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avait cinquante-huit ans; que sa femme, selon toute apparence, n'en avait pas beaucoup moins, puisqu'elle mourut environ deux ans après son mari, et qu'à cet âge on se marie rarement : on insiste sur l'époque de ce second mariage, parce qu'elle est importante pour la biographie de Mme Molière, ainsi qu'on le verra à l'article de cette actrice.

Quoi qu'il en soit, Madeleine Béjart eut de M. de Modène une fille nommée Françoise, née à Paris, rue Saint-Honoré, paroisse SaintEustache, le 3 juillet 1638. Cette fille fut reconnue par son père, dans son acte de baptême en marge duquel il est écrit : Françoise, illégitime. Elle eut pour parrain Gaston de Modène, fils d'Esprit de Modène, représenté par Jean-Baptiste de l'Hermite, sieur de Vauselle, beau-père de M. de Modène; et pour marraine, Marie Hervée, mère de Madeleine.

Madeleine revint ensuite à Paris, toujours avec son frère ; ils jouèrent d'abord la comédie en société; puis, en 1645, ils établirent un théâtre dont elle était la directrice, d'abord aux fossés de la tour de Nesle, ensuite au port Saint-Paul, et auquel le public donna le titre de l'Illustre Théâtre : ce titre lui fut mérité parce qu'il se composait d'une société d'amateurs qui jouaient d'abord gratis ; ce ne fut qu'au bout d'un certain temps, en 1650, suivant les frères Parfaict, que le public commença à payer. Molière faisait partie de cette société.

En 1646, cette troupe partit pour la province et revint à Paris, au commencement de 1650, où elle organisa un nouveau théâtre qui cessa ses représentations à la Croix-Blanche en 1653. A cette époque, Madeleine Béjart s'arrangea avec Molière, qui devint le chef de la troupe dans laquelle Madeleine Béjart demeura l'associée de Molière ; ainsi qu'on l'a vu à l'article de ce dernier, par l'affaire d'intérêt qui se traita à Narbonne le 3 mai 1656.

Morte à Paris, le 17 février 1672, étant encore attachée au théâtre, et inhumée à Saint-Paul. Elle fut auteur de Don Quichotte, comédie dans laquelle Molière entrait en scène monté sur un âne. Un jour qu'on la représentait, en 1670, Molière attendait dans la coulisse pour paraître au moment convenable ; mais l'âne, qui ne savait pas son rôle, voulut entrer plus tôt qu'il ne le fallait. Molière fit tous ses efforts pour le retenir, il appelait : « Baron! Laforêt ! « à moi, ce maudit âne veut entrer ! » Laforêt se trouvait dans la coulisse du côté opposé, et, ne pouvant traverser la scène, riait de tout son ceur de voir l'embarras dans lequel son maître se trouvait. Enfin, destitué de tout secours, et désespérant de vaincre l'opiniâtreté de l'animal, Molière se cramponne aux ailes du théâtre, et laisse glisser l'âne entre ses jambes, pour aller faire telle scène qu'il jugerait à propos.

Madeleine était une actrice de beaucoup de talent; elle jouait les rôles de soubrettes dans la comédie et les reines de la tragédie, tels que : MARINETTE dans le Dépit amoureux; MAROTTE dans les Précieuses ridicules; LA SUIVANTE DE CLÉlie dans le Cocu imaginaire; Elise dans Don Garcie ; LISETTE dans l'Ecole des maris, à Vaux, le 12 juin 1661; GEORGETTE dans l'Ecole des femmes; Mlle BÉJART dans lImpromptu de Versailles, 14 octobre 1663; la 1re BOHÉMIENNE dans le Mariage forcé, au Louvre, le 29 janvier 1664; Philis dans la Princesse d'Elide, à Versailles, le 8 mai 1664; Jocaste dans la Thébaïde de Racine, 20 juin 1664 ; CLÉANTHis dans Amphitryon; FROSINE dans lAvare; DORINE, dans le Tartufe, le 5 février 1669; NÉRINE dans Monsieur de Pourceaugnac, à Chambord, le 6 octobre 1669; CLÉOMÈNE dans les Amants magnifiques, à SaintGermain-en-Laye, le 7 septembre 1670. Suivant deux anciens dessins, on peut ajouter : MADAME JOURDAIN dans le Bourgeois gentilhomme, et la Nuit dans le prologue d’Amphitryon. Enfin, d'après Tallemant des Réaux, en 1645, à lIllustre Théâtre, elle joua avec beaucoup de succès EPICHARis dans la Mort de Sénèque, de Tristanl'Hermite ; et, d'après la dédicace et l'argument d’Andromède, de P. Corneille, elle aurait représenté VÉNUS dans cette tragédie, en 1650-1651, au théâtre du Petit-Bourbon ?

BONNEAU (Mademoiselle) joua le rôle d'ANDRÉE, suivante, dans la Comtesse d'Escarbagnas, à St-Germain-en-Laye, le 2 décembre 1671.

BOULONNOIS joua le rôle de Jeannot dans la Comtesse d'Escarbagnas, à Saint-Germain-en-Laye, le 2 décembre 1671.

BRECOURT (Guillaume MARCOUREAU, sieur de). On pense qu'il était Hollandais ; que Filandre ayant cru lui voir des dispositions pour le théâtre, le prit avec lui; qu'il lui fit apprendre le français, et qu'il l'amena en France, étant encore fort jeune, où il joua dans différentes troupes de province. D'après les dessins de la pièce de Psyché, dont il sera parlé à l'article de Mme Hervé, on voit que Brécourt faisait partie de la troupe de Molière à Rouen en 1658; il la suivit au théâtre du Petit-Bourbon; et, vers le milieu de l'année

1660, il entra au théâtre du Marais. Cette mème année, pendant qu'il était attaché à ce dernier théâtre, ayant eu le malheur, par emportement, de tuer un cocher, il se réfugia en Hollande, où il joua dans la troupe francaise du prince d'Orange. Là, s'étant chargé d'enlever un réfugié, entreprise dans laquelle il échoua, et ne se trouvant plus en sûreté à l'étranger, Louis XIV, en récompense de la bonne volonté qu'il avait montrée, lui accorda sa gràce. Brécourt alors revint à Paris et rentra au théâtre du Marais.

En juin 1662, il passa dans la troupe de Monsieur, où il était encore le 29 janvier 1664. Ensuite, s'étant brouillé avec Molière, il alla, à Pâques de la même année, au théâtre de l'hôtel de Bourgogne, où il resta jusqu'au commencement de 1674. Alors, il est probable qu'à Pàques de cette dernière année, il le quitta pour aller jouer en Allemagne, puisqu'il y fit imprimer une comédie; et, ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'était plus à l'hôtel de Bourgogne en 1680. En 1682, il entra au théâtre Guénégaud. Mort le 27 février 1685, par suite d'une veine qu'il s'était rompue en jouant le rôle de Timon dans la pièce de ce nom dont il était l'auteur. Il fit encore six autres comédies que voici : la Feinte Mort de Jodelet, donnée au théâtre du Petit-Bourbon, en 1660; lu Noce de village, à l'hôtel de Bourgogne, en 1666; le Jaloux invisible, au même théâtre et la même année; l'Infante Salicoque, même théâtre, en 1667 ; l'Ombre de Molière, toujours à ce même théâtre, en 1674; le Régal des Cousins et des Cousines, comédie imprimée à Francfort, en 1674. Timon fut joué au théâtre Guénégaud en 1684.

En 1678, Brécourt, se trouvant à la chasse à Fontainebleau, fut attaqué par un sanglier qui l'atteignit à la botte et le tint pendant quelque temps en échec; il parvint cependant à lui enfoncer son épée dans le corps jusqu'à la garde et le tua raide; Louis XIV, qui était présent, lui fit compliment sur son courage, et, le soir, il raconta cette action devant toute la cour en assurant qu'il n'avait jamais vu donner un aussi vigoureux coup d'épée.

Brécourt fut un très-grand comédien; Louis XIV disait qu'il ferail rire une pierre. Il jouait des rôles de toute sorte, comiques, sérieux, tragiques, tels que : JODELET dans les Précieuses ridicules, 1659; Alain dans l'Ecole des Femmes; DORANTE dans la Critique de l'Ecole des Femmes; BRÉCOURT dans lImpromptu de Versailles, 14 octobre 1663; PANCRACE dans le Mariage forcé, au Louvre, le 29 janvier 1664; TAXILE dans Alexandre, à l'hôtel de Bourgogne, en décembre 1665; Colin dans la Noce de village; LE CYNIQUE dans les Poëtes, sixième entrée du ballet des Muses, à Saint-Germain--enLaye, le 2 décembre 1666; ANAXANDRE dans Laodice, à l'hôtel de Bourgogne, en février 1668; BRITANNICUS, au même théâtre, le 13 décembre 1669; SYLVESTRE dans les Fourberies de Scapin, au théâtre Guénégaud; ANTIOCHUS dans Bérénice de Racine; Harpagon dans l'Avare; MONSIEUR DE POURCEAUGNAC.

Brécourt était de moyenne taille, bien facé, mais extrêmement pâle; il aimait le jeu, les femmes et le vin; il était très-brave, mais bretteur; enfin il avait épousé Mlle Etienne des Urlis, comédienne du théâtre du Marais, et qui était seur du comédien des Urlis.

CONJECTURES.

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Sur un portrait, il est écrit: Brécourt le père. Sur plusieurs autres portraits d'acteurs, on trouve: Brécourt fils, Mlle Adélaïde de Brécourt aînée, Mlle de Brécourt cadette. Ces indications portent à croire que Brécourt eut un fils et deux parentes de son nom qui embrassèrent la carrière du théâtre; Brécourt fils jouait sous Louis XV.

Dans une comédie de Pellet-Desbarraux, jouée en 1787 à Toulouse, destinée à célébrer le premier passage de Molière dans cette ville, en 1646, l'auteur met en scène plusieurs acteurs de la troupe de Mlle Béjart. Parmi les personnages de la pièce se trouvent : Molière, Madeleine Béjart, Mlle Brécourt, pupille et élève de Molière, Lagrange, jeune premier de la troupe. A-t-il pris les deux derniers noms au hasard, ou bien avait-il des renseignements à leur égard ? Ce qu'il y a de certain, c'est que le troisième nom se rapporte à l'hypothèse ci-dessus, et le quatrième avec ce que l'on dira de Lagrange à son article : cet acteur étant mort en 1692, dans un âge assez avancé, pouvait déjà jouer en 1646.

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CHATEAUNEUF, le nom s’écrivait Chasteauneuf, acteur de la troupe de Molière, à Lyon en 1653, l'aura sans doute suivie pendant quelque temps; mais, comme il ne figure pas dans les dessins de la pièce de Psyché, jouée à Rouen en 1658, dont on parlera à l'article de Mme Hervé, on peut croire qu'il avait quitté Molière avant cette époque. Toutefois, on le retrouve au théâtre du Palais-Royal en 1664; car on voit, sur le registre du Théâtre-Français de cette année: « Payé à M. Rouan, pour la petite Chateauneuf, 60 livres ; à quoi la société s'est engagée. » Cet acteur, qui était gagisle, représenta :

UN PATRE dans Mélicerte, à Saint-Germain-en-Laye, le 2 décembre 1666 ; LE CAPITAINE DES GARDES dans Amphitryon, le 13 janvier 1668, et, dans Psyché, aux Tuileries en janvier 1671.

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CONJECTURES.

En 1688, le concierge du théâtre Guénégaud se nommait Chateauneuf, la femme de ce concierge était et avait été la confidente intime de Mme Molière, déjà dans le temps de son premier mariage; d'où il paraît certain que ce concierge et l'acteur qui nous occupe n'étaient qu'une même personne. Il est de même possible que A. P. P. de Chateauneuf, ancien comédien de M. le Prince, qui fit représenter à Maëstricht, au commencement de 1663, la Feinte Mort de Pancrace, comédie, ait été ce même homme. Enfin, cet acteur fut encore peutêtre le même que le comédien de province nommé Chateauneuf, qui avait épousé une fille de Duclos, acteur du théâtre du Marais, et qui fut le père de la célèbre Marie-Anne de Chateauneuf, dite Mlle Duclos, rom qu'elle avait pris de son grand-père qui avait eu de la renommée.

CROISAC, gagiste de la troupe de Monsieur, au théâtre du PetitBourbon, dès l'origine, en novembre 1658, fut congédié à Pâques 1659.

DEBRIE (Edme Wilguin, sieur), le nom s'écrivait De Brie, d'abord acteur de province, entra dans la troupe de Molière à Lyon, en 1653, et la suivit jusqu'à Paris. En 1658, il fit partie de la troupe de Monsieur, puis de celle du roi. En 1664, il succéda à Duparc dans ses rôles, et, en 1673, après la mort de Molière, il fut du théâtre Guénégaud. Mort le 9 mars 1676, étant encore attaché au théâtre. Il jouait toute sorte de rôles, mais peu importants, tels que: LA RAPIÈRE dans le Dépit amoureux; ALMANZOR dans les Précieuses ridicules; VILLEBREQUIN dans le Cocu imaginaire; UN COMMISSAIRE dans l'Ecole des Maris, à Vaux, le 12 juin 1661; UN NOTAIRE dans l'Ecole des Femmes; LA RAMÉE dans le Festin de Pierre; UN GARDE DE LA MARÉCHAUSSÉE dans le Misanthrope ; LOYAL dans le Tartufe, 5 février 1669; UN MAÎTRE D'ARMES dans le Bourgeois Gentilhomme, à Chambord, le 24 octobre 1770; LE DIEU D'UN FLEUVE dans Psyché, aux Tuileries, en janvier 1671; NÉRINE en 1671, puis SCAPIN, dans

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