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ALEXANDRE.

Ah! Madame ,' P ermettez que mon cœur percé de mille traits Vienne dans votre fein répandre fes regrets. Mon Père n'eft donc plus? La fortune ennemie En retranchant fes jours les couvre d'infamie? Ainfi le fang des Rois ne fe refpefte plus. D'Augufte tant vanté font-ce là les vertus î Julques là fouille-t'illa gloire de (es armes? J'entrevois vos confeils, & je fèns que vos larmes ] ^Réchauffent dans mon cœur ces fiers reffentimens Qu'une vengeance illuftre irrite à tous momens; Qu'enfin tout doit céder aux douleurs que j'éprouve.

MARIAMtfE. Calmez, mon fils, calmez un tranfport'que j'approuve Moi-même encor du Roi j'ignore le deftin: On n'a fait de fa mort qu'un rapport incertain. Que ' fçai-je? plus heureux il relpire peut-être, Mais Augufte eft vainqueur , refpe&ez un tel maître. Peut-être un jour mon Fils vous en aurez befoin, Ne pouffez point ici vos murmures plus loin. .Et qui feait fi l'effort d'une main fanguinaire....

ALE.XANDRE. Ciel!

MARIAMNE. Mon Fils, votre afpect me rappelle mon frère. La nature fe joue en de vivants portraits. Il étoit votre image , ou vous avez fes traits." Les grâces , la douceur des vaillans Machabées ] Jkilloient èncor en lui du Ciel même tombées. Que fa tête charmante, & fa noble pudeur De fa Tiare encor relevoient la fplendeur! Quand fur fes pas en foule accouru dans le Temple ^ Avec avidité le peuple le contemple, Et qu'il admire en lui le refte de fes Rois. Ce fut pour la première, & la dernière fois.

Hélas! de ma maifon j'ai vu tomber la gloire.
Ce jour, ce cruel jour frappe encor ma mémoire,
Où plongé dans les eaux par de perfides mains ,
A péri devant moi le plus cher des humains.
L'horreur fur fon vifege eft tout-à-coup empreinte;
Et de fes yeux ouverts la lumière eft éteinte,
Il n'offre plus qu'un corps meurtri , défiguré.
Le Temple en fut ému , le'voile déchiré ,
Le Ciel gronda , le jour fe couvrit de nuages ,
Et le Jourdain fânglant inonda fes rivages.

ALEXANDRE.
Ciel! où votre douleur va-t'eile s'égarer?
Quel fouvenir encor vient de vous déchirer?
Oubliez les nTalheurs de votre augufte Race.
Songez aux maux préfens, & qu'une autre diigrac»
Aflaillit votre cœur dé;a trop abattu ,
Et plus cruelle encor s'offre a votre vertu.
Mon ame à ce transport ne s'eft point attendue.
He quoi! vous ne pouvez détourner votre vue
Des objets éloignés qui viennent vous frapper,
Quand l'intérêt d'un Fils doit feul vous occuper?
Ciel ! à qui dans mes maux faut-il quo je m'adreife?

M A RIA M NE. Mon Fils , vous devez mieux juger de ma tendre/Il*. Ne me condamnez point. Vous fçaurez tôt ou tard Ce qui caufè mon trouble & d'où ma douleur part. Mais Içachons quel avis Phœdime nous apporte.

SCENE IV.

MARIAMNE, ALEXANDRE,

SALOME, PHOEDIME,

PHOEDIML

MAdame, j'ai laiflé Salome à votre porte ,
Pour vous en informer je devance (es pas»

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SCENE VI.

S A L O M E , ELI SE;

S'A LOME.

D,

Etes cruels mépris A-vec ufure encorje-te garde le prix, Reine trop orgutilleufe , & tu vas me connoître. As-tu crû qu'à l'outrage infcnfible peut-être , Enclave comme un autre, & timide à mon tour , De ta vaine faveur j'attendrois le retour? Que.je la briguerois? Avec quelle infolence Tu m'as fait mille fois rougir de ma nauTasce? Si la iplendeur du fang n'eft point donnée à tous, La gloire pour le moins ne dépend que de nous , Elle éleva mon Frère au Trône de Judée,

ELISE. Que dites-vous, Madame ? Et quelle eft vot' e idée/ Quel tems votre courroux prend-il pour éclater l Dans quels périls vous-même allez-vous vous jetter î Si le Roi ne vit plus , que devient-votre .haine? Et pouvez-vous douter qu'Alexandre-, la. Reine , Ne trouvent bien-tôt grâce auprès de l'Empereur i S A L O M E. Elile, il en eft tems, fors toi- même d'erreur. Au gré de mes defirs aujourd'hui tout confpire. Herode vit encor. Mais c'eft peu qu'il refpire , Les foupeons devant lui d abord font dftpfcrus-,' Sa gloire eft confirmée & fes honneurs accrus* Que te dirais je encor ? foit prudence , ou caprice; Le Roi doirà Cefaa: offrir un (acrifice. C'eft ce qu'en arrivant lui-même il s'eft promis.

De tout ce grand pouvoir entre fes mains remis.

ELISE.-
Et de quel œil, ô Ciel ! le peuple, Mariamne,
Vous-même verriez-vous cette Fête prophane ,
Et d'un Roi de Juda quel peut-être l'objet?

SALOME.
Arrête. C'eft fîir quoi je médite un projet,
Dont je ne t'ofe'encor confier l'importance.

ELIS E.
Madathe, ce fùccès pafle votre efperance.
Puiflënt vos ennemis bien-tôt être écartés!
Mais parmi ces honneurs, & ces profperités,
Dit-on pourquoi Ce(aravec tant d'avantage....

SALOME.
Tharés qui me l'écrit n'en dit pas davantage.

ELISE.
Tharés! & depuis quand lèrvant vos intérêts ,
Madame, eft-U admis julques dans vos fecrets ï

SALOME.
De tous mes confidens connois le plus fidèle ,
Il attend que ma main couronne un jour fbn zèle ,
C'eft ce qu'adroitement je luîlaifle elperer ,
Non que la fienne enfin pût me deshonorer ,
Sa naiflance eft iJluftre; il eft fils de Tadée ,
Qui (bus le vieux Hircan gouverna la Judée.
Enfin hier en fècret j'en reçus un exprès,
Ii m'apprend fon départ, & qu'Herode de près
Sur fes pas

ELISE. Et d'où vient qu'un bruit fi peu fidèle.. ~.~.~. SALOME. C'eft moi qui de fa mort ai ic-mé la nouvelle. De mes deftèins fecrets mes amis informés Pouriout autre ont tenu les paffages fermés. Ainfi de tous les bruits me rendant la Maîtreflè , Je n'enrepands aucun qu'autant qu'il m'interefle >

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