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s'établit à la Croix-Bianche, rue de Bussy. Cette troupe alors joua plusieurs fois chez le prince de Conti, dont Molière avait fait la connaissance au collége; mais ces représentations ne durent pas être nombreuses, attendu que le prince de Conti, arrêté le 17 janvier 1650, mis en liberté le 13 février 1651, quitta Paris au mois de septembre suivant, pour n'y revenir qu'en 1653. Ces représentations ne purent donc avoir lieu que dans un intervalle de six mois.

Cette même année, 1653, de mauvaises affaires ayant forcé la société de l'Ulustre Théâtre à fermer ses portes, Molière s'entendit avec Madeleine Béjart, qui en était la directrice; il forma une troupe qui porta son nom, et partit pour Lyon, où il fit représenter l'Etourdi, la première de ses pièces dont la représentation soit citée. C'est dans cette ville que se formèrent alors ses liaisons avec Mme Debrie, dont l'amitié pour Molière ne se démentit jamais : dans le principe elle n'était que sa confidente.

A la vente de M. de Soleinne on adjugea, au prix de 529 fr., un exemplaire dAndromède, tragédie de P. Corneille, imprimée en 1651, sur lequel était écrit à la plume une distribution de rôles qui, selon toutes les apparences, devait être de la main de Molière. Voici les noms des acteurs qui s'y trouvaient désignés, avec les personnages qu'ils ont dû jouer, et des notes explicatives que l'on y joint entre parenthèses : BÉJART (Jacques) représentait le Soleil et Timante; Mile BÉJART (Madeleine), Andromède et Junon; CHATEAUNEUF (qui fut acteur de la troupe du roi), Phinée ; DEBRIE (Edme Wilquin), Neptune; Mlle DEBRIE (Catherine Leclerc), Aglante, Cymodoce et Vénus; DCFRESNE (Charles), Céphée; DUPARC (Gros-Réné), Jupiter; Mile HERVÉ (Geneviève Béjart), Céphalie, Melpomène et Phorbas ; L'EGUISÉ (Louis Béjart), Mercure et un page; L'ESTANG (Ragueneau de), Chaur de Peuple ; Mlle MAGDELON, Cydippe et Liriope; Mlle MENOU, Ephyre; MOLIÈRE, Persée ; de VAUSELLE, Ammon et Eole; Mile VacSELLE, Cassiope. On voit, d'après cette liste, que certains acteurs ont dû remplir chacun plusieurs rôles, ce qui prouve que la distribution dont il s'agit ne se rapporte pas aux représentations dAndromède, qui furent données à Paris avec éclat, en 1650, sur le théâtre du Petit-Bourbon, vu que cette pièce fut jouée très-probablement par la troupe royale, dont le personnel était nombreux, et qui s'adjoignait au besoin, comme auxiliaire, celle de l'Illustre Théâtre. On a mème pensé que pour cette tragédie elles se réunirent, parce que la dédicace et l'argument dAndromède peuvent faire supposer que Mlle Béjart y remplissait le rôle de VÉNUS"; mais cette supposition est très-incertaine. La distribution des rôles dont on s'occupe ne fut pas faite non plus pour jouer la pièce à l'Illustre Théâtre, qui n'avait pas les machines indispensables pour la représentation dAndromède; et d'ailleurs, Debrie et sa femme n'ont jamais fait partie de ce dernier théâtre. D'où l'on conclut qu'Andromède dut etre représentée à Lyon en 1653 ; les Debrie étant alors de la troupe de Molière, et le théâtre de cette grande ville pouvant avoir des machines, ce que l'on n'aurait pas trouvé ailleurs, sauf peut-être à Marseille; mais il ne semble pas que Molière y ait jamais été. Dans tous les cas, la représentation fut donnée avant le 18 août 1654, puisque Ragueneau mourut ce jour-là à Lyon : peut-être alors la troupe y était-elle retournée; peut-être Ragueneau y était-il resté malade. Enfin, vu ce que l'on va dire de Mlle Menou, il est à croire qu'Andromède fut jouée très-peu de temps après le départ de Paris, en 1653. Dans cette hypothèse, ce qui peut paraître étonnant, c'est de ne pas voir, dans la distribution des rôles, figurer Mme Duparc, l'une des principales actrices de la troupe de Molière, qui bien certainement alors en faisait partie ; toutefois il n'est pas impossible de l'y trouver sous un autre nom.

Dans une lettre adressée à Molière, à Paris, Chapelle dit : « Après « le plus terrible hiver que la France ait depuis longtemps senti..... « je me promène..... » Les hivers les plus rigoureux furent ceux de 1650 et de 1652; mais comme il est douteux que Molière ait passé l'hiver de 1650 à Paris, on doit supposer que la lettre est plutôt de la seconde date que de la première. La même lettre dit : « Pour ré« pondre à cet endroit de votre lettre, où vous particularisez le dé« plaisir que vous donnent vos TROIS GRANDES ACTRICES sur la distri« bution de vos rôles..... » Enfin, cette même lettre renferme en outre une pièce de vers, allusion relative à une actrice qui devait etre toute jeune et toute charmante, et Chapelle dit : « Vous montre< rez ces beaux vers à Mlle Menou seulement; aussi bien sont-ils la « figure d'elle et de vous. Pour les autres, vous verrez bien qu'il est « à propos, surtout, que vos femmes ne les voient pas. » Vos femmes, étaient sans doute Madeleine Béjart et Mlle Magdelon. La première était la maîtresse de Molière, mais il paraît que Mlle Menou lui tenait encore plus au cour: Mlle Menou était peut-être la future Mme Du

parc!

L'histoire dit que Molière en fut épris dès qu'il la vit, et qu'en ayant été rebuté, il confia ses chagrins à Mme Debrie qui l'en consola. A la manière dont les faits sont rapportés, on dirait qu'ils se passèrent en 1653 à Lyon, lorsque Molière y arriva. Deux amours (Mme : Dil

-8parc et Debrie), dont un rebuté, semblent beaucoup dans un intervalle peut-être de deux mois, surtout pour un homme qui en avait déjà deux autres dans le caur (Mlles Menou et Béjart). Il semble que ce changement de sentiments serait plus naturel si les circonstances s'étaient présentées de la manière que voici. En 1652, Molière était épris de Mlle Menou; celle-ci, jeune et charmante, pouvait prétendre à un caur pour elle seule, et alors Molière, l'amant, l'associé de Madeleine Béjart, ne pouvait lui convenir. Lorsque l'Illustre Théâtre, en 1653, est sur le point de fermer ses portes, Duparc et Mlle Me. nou l'abandonnent; ils vont à Lyon, s'y marient, et s'engagent dans une autre troupe. Peu de temps après Molière arrive à Lyon, l'autre troupe se dissout. M. et Mme Duparc, M. et Mme Debrie, se joignent à Molière; et alors ce dernier, désespéré d'avoir retrouvé Mlle Menou mariée, et l'air de bonté de Mme Debrie lui inspirant de la confiance, il confie ses chagrins à cette dernière; puis, quand il aura fait la distribution des rôles d’Andromède, il aura écrit Menou, suivant son ancienne habitude; le nom de Mme Duparc, qui était tout récent, devant lui faire mal au cæur.

Toutefois, deux objections peuvent être opposées aux conjectures précédentes : la première, c'est qu'il se trouve dans la représentation d'Andromède trois actrices inconnues; la seconde, c'est qu'il n'est pas prouvé que Duparc ait quitté l'Illustre Théâtre, à Paris, pour aller en province, vers 1653. D'abord, on répondra à la première objection, que Mme Duparc se nommant Anne, ne pouvait etre Mile Magdelon ; ensuite que les Vauselle appartenaient à la famille des l'Ilermile, ainsi qu'on le verra plus loin; par conséquent que Mme Duparc, si elle avait un rôle dans la pièce, ne pouvait etre que Mlle Menou. Quant à la seconde objection, il est difficile de la lever, car on ne trouve à cet effet que de bien faibles raisonnements ; les voici :

Duparc était de la troupe de l'Illustre Théâtre. Quand cette troupe devint celle de Molière pour aller à Lyon, en 1653, Duparc la suivit, et à l'arrivée de la troupe dans cette ville il était marié; voilà ce que les historiens ont rapporté. Un seul, et c'est l'auteur de la Fameuse Comédienne, dit que Duparc et sa femme se réunirent à la troupe de Molière, à Lyon, en 1653. Or, cet auteur, bien qu'il n'ait fait qu'un libelle, généralement semble avoir été mieux informé que beaucoup d'autres. La troupe de l'Illustre Théâtre ayant existé de 1645 à 1653, Duparc en aurait pu faire partie sans y avoir constamment demeuré; mais il n'y a qu'une chose importante à savoir, c'est, s'il en était vers 1653 quand elle se trouvait pour la seconde fois à - 9Paris. En 1645, la troupe de l'Illustre Théâtre s'établit aux fossés de la tour de Nesle, où elle n'eut pas de succès ; elle passa au port Saint-Paul, il en fut de même; et alors, en 1646, elle partit pour la province. Il est peu probable que, dans une existence aussi courte et aussi malheureuse, les acteurs de cette troupe aient été remarqués et signalés. On comprend que l'on ait fait attention à Madeleine Béjart, qui en était la directrice; peut-être à son frère Jacques, qui jouait déjà depuis huit ans; à Molière, qui pouvait avoir quelque chose d'extraordinaire ; mais il est peu probable que l'on se soit alors occupé des autres acteurs qui n'étaient que des débutants. En 1650-53, au contraire, la troupe ayant persisté pendant trois années à la Croix-Blanche, il est à croire qu'elle y eut du succès; de plus elle figurail dans les grandes représentations et même devant la cour, puisqu'elle servait d'auxiliaire à la troupe royale: d'où l'on conclut . qu'à cette époque seulement Duparc fut remarqué, par conséquent qu'il était de cette troupe de 1650 à 1653 ou approchant.

Maintenant, quand et où s'est-il marié? Mme Duparc, à sa mort, le 11 décembre 1668, était l'une des plus jolies femmes et des plus recherchées de son temps; donc, en 1653, elle devait être fort jeune, et ne dut pas se marier de beaucoup avant cette époque. S'estelle mariée à Paris avant le départ de la troupe? C'est peu probable; car, si cela eût été, Molière, en arrivant à Lyon, en aurait eu déjà pris son parti, et n'aurait pas eu besoin de confier ses chagrins à Mme Debrie. D'un autre côté, il eût été inconvenant que Duparc épousât Mlle Menou sous les yeux de Molière, son ancien camarade, presque son chef, et cette action devait même répugner à Mlle Menou; on doit donc plutôt supposer que Duparc s'éloigna pour se marier, et que Molière, en arrivant à Lyon, frappé d'un coup auquel il ne s'attendait pas, ait alors cherché des consolations auprès de Mme Debrie. Telles sont les réflexions qui ont fait admettre le départ de Duparc pour Lyon avant celui de Molière. Du reste, on ne peut guère supposer que Duparc, tout en arrivant à Lyon, soit tombé subitement amoureux, et qu'il ait immédiatement épousé une femme dont il ne pouvait pas connaître le caractère ; il est bien plus probable qu'il la connaissait depuis quelque temps avant son mariage.

Dans la liste des acteurs cités plus haut et qui devaient composer toute la troupe de Molière, il reste encore trois inconnus : de Vauselle, Mlle Vauselle et Mlle Magdelon. Les deux premiers étaient sans doute Francois Tristan-l'Hermite de Souliers et une maîtresse avec laquelle il vivait : cet auteur, le rival de Corneille, suivant ses contemporains, avait une conduite des plus déréglées, et probablement vivait dans les coulisses; mais il s'agit de savoir pourquoi il se nommait Vauselle.

Guillaume de l'Hermite, au quatorzième siècle, fut, dans la famille de ce nom, le premier qui prit celui de Souliers : ce nom appartenait alors à un bois. Son fils, Jean de l'Hermite, autorisé par une lettre du comte de la Marche du 20 mars 1424, fit construire dans ce bois le château fortifié de Souliers. Depuis lors tous les chefs de cette famille, en ligne directe seulement, prirent le nom de ce château, jusqu'à Pierre de l'Hermite de Souliers. Ce dernier eut trois fils qui portaient les noms de : François de l'Hermite de Souliers, dit Tristan; Séverin de l'Hermite, tué au siége de Royan; enfin JeanBaptiste de l’llermite de Souliers, dit le chevalier de l'Hermite, beaupère de M. de Modène.

François de l'flermite, né en 1601, est toujours placé en première . ligne par les biographes, ce qui donne à croire qu'il était l'aîné; mais comme la date de la naissance de Jean-Baptiste de l'Hermite n'est pas connue, deux raisons peuvent faire penser que les biographes se sont trompés, ou qu'ils ont placé François en tête à cause de sa célébrité, et faute de connaître la date de la naissance de Jean-Baptiste. Ce dernier porta toujours le nom de Souliers qui appartenait au chef de la famille. Son frère, Francois, se donna le nom de Tristan, qui sans aucun doute ne lui appartenait pas : personne ne l'avait porté dans la famille depuis le fils du grand prévôt de Louis XI, et François de l'Hermite n'en descendait pas. Comme ce dernier n'était pas un fort bon sujet, ayant usurpé le nom de Tristan, on peut supposer, s'il n'était pas l'aîné de ses frères, qu'il en usurpa d'autres, tels que celui de Souliers. A l'article de Madeleine Béjart, on voit que la fille de Jean-Baptiste de l'Hermite se maria, probablement, en 1632, et d'après ce qui est dit à l'article de Mme Molière, il y a presque certitude qu'elle était mariée avant 1638. Si J.-B. de l'Hermite était le troisième frère, il n'avait pu venir au monde avant 1603; dès lors sa fille ne pouvait se marier en 1632, et même il fallait un cas assez rare pour qu'elle se mariât en 1637, puisqu'il n'y aurait eu que trente-quatre ans entre la naissance du père et le mariage de la fille. Donc, comme les hypothèses ne doivent pas se baser sur des faits exceptionnels, on regarde comme probable que J.-B. de l'Hermite était l'aîné de la famille. Ce dernier ayant fait des poésies, ayant pris le nom de Vauselle au baptème de Francoise de Modène, on a supposé qu'il était l'auteur de la Chute

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