페이지 이미지
PDF
ePub

Jeanne Olivier Bourguignon, dont il eut Louise Pitel et vingt-sept autres enfants : nombre fabuleux! Beauval était un fort honnête homme, très-aimé de ses camarades et bon père de famille. Il jouait les rôles de niais avec un grand succès, ceux de valets, et, après Hubert, les rôles d'hommes travestis en femmes, tels que : BOBINET dans la Comtesse d'Escarbagnas, à Saint-Germain-en Laye, le 2 décembre 1671; Vadius dans les Femmes savantes; Thomas DIAFOIRUS dans le Malade imaginaire. Le 12 décembre 1696, il joua dans Polymnester, tragédie, mais on ignore le rôle qu'il y remplit. Enfin, suivant deux anciens dessins, il aurait encore joué un ESPAGNOL chantant dans le Bourgeois gentilhomme, et CHRYSALE dans les Femmes savantes.

CONJECTURES.

D'après trois portraits, il aurait existé au Théâtre-Francais un acteur du nom de Beauval, et du commencement du règne de Louis XV: il ne ressemblait nullement de figure à Jean Pitel, mais il est probable que c'était un de ses fils. On a en outre des portraits d'un acteur et d'une actrice, intitulés Monsieur et madame Beauval, qui jouaient à Rouen, en 1658, avec Molière; peut-être étaient-ce le père et la mère de Jean Pitel.

BEAUVAL (Jeanne Olivier BOURGUIGNON, madame), naquit en Hollande vers 1647, et fut exposée, étant très-jeune, à la porte d'une église. Ayant été recueillie et élevée par une blanchisseuse jusqu'à l'âge de dix ans, Filandre, chef d'une troupe qui jouait en Hollande et en Flandre, l'adopta, et la fit débuter dans de petits rôles dont elle s'acquittait fort bien. Ayant suivi ce directeur en France, elle joua à Rouen en 1667. Ayant été ensuite à Lyon, Mlle Bourguignon quitta Filandre pour passer dans la troupe de Paphetin, qui l'adopta de nouveau. Ce fut l'intérêt seul qui motiva ce changement; et, en quittant son premier père adoptif, Mlle Bourguignon ne lui témoigna pas la moindre marque de reconnaissance : ce qui ne fut pas le plus beau trait de sa vie.

A Lyon, elle épousa, en 1669, Jean Pitel de Beauval, moucheur de chandelles de la troupe de Paphetin, malgré l'opposition de ce dernier : ce mariage se fit d'une manière assez singulière. Paphetin avait obtenu de l'archevêque, la défense, à tous les curés de son diocèse, de marier les deux personnes dont il s'agit. Mlle Bourguignon se rendit un dimanche à sa paroisse avec Beauval, qu'elle fit cacher sous la chaire où le curé faisait le prône. Quand ce dernier eut fini, elle se leva et déclara, qu'en présence de l'église et des assistants, elle prenait Beauval pour son légitime époux; Beauval alors, se montra, fit une déclaration analogue, et, par suite de cet éclat, on fut obligé de les marier. Beauval, en l'épousant, avait promis de lui être toujours soumis, et il tint parole.

En 1670, environ deux mois après Pâques et à peine un an après son mariage, Mme Beauval entra dans la troupe du roi. Louis XIV, la première fois qu'il la vit, dit à Molière de lui retirer le rôle qu'il lui avait donné; mais sur les instances de ce dernier, le roi, ayant consenti à la voir une seconde fois, changea d'avis.

Après la mort de Molière, à Pâques 1673, Mme Beauval passa à l'hôtel de Bourgogne, et fut conservée, le 25 août 1680, à la réunion des deux théâtres. A la clôture de 1704, elle prit sa retraite ; mais elle reparut encore depuis lors sur la scène, dans les fêtes de Sceaux. Morte le 20 mars 1720, âgée de soixante-treize ans.

Mme Beauval était grande, bien faite, mais nullement jolie; sa voix, un peu aigre, devint enrouée vers la fin de sa carrière théâtrale. Elle avait un esprit naturel qui lui tenait lieu de l'éducation qu'elle n'avait pas reçue dans sa jeunesse; à peine savait-elle lire, et encore elle ne pouvait lire que l'écriture de son mari. Elle fut toujours trèsexacte à remplir son service ; elle ne s'absentait jamais que pour faire ses couches, qui furent nombreuses et qui l'empêchaient de jouer, chaque fois, seulement pendant dix à douze jours. Elle était difficile à vivre, même dans sa maison ; d'un caractère altier, dominant, capricieux, et n'était aimée de personne: Mlle Duclos ayant reçu l'ordre de la doubler, de dépit, elle quitta le théâtre et elle le fit quitter en même temps à son mari.

Mme Beauval jouait les soubrettes de la comédie et les reines de la tragédie, telles que : Nicole dans le Bourgeois gentilhomme, à Chambord, le 14 octobre 1670; DOMITIE dans Bérénice de P. Corneille, 28 novembre 1670; CYDIPPE dans Psyché, aux Tuileries, en janvier 1671; ZERBINETTE dans les Fourberies de Scapin; JULIE dans la Comtesse d'Escarbagnas, à Saint-Germain-en-Laye, le 2 décembre 1671; MARTINE dans les Femmes savantes; TOINETTE dans le malade imaginaire; JUNIE dans Scevole, de Duryer, à l'hôtel de Bourgogne; FATIME dans Zaïde de La Chapelle, à Guénégaud, le 26 janvier 1681; ORITHIE dans Oreste de Boyer, 10 octobre 1681; ANGÉLIQUE dans l'Amante amant, rôle à travestissement, le 2 août 1684 (très

[merged small][merged small][ocr errors][merged small]

probablement); MARTon dans l'Homme à bonnes fortunes, 30 janvier 1686; JUSTINE dans le Flatteur de J.-B. Rousseau, 24 novembre 1686 ; MARTON dans la Coquette de Baron, 28 décembre 1686; et dans le prologue de cette pièce elle jouait, sous son propre nom, un rôle dans lequel son caractère était dépeint avec assez de naturel ; LA SERVANTE, dans le Veau perdu, le 22 août 1689; CATEAU dans le Grondeur en 1691; MARINE dans le muet, 22 juin 1691; JAVOTTE dans les Saturnales, 7 janvier 1693; NÉRINE dans le Joueur, 19 décembre 1696; LISETTE dans le Distrait, 2 décembre 1697; PULCHÉRIE dans Athénaïs, 11 décembre 1699 ; CLÉANTHIS dans Démocrite amoureux, 12 janvier 1700 ; Nitocris dans Amasis, 13 décembre 1701; FROSINE dans le Double veuvage, 8 mars 1702; Mysis dans lAndrienne, 16 novembre 1703; LISETTE dans les Folies amoureuses, 15 janvier 1704 ; et dans le prologue de cette même pièce, elle se joua elle-même, sous son propre nom, en y mettant en évidence tout son mauvais caractère : il est même étonnant qu'elle ait consenti à jouer ce rôle qui fut le dernier qu'elle créa. D'après trois anciens dessins, elle aurait encore représenté : UNE FEMME DU BEL AIR dans le Bourgeois gentilhomme; ANGÉLIQUE dans le Malade imaginaire, et BÉLISE dans les Femmes savantes.

On cite encore Mme Beauval comme ayant rempli le rôle de GEORGETTE dans l'Ecole des Femmes en 1662; mais il est probable que l'on a commis une erreur de date, puisqu'elle n'entra dans la troupe de Molière qu'en 1670; à moins qu'elle n'y ait débuté à deux reprises différentes sans qu'on en ait fait mention : il paraît plus certain que ce fut Madeleine Béjart qui joua ce rôle en 1662; Mme Beauval aura pu le jouer plus tard.

BEAUVAL (Mademoiselle Louise Pitel de), fille de Jean Pitel et de Jeanne-Olivier Bourguignon, joua le rôle de Louison, dans le Malade imaginaire, le 10 janvier 1673; mais son début en forme n'eut lieu qu'à la fin de 1684. Elle se retira du théâtre, le 3 avril 1718, en même temps que son mari, Pierre Tronchon de Beaubourg, et mourut le 11 juin 1640, âgée de soixante-quinze ans. Elle avait épousé en premières noces, vers l'époque de ses débuts, Jacques Bertrand; en secondes noces, François Deshayes; et son troisième mariage eut lieu vers 1691. Elle jouait les premiers rôles comiques et principalement les confidentes; mais c'était une actrice très-médiocre et laide. Vu le rôle qu'elle remplit dans le Malade imaginaire, il est probable que le nom de Louison était celui qu'on lui donnait en

famille : Molière faisait jouer quelquefois les acteurs sous leur propre

nom.

BÉJART (Jacques), le nom s'écrivait Beiart, naquit à Paris, paroisse Saint-Méry, le 15 février 1622. En 1637, il joua d'abord en Provence, en Languedoc, avec sa seur Madeleine Béjart, et revint avec elle à Paris, où ils formèrent la troupe de société dite l'Illustre Théâtre, qui dura jusqu'en 1653. A cette époque il suivit Molière, qui en devint le chef, en Provence, en Languedoc et au théâtre du Petit-Bourbon.

Béjart aîné tomba malade le 11 mai 1659, et mourut le 21 du même mois; il était bègue et jouait les rôles sérieux de la comédie, tels que: PANDOLPHE dans l'Etourdi; ERASTE dans le Dépit amoureux.

BÉJART (Louis) surnommé l'Eguisé, très-célèbre acteur, naquit à Paris, paroisse Saint-Méry, le 4 décembre 1630. En 1645-1646, il débuta à lIllustre Théâtre qui s'établit aux fossés de la tour de Nesle, et qui cessa ses représentations à la Croix-Blanche en 1653. Il fit ensuite partie de la troupe de Molière en province, au théâtre du Petit-Bourbon en 1658, et, en 1661, au théâtre du Palais-Royal, d’où il se retira à Pâques le 16 avril 1670. Mort le 29 septembre 1678. Il était boiteux par suite d'une blessure fortuite reçue, en 1668, sur la place du Palais-Royal; il était brave et avait beaucoup de présence d'esprit : c'était un acteur fort distingué. Il jouait les rôles de valets, ceux de pères et les troisièmes rôles tragiques, tels que : ANSELME dans l'Etourdi; VALÈRE dans le Dépit amoureux; BÉJART, dans lImpromptu de Versailles, le 14 octobre 1663; ALCANTOR dans le Mariage forcé, au Louvre, le 29 janvier 1664; L'HIVER dans les Plaisirs de l'Ile enchantée, à Versailles, le 7 mai 1664 ; THÉOCLE dans la Princesse d'Elide, à Versailles, le 8 mai 1664; Emon dans la Thébaïde de Racine, 20 juin 1664; Don Louis dans le Festin de Pierre; DuBois dans le Misanthrope; LAFLÈCHE dans l'Avare ; MADAME PERNELLE dans le Tartufe, 5 février 1669; ORONTE dans Monsieur de Pourceaugnac, à Chambord, le 6 octobre 1669. Enfin, suivant cinq anciens dessins, il aurait encore joué Don PÈDRE et Hali dans le Sicilien , JUPITER dans Amphitryon, MONSIEUR Loyal dans le Tartufe, et SBRIGANI dans Monsieur de Pourceaugnac en 1670. A la retraite de Béjart cadet, ses camarades lui assurèrent une pension de 1,000 livres: ce fut la première que la troupe de Molière établit à l'exemple de celles que l'on donnait aux acteurs de l'hôtel de Bourgogne.

BÉJART (Mademoiselle Madeleine), l'aînée de sept enfants connus par leurs actes de naissance, naquit à Paris, paroisse Saint-Paul, le 8 janvier 1618; elle était fille de Joseph Béjart, procureur au Châtelet, ensuite huissier du roi ès-eaux et forêts, et de Marie Hervé, son épouse. En 1637, elle s'engagea, avec son frère Jacques, dans une troupe qui joua, jusqu'en 1645, en Provence et en Languedoc. Ce fut dans la première de ces provinces qu'elle épousa secrètement, dit-on, Esprit de Raymont de Mormoiron, chevalier, seigneur de Modène, ensuite comte de Modène, qui était né, le 19 novembre 1608, à Sarrians près d'Avignon. Ce mariage est invraisemblable puisque Madeleine resta comédienne; de plus, selon toute apparence, Monsieur de Modène était alors marié; et s'il ne l'était pas, il se serait marié plus tard : or, s'il eût existé un mariage caché, c'était un obstacle. On vient de mettre en doute l'époque du mariage de Monsieur de Modène par les raisons que voici :

D'une part, le marquis de Fortia d’Urban, né à Avignon, écrivain consciencieux, auteur d'un grand nombre d'ouvrages concernant principalement son pays, a donné l'histoire du comte Esprit de Modène son compatriote. Par cette histoire, on voit que l'auteur fut en position de consulter des documents inédits et même les archives de la famille de Modène (il avait épousé la fille du comte de Modène). Dans cette histoire, M. de Fortia dit que la première femme du comte Esprit de Modène étant morte, des suites d'une couche qu'elle eut en 1630, son mari se remaria peu de temps après, par déférence pour son père qui mourut le 25 août 1632. Ainsi à cette dernière date, le second mariage de M. de Modène avait eu lieu.

D'une autre part, une généalogie de la famille de Modène, mise en tête des æuvres du comte de Modène, dit que ce second mariage se fit en 1666. Comme on le voit, ces deux renseignements sont loin d'etre d'accord; mais la généalogie dont il s'agit n'étant qu'une trèslongue nomenclature de noms et de dates qui, sur plusieurs points, est en désaccord avec l'ouvrage de M. de Fortia, on peut croire qu'elle fut tout simplement copiée, par l'éditeur de Paris, sur un document dont on ne se sera pas occupé de vérifier l'exactitude; et que peutêtre on aura négligé de s'assurer avec assez de soin si la copie ne renfermait pas des fautes de typographie : d'où on pense que la date de 1666 ne peut inspirer aucune confiance, et que l'on doit s'en rapporter entièrement à M. de Fortia, qui, du reste, cite la seconde femme du comte de Modène à l'occasion de plusieurs faits arrivés ayant 1666. On fera encore remarquer que M. de Modène, en 1666,

« 이전계속 »