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Les fentimens d'un Juif font tels que tu l'expofes j
Si l'on brave pour lui les tourmens, & la mort,
Eft-ce te demander un trop piaffant effort?
Songe quel en fera le prix & le falaire.
Tu yas, contre les Juifs appaifer ma colère,
Relever, & leur Temple, & leurs murs abbattus;
De l'objet de tes vœux couronner les vertus.
,Tu fers tout à la fois Maîtreffe, Honneur, Patrie.

MACHABE'E.
Ciel ! quel trouble s'élève en mon anie attendrie!

ANTIOCHUS. 5tu dois à Zoraïde un tel effort fur toi.

M A C H A.B F E. Oui, par un changement, qu'à peine je conçoi, J'ouvre les yeux enfin , & te promets mon iék; Je te réponds de moi ; mais qui répondra d'elle? Qui pourra, contre toi, defarmer fon courroux? ,Tu le fcais bien, fon Père expira fqus tes coups; Et tu romps un hymen, qu'exige encor fa cendre. Cependant la foi monte au Trône d'Alexandre. 'A ce motif prefTant, tout enfin doit céder. Je vais donc m'emplover à la perfuader. Pans ce nouveau parti, je lui peindrai fa gloire; Et toi-même par-là rachetant ta vi&oire, Mais en te ménageant de fi chers intérêts, Prends-moi pour l'objet fëul de tes derniers arrêts. Couronne par ma mort le zélé qui me guide , A ce prix, je te fers auprès de Zoraïde. Heureux ! que tout mon fang dans cet accord cruel, Scelle votre alliance, & la paix d'Ifrael!

SCENE VU. ANTIOCHUS, MACHABE'E , ACHASÎ

A C H A S.

L'AmbafTadeur d'Egypte attend fon audience,
Seigneur, daignez, répondre à fon impatience j
Daignez le voir.

ANTIOCHUS.
Dis-lui que je vais l'écouter,
A Machabée.
Je ne puis davantage en ces lieux t'arrêter ,
Je dois ou'ir Phoftime , après notre entrevue
Mes ordres offriront Zoraïde à ta vuet,
Mais crains de lui parler pour la dernière fois>J
Adieu. L'AmbafTadeur s'avance ,je le vois.

SCENE VIII.

ANTIOCHUS , PHOSTIME , ACHAS.

Suite d'Antiochus , Suite de Phoftime.

PHOSTIME.

Quelques horreurs, Seigneur, que ce grand jau*
entraîne,
Et qu'étalent ici la dîfcorde & la haine>
Je ne foupçonne rien d'un injufte courroux',;
Et croi que ma prefence arrêtera vos coups ,
Des Juifs nos alliez vous entendez les,plaintes J ]
La foi de nos traitez en reçoit trop d'atteintes v'
l'Egypte s'en affenfe, & n'a pu fans douleur

B.iïi|

Apprendre jufqu'où va l'excès de leur malheur,
Ne Portez pas plus loin une longue vengeance;
C eft a vous de fçavoir, Seigneur, quela clémence
I>ont au vainqueur, fur-tout, il fed bien d'être épris,
Uonne aux plus grands exploits leur véritable prix.
Par aucune entreprife ouverte ou dérobée,
N attentez pas du moins au fang de Machabée.
Ce fang vous le fçavez porte d'auguftes droits ,
£.t tire fa fplendeur de celui de fes Rois.
ANTIOCHUS.
J'ai cru qu'une audience en ces lieux demandée
Sur de juftes motifs du moins feroit fondée
Ou que de ma clémence enfin cherchant l'appui
Vous parleriez pour vous, fans agir pour autrui;'
.Four moi jufques au bout pourfuivant mon on-

vrage , Des Dieux long-temps bravez , je veux venger

1 outrage; Et chargé dans ces lieux de leurs droits immortels, Sur les debns du Temple , élever leurs Autels.

. PHOSTIME. LaifTez aux Dieux le foin de venger leur querelle * TE rep jaloux de leur gloire , ils agiront pour elle i* Jet s il faut que mon cœur fe dévoile à vos yeux , Tout ce que vous tentezieur eft injurieux. Sous quelques noms, Seigneur, & fous quelques

images,'

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-i qui lui donne le prix.

Par-11 le Ciel fe prête à l'humaine foibleffe.
Ses bizarres effets , dont le nombre vous bleffe
A notre liberté font autant de liens. *

là Syrie a fes Dieux, & l'Egypte a les Gens.
A nous les figurer , pourquoi cette contrainte f
Dans mille objets divers ? leur Majeftés'eft peinte,

Pourtux, fes traits épars excitent notre ardeur;
Et par tout la nature annonce leur grandeur.

ANTIOCHUS.
Quoi ! dans nos faints refpects, il n'eft point c ré--j

fèrve? Et l'augufte Junon, & la fàge Minerve , Jupiter , foudroyant les mortels éperdus, Dans la foule des Dieux ,feroient-ils confondus? j

Et loin d'en mefurer la gloire, & la puuTanc:

PHOSTIME.
Je ne m'égare point par trop de confia i - .$J

Mais quand il feroit vrai que du refte des Dieux
La loi feroit profane', & le culte odieux,
Et qu'alors il fut beau d'en détacher les ame ;,
Seroit-ce en vous fervant, & du glaive, & des

fiâmes,
Etlorfquela fureur à la haine fe joint?
Perfuadez, Seigneur, mais ne tourmentez point.
Servir ainfi les Dieux, c'eft en fouiller la gloire.
Modérez vos tranfports ; & "Cins vouloir voiB$

croire, Employez fur des cœurs, rarement abbattus, les confeils, la raifon , l'exemple des vertus.] C'eft ue ces mêmes Dieux imiter la clémence. EfUce par la rigueur que le zélé commence i . / larflez la vérité feule (è foutenir , Et confondez l'erreur au lieu de la punir.

* ANTIOCHUS. Eh ! qui fie connoit pas, même en leurefclavagei' Des Juifs l'humeur hautaine, & le zélé fàuvage? \ •La'douceur, les confeils,touteft hors defaifon. Un fatal préjugé fait toute leur raifon. H femble , à les ouïr , que rien ne les effraye.. Mais c'eft dans les tourmens que la nature eft vraye.1 Plus le fàng d'Afmonée enfin a de fp endeur» l'ius de leur foi fa perte affpibliraliurdeur.

J'en dois le facrifice, & l'exemple à ma gloire }.
A l'intérêt du Ciel.

PHOSTIME.

Ah ! gardez-vous de croire Que d'un fiipplice affreux les terribles apprêts , Seigneur, fallent aux Juifs refpecter vos arrêts. J'ignore quel pouvoir foutient leurs grands courages! Mais je ne puis penfer que parmi tant d'outrages , Qu'au milieu des tourmens pouvant fe fecounr , Pour une indigne caufe, ils brûlent de mourir. Quel fruit efperez-vous d'une injurie pourûùte £ . Des contradictions l'humanité s'irrite; Et jufqu'en fa ruine eft étrange à tel point, Que fon orgueil gémit, & ne le dompte point. .Paré d'un droit augufte , autant que légitime ■■, Quoi que vous me dîfiez, je compte que Phoftimé; Chargé d'exécuter un ordre généreux', K'a point en vain prêté fa voix aux malheureux; Ceftjuftice en effet, Seigneur, ce n'eft point graw*

ANTIOCHUS.
X2e grand zélé pour eux doit paflèr pour audace.
Et quant à ces traitez qui pourraient nous lier ,
Il n'eft pas temps encor de m'en juftifier,
Aux portes de Memphis , fûivi démon armée^ ,
J'irai de mes raiforis informer Ptolomée.
Attendant que mes pas s'en ouvrent les chemins i S
11 pourra mandier le fecours des Romains.

PHOSTIME. .
Hé bien , fi fon appui que l'Orient révère,'
Ne peut ravir aux fers, & les fils, & la mère;
Si négligeant des cris portez jufques aux Cieux.J
Vous oiez vous fouiller d'un farfg fi précieux;
Si toujours dépendant des confeils tyranniques ,,
De tant de crïtautez , de miferes publiques,
!e cours trop dangereux n'eft bien-tôt arrêté »
C'eft à vous de fonger à votre fûreti*

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