cas de preuves contraires. Du reste, on voit que toutes les opinions sont à peu près d'accord : les pièces auraient été commencées, jouées en province; mais elles n'auraient été amenées au point de perfection où nous les connaissons qu'à Paris. De cette supposition, on n'exclut ni l'Etourdi ni le Dépit amoureux, bien qu'ils soient en vers, parce que l'on a vu Molière, même à Paris, modifier quelques-unes de ses pièces après les avoir fait déjà représenter : aux Fâcheux, il ajouta la scène du Chasseur; dans le Festin de Pierre, il changea la scène du pauvre; dans le Malade imaginaire, il modifia l'apostrophe de Béralde à M. Fleurant; le Fagoteux était indubitablement le Médecin malgré lui, dont il changea tout au moins le titre. Psyché, le Tartufe joués d'abord en prose, très-probablement, furent ensuite mis en vers; enfin, dans les premières éditions de ses œuvres on voit des variantes ; elles peuvent en partie venir de lui. Les pièces de Molière n'étant pas imprimées, il pouvait les modifier sans cesse; peut-être était-ce par ce motif qu'il ne voulait pas les faire imprimer. On sait qu'il ne fit imprimer les premières que malgré lui, et parce qu'on les imprimait à son insu. Molière disait: « Je n'ai jamais rien fait dont « je sois véritablement content. » Il devait donc toujours s'occuper du perfectionnement de ses œuvres; peut-être voulait-il attendre, pour les publier, qu'il n'y trouvât plus rien à refaire.

On prétend que les changements faits dans le Festin de Pierre ne viennent pas de Molière; mais les preuves que l'on apporte à ce sujet ne sont pas convaincantes. Lagrange, en 1682, publia les œuvres de Molière, ayant en main ses pièces déjà imprimées et tous les manuscrits de l'auteur; il dut profiter des unes et des autres Or, si, comme on le suppose ici, Molière avait l'habitude de perfectionner toujours ses pièces, ses manuscrits devaient renfermer un grand nombre de variantes. 11 pouvait même, quand il faisait représenter une pièce, bien qu'elle fût déjà imprimée, y apporter des modifications qui, alors, devaient exister dans ses manuscrits. Le Festin de Pierre ayant été suspendu, probablement par ordre, et peut-être à cause de la scène du pauvre, Molière, ne voulant pas perdre tout son travail, dut faire des changements à sa pièce afin de pouvoir la redonner plus tard. Quand Lagrange fit imprimer, il aura pris tout d'abord ce qui lui paraissait le mieux et aura pu se tromper; ensuite, quand la critique arriva, il aura recouru aux manuscrits pour y puiser les changements dont il avait besoin.

LA TROUPE DE MOLIERE.

BARILLONET joua le rôle d'uN Amour dans Psyché, aux Tuileries, en janvier 1671 : cet enfant était probablement le fils de l'actrice suivante.

BARILLONET (madame). On ne possède sur cette actrice que des hypothèses; mais comme elles concourent toutes au même but, on la comprend, à titre de renseignement, dans la troupe de Molière.

CONJECTURES.

I. — Un paquet d'environ cinquante portraits d'acteurs en costumes de théâtre, dessinés à la plume, porte l'indication que ces acteurs étaient de la troupe de Molière. Les noms de ces acteurs sont en effet connus pour avoir figuré dans cette troupe à Paris, sauf Mme Barillonet, dont il n'a jamais été fait mention. Tous ces dessins étant du même genre, de la même main, à peu près du même format et sur un même papier peu épais, semblent provenir d'un carnet de poche que l'on aurait découpé. On croit donc pouvoir supposer que l'auteur de ces dessins avait ses entrées au théâtre de Molière, qu'il en dessinait les acteurs qu'il connaissait, et, par conséquent, que Mme Barillonet faisait partie de ce théâtre. Ce paquet a été vendu comme venant du chevalier de Mouhy; il contient sept portraits de Mme Barillonet.

II. — Il est d'usage au théâtre, quand on doit faire paraître des enfants, de les prendre dans les familles dont les intérêts sont liés à ceux de la troupe. C'est ainsi que Molière faisait jouer les enfants des

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