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Un jour son cocher et son laquais furent battus par ceux d'un grand seigneur, avec lequel il vivait dans cette familiarité que la plupart des courtisans permettaient alors aux comédiens. « Monsieur « le marquis (lui dit-il), vos gens ont maltraité les miens, je vous en demande justice. » Et comme il revint plusieurs fois à la charge en se servant toujours des mêmes termes, vos gens et les miens, ce seigneur, impatienté de la réclamation et choqué du parallèle, lui répondit : « Hé! mon pauvre Baron, que veux-tu que je dise ? De « quoi diable aussi t'avises-tu d'avoir des gens ! »

Une autre fois, se trouvant au jeu avec un prince du sang qui l'honorait de son estime et de son amitié : Va pour cinquante louis, mons de Conti, dit-il; Tope à Britannicus, répond le prince, en faisant allusion au rôle que Baron avait joué la veille.

Racine lisait une de ses pièces aux comédiens, et Baron s'étant avisé d'en dire son sentiment d'une manière peu convenable, l'auteur lui ferma la bouche en lui répliquant : « Baron, je vous ai fait « appeler à l'assemblée pour prendre un rôle dans ma pièce et non « pas pour me donner des conseils. »

Baron passe pour avoir composé onze comédies; malheureusement il s'en trouve trois dont on lui conteste la propriété, mais sans preuve à l'appui; voici les pièces : le Rendez-vous des Tuileries, le 3 mars 1685, est tombé après dix représentations; les Enlèvements, 6 juillet 1685, huit représentations; l'Homme à bonnes fortunes, 30 janvier 1686, vingt-trois représentations; la Coquette, 18 décembre 1686, vingt-cinq représentations; le Jaloux, 17 décembre 1687, quatorze représentations; les Fontanges maltraitées, 13 mai 1689, seize représentations; la Répétition, 10 juillet 1689, onze représentations; le Débauché, 16 décembre 1689, onze représentations : cette pièce n'étant pas dans les euvres de Baron, on présume qu'il n'en est pas l'auteur. LAndrienne, 16 novembre 1703, très-grand succès; les Adelphes, 3 janvier 1705, sept représentations : on attribue ces deux dernières pièces au père Delarue. Enfin l'Ecole des Pères, trouvée dans les papiers de Baron après sa mort.

Voici les rôles connus pour avoir été joués par Baron : DOMITIAN dans Bérénice, de P. Corneille, le 28 novembre 1670; NÉRon dans Britannicus, 21 décembre 1670; L'AMOUR dans Psyché, aux Tuileries, en janvier 1671; OCTAVE dans les Fourberies de Scapin, 24 mai 1671; UN BERGER dansant dans la pastorale de la Comtesse d'Escarbagnas , à Saint-Germain-en-Laye, le 2 décembre 1671; ARISTE dans les Femmes savantes ; Alceste dans le Misanthrope,

24 janvier 1673: il remplaçait alors Molière. ACHILLE dans Iphigénie de Racine, 13 décembre 1674; LE COMTE D'Essex, de T. Corneille, en janvier 1678; ALAMIR dans Zaïde de La Chapelle, 26 janvier 1681; PYLADE dans Oreste de Leclerc, 10 octobre 1681; AJAX de La Chapelle, 27 décembre 1684; ANDRONIC, 8 janvier 1685; ALCIBIADE de Campistron, 28 décembre 1685; MONCADE dans l'Homme à bonnes fortunes, 30 janvier 1686; ERASTE dans la Coquette, 28 décembre 1686; RÉGULUS de Pradon, 4 janvier 1688; ANNIBAL de Riuperoux, 5 novembre 1688; TIRIDATE de Campistron, 12 février 1691 ; HORACE dans l'Ecole des Femmes; HORACE dans les Horaces de P. Corneille; POMPÉE dans Sertorius; OEDIPE de P. Corneille; Don SANCHE D'ARAGON; NICOMÈDE; LADISLAS dans Venceslas, en 1691 : ce rôle fut le dernier qu'il joua à sa première retraite.

JOAD, dans Athalie, joué trois fois à la cour en 1702; JOSEPH de l'abbé Genest, joué à Clagny, en février 1706; ARNOLPHE dans l'Ecole des Femmes, au Théâtre-Guénégaud, en 1716.

CINNA, repris le 10 avril 1720, fut son rôle de rentrée; ANNIBAL de Marivaux, 16 décembre 1720; CARDÉNIO dans les Folies de Cardénio, à la cour, le 30 décembre 1720; MISAEL dans les Macchabées de Lamotte, 6 mars 1721; ASSUÉRUS dans Esther, 8 mai 1721; ACOMAT dans Bajazet, 8 juillet 1721; SCÉVOLE de Duryer, 18 juillet 1721; JUPITER, repris le 11 septembre 1721, et AMPHITRYON, dans la pièce de ce nom; XIPHARÈS, et MITHRIDATE repris le 15 septembre 1721, dans Mithridate; RODRIGUE, et Don DIÈGUE repris le 13 octobre 1721, dans le Cid; CRÉON, repris le 17 octobre 1721, dans la Thébaïde de Racine; THIESTE dans Egiste de Séguineau, 18 novembre 1721; Tatius dans Romulus de Lamotte, 8 janvier 1722; CÉSAR, repris en août 1722, dans la Mort de Pompée; ULYSSE, repris à la fin d'août 1722, dans Pénélope de l'abbé Genest; ANTIOCHUS, repris le 2 oCtobre 1722, dans Rodogune; CAMBISE dans Nitétis de Danchet, 12 février 1723; ALPHONSE dans Inès de Castro, 6 avril 1723 ; HÉRODE dans la Mariamne de Voltaire, 6 mars 1724; DORANTE, repris en mars 1724, dans le Menteur; AGAMEMNON dans Iphigénie, 3 juillet 1724; SÉVÈRE, repris le 26 décembre 1724, dans Polyeucte; HÉRODE dans la Mariamne de l'abbé Nadal, 15 février 1725; PALÉMON dans OEdipe de Lamotte, 18 avril 1726; GLAUCIAS dans Pyrrhus de Crébillon, 11 mai 1726 ; MONTAN dans Pastor fido, 7 septembre 1726; PAMPHILE, puis Simon en décembre 1726, dans lAndrienne; PYRRHUS, repris en janvier 1728, dans Andromaque ;Phocas dans Héraclius, de P. Corneille, en janvier 1728; BURRHUS, repris en juillet 1728, dans Britannicus ; VENCESLAS, le 3 septembre 1729, qui fut son dernier rôle. Etant arrivé au vers :

Si proche du cerceuil, où je me vois descendre,

il fut obligé de s'arrêter; soit qu'alors il se sentit oppressé par son asthme, soit plutôt par une triste réflexion sur son grand âge que ce vers lui rappelait, il se trouva mal; on fut obligé de l'emporter du théâtre, et son rôle fut achevé par Dumirail. Suivant trois anciens dessins, Baron aurait encore joué : ARGANTE dans les Fourberies de Scapin ; ARGAN dans le Malade imaginaire, et MONSIEUR JOURDAIN dans le Bourgeois Gentilhomme.

CONJECTURES.

J. — L'ancienne tradition dit que Baron, du Théâtre-Français, était fils de Michel Boyron, comédien de l'hôtel de Bourgogne; tandis que son acte de baptême fait voir qu'il était fils d’André Boyron, bourgeois de Paris : il s'agit maintenant d'examiner si ces deux versions ne pourraient pas s'accorder.

Baron, du Théâtre-Français, vécut jusqu'à soixante-seize ans; pendant cette longue carrière, il fut très-considéré, recherché dans le · monde et lié avec les hommes les plus distingués de son époque : il serait donc bien étonnant que l'on ait pu se méprendre sur son origine, d'autant plus qu'à sa mort son acte de baptême fut exhibé par ses héritiers, et qu'il ne donna lieu qu'à une seule restriction sur son âge que l'on croyait plus avancé; s'il y avait eu occasion d'en apporter encore à l'égard de son père, il est probable que l'on en aurait fait mention, et, puisque l'on n'a rien dit à ce sujet, on croit pouvoir en conclure que l'opinion admise devait être une vérité.

Au temps dont il s'agit on mettait une négligence extrême dans la désignation des noms et dans les signatures; on en voit des exemples dans les actes où les Béjart ont figuré: Béjart cadet, en deux endroits, est désigné Louis Béjart et Béjart l'Eguisé; sa s@ur prend les noms de Madeleine-Grésinde et de Marie-Madeleine; Mme Molière, qui avait quatre prénoms, ne les prit jamais tous ensemble ; elle s'en donnait un ou deux, et tantôt l'un, tantôt l'autre. Il est donc possible que Michel Boyron, de l'hôtel de Bourgogne, ait encore porté le nom d'André et qu'il se soit donné ce seul nom dans l'acte de baptême de son fils. Le nom de sa femme étant inconnu, elle pouvait se nommer Jeanne Auson. Le titre de bourgeois de Paris, que

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l'on donne au père de Baron, du Théâtre-Français, pouvait convenirs à Boyron, de l'hôtel de Bourgogne, tout aussi bien que celui de comédien, puisqu'il habitait Paris depuis fort longtemps (au moins seize ans). L'hôtel de Bourgogne était situé rue Mauconseil; Boyron, de l'hôtel de Bourgogne, pouvait fort bien demeurer sur la paroisse Saint-Sauveur qui en était tout proche. Enfin, on dit que Baron, après la mort de ses parents, fut mis en pension à Villejuif jusqu'au moment où il s'engagea dans la troupe de Raisin; c'est encore possible: Boyron, de l'hôtel de Bourgogne, mourut en 1655; sa femme, en 1662, et Baron s'engagea en 1664 ; il aurait donc pu rester deux ans à Villejuif. Du reste, on fera remarquer qu'au temps dont il s'agit, on ne donnait qu'un seul nom de baptême à chaque enfant; que si quelques personnes en avaient plusieurs, c'est qu'elles s'étaient ajouté un nom d'emprunt; d'où il résulte que Boyron, de l'hôtel de Bourgogne, pouvait se nommer réellement André et avoir pris, par fantaisie, celui de Michel; ou bien encore que les historiens auront pu le lui donner par erreur en faisant confusion avec le célèbre Baron.

On conclut de toutes ces observations que l'ancienne tradition ne doit pas être abandonnée, puisque, d'une part, les registres de l'église seuls la condamnent, qu'ils étaient tenus avec beaucoup de négligence, et que, de l'autre part, les historiens ont pu tomber dans l'erreur; quant à décider si Boyron se nommait Michel ou André, c'est ce que l'on ne pourra pas faire sans doute de longtemps; mais le nom d'André paraît le plus probable, puisqu'il fut donné par Boyron lui-même, et que Michel ne nous est parvenu que par tradition,

II. – Deux anciens dessins portent à croire que Boyron, de l'hôtel de Bourgogne, avait un fils beaucoup plus âgé que Baron, du Théâtre-Francais. L'un de ces dessins fait partie de la pièce de Psyché, dont il sera parlé à l'article de Mme Hervé, et qui, selon toute probabilité, aurait été jouée à Rouen en 1658. A cette époque aucun des acteurs connus sous le nom de Baron n'était au théâtre : Boyron, l'ancien, mourut en 1655; en 1658, Baron, du Théâtre-Français, avait cinq ans; or, le Baron de Rouen remplissait, dans la pièce de Psyché, le rôle de PALÉMON, dieu d’un fleuve : c'était donc un homme fait. Le second dessin est une caricature : deux personnages y sont représentés sur la même feuille; l'un désigné Baron père, l'autre Baron fils. A aucune époque des anciens temps deux Baron, des quatre que nous connaissons, ne furent ensemble au théâtre. Boyron, de l'hôtel de Bourgogne, mourut en 1655; le célèbre Baron débuta en 1670 et se retira en 1691; son fils, Etienne Baron, débuta en 1695 et mourut en 1711; Baron, du Théâtre-Français, rentra en 1720 et mourut en 1729; enfin, son petit-fils, François Baron, ne parut qu'en 1741 : il fallait donc qu'il existât un cinquième Baron dont on n'aura jamais parlé. Maintenant, comme le profil de Baron père, sur le deuxième dessin, donne un nez courbe, et que Boyron, de l'hôtel de Bourgogne, l'avait ainsi, tandis que les trois autres Baron avaient le nez droit; on en conclut que ce dessin se rapporte au premier des quatre Baron dont l'autre personnage était fils. Peut-être ce fils, s'il a existé, aura-t-il été confondu avec le célèbre Baron; ce qui aura fait dire que ce dernier avait été élevé sur les planches, qu'en 1658 il était de la troupe de Molière, et qu'en 1663 il se faisait déjà remarquer : on observera que la date de 1658 est justement celle du premier dessin dont on vient de parler, appartenant à la pièce de Psyché. Enfin, on voit que ces trois faits, que l'on a regardés jusqu'à ce jour comme étant de grossières erreurs, semblent à présent pouvoir s'expliquer. Boyron père eut seize enfants.

BEAUPRÉ (Mlle Marotte), qui sans doute s'appelait Marie, était la nièce de Mlle Beaupré, du Théâtre de l'Hôtel-de-Bourgogne, qui fut, dit-on, une des premières femmes qui parurent sur la scène. Suivant toute probabilité, Mile Marotte entra au Théâtre du Marais à Pâques 1659. Le 29 juin 1663, elle joua dans l'École des Femmes, au Théâtre du Palais-Royal, très-probablement en remplacement de Madeleine Béjart, qui était indisposée, et il est encore possible qu'elle ait joué dans d'autres pièces, et que Molière l’ait employée quand il avait besoin d'une actrice de supplément, car elle joua plusieurs fois : il la payait à la représentation et lui fournissait les costumes.

En 1670, à la clôture de Pâques, Mlle Marotte entra définitivement dans la troupe du roi, d'où elle se retira en 1672. En quittant Molière on peut croire qu'elle retourna au Théâtre du Marais; car Chapuzeau comprend une demoiselle Beaupré au nombre des actrices de ce théâtre qui se retirèrent en 1673, quand on le ferma; cette actrice ne pouvait être la tante de Marotte, car elle aurait eu alors au moins soixante-cinq ans; ni sa sœur, dont on n'a jamais parlé. Mlle Marotte était très-jolie et pucelle au par-dessus, si l'on s'en rapporte à Robinet. Elle remplissait les troisièmes rôles de la tragédie et les rôles de caractère de la comédie, tels que : GEORGETTE

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