페이지 이미지
PDF

HERODE.

Ah! bien plutôt, Madamrj Dites qu'un ennemi couvert & foupçonneux D'une fainte amitié cherche à rompre les nœuds; Que contre Manamne une cruelle envie M'ôte avec fon amour le repos de ma vie.

S AL O ME.
Ah ! retfonnoiflèz mieux cet ennemi, Seigneur,
Et ne le cherchez point ailleurs qu'en votre coeur.
Souffrez ma liberté, c'eft de votre foiblcfîê
Que nait l'excès d'orgueil qui la perd, & nous bleffe
Ccffez de vous trahir. D'un foin trop dangereux
Vous cherchez à nourrir un amour malheureux:
Pour vaincre (es dédains , & la fléchir peut-être ,
Dans un Epoux haï, faites-lui voir un maître.

HERODE.
Ah ! gardez-vous vous-même ici de m'offenfer ,:
De tous lès fentiinens vous devez mieux penfer.
loin de la foupçonner d'aucune injufte haine ,
J'impute à fa vertu cet orgueil qui l'entraine.

SALOME.
Avec tant de vertu, dans leur injufte cours,
Seigneur , j'ignore l'art d'accorder fes difeours.
Elle devroit du moins plus humble en fes mifères
Supprimer tous les nomsd'Anaflïn de fes Pères,
De lâche Usurpateur » de Tyran odieux
Quin'a connu qu'Antoine , & Cefarpour lès Dîeuxi

HERODE. Je le Içai bien, ma fœur , elle eft trop indiferette; ) Mais de mon cœur aulïi la juftice fecrette Luifouffiant ces difeours un peu hors de faifbn , Dans fes emportemens trouve qu'elle a raifon. De quels moyens cruels n'ai-je point fait ufage? Vous-même dans fes maux contemplez votre ouvrage. Je n'ai que trop fervi votre zèle indiferet, Et Ibus ce nom peut-être un intérêt fecret,

Souffrez

Souffrez que mon amour embrafle fà défenfè,
Je fçai que fon orgueil quelquefois vous ofFenfè;
Mais le vôtre eft injufte, & fon illuftre fang
Exige qu'avec vous elle garde fon rang.

* S AL O ME.

Je le voisbien,Seigneur,quoi qu'elle ofè entreprendre,
Il eft tems de me taire, & c'eft à moi d'apprendre
A fbuffrir fes mépris déformais trop certains;
Mais il faut efperer, grâces à vos deftins,
Que fès cris foûtenus des droits de fà naifîànce
Sur un Peuple volage auront peu de puiflance.

HERODE.
Rien n'eft ici, Madame , à redouter pour nous ,
Trop heureux ! fi je puis appaifèr fon courroux!
Si je la crains, ce n'eft que pareeque je l'aime ,
Déjà loin de fes yeux mon fupplice eft extrême.
Un fêul de leurs regards prompt à tout embrafer
Peut exciter en moi le trouble, ou l'appaifer.

Fin 4u fécond, Aile.

[graphic]

ACTE III

SCENE PREMIERE.
S O E S M E fed.

YJ U fecret entretien que Salome defîre
Quel feroit le motif? & qu'a-t'elle à me dire?
J'attens fa confidence , & prévois fes difeonrs;
En vain un art perfide en va régler le cours.
Mais quels preflentimens étonnent ma confiance,
Et de quel attentat révélant l'importance ,
Séduit dans mon efpoir, trompé dans mon deflêin,
Ai-je mis à la Reine un poignard dans le fein?
Oiii. Malgré la faveur & d'Augufte & de Rome,
Il cft des intérêts trop cruelle, Salome ,
Que je ne puis trahir, ni te facrifier.
Ah! que dis-je ! à ces murs gardons de confier
Le beau feu qui m'anime, & qu'un refpeâ mprèm»
Semble n'ofer encor confier à moi-même ,
Et dont mon cœur s'étoit dérobé la moitié
Sous le voile apparent d'une illuflre pitié.
Belle Reine, ma foi toujours plus affermie....'
Mais on entre, voici fa cruelle ennemie.

SCENE IL

SALOME, SOESME.
S A L O M E.

xV Vant que le Confèil foitprêt às'aflembler,
J'ai cru devoir Soèfme , un moment vous parler.

SOESME.
Madame, attendez tout d'un zélé légitime.

Que puis-je

SALOME.
Vous fçavez combien je vous eftime ,
De quels fècours par tout appuyant votre efpoir....

SOESME.
Trop heureux, fi toujours fidèle à mon devoir
Je n'ai point écarté les bontés de Salome!

SALOME.
Je m'en plaindrois à tort. Et lorfqu'Augufte & Rome
S'empreflent pour Herode & d'une égale ardeur
Viennent fur tant d'états d'élever fa grandeur;
Que tant d'honneur fe joint à fon pouvoir fuprême ,
Sans doute que le Roi vous retrouve le même,
Et que dans votre fein du même zélé épris ,

Sa main de là faveur va recueillir le prix?

SOESME. Je dois vous 1'avoiier, ce difeours m'embarraflè , Madame ,ilme furprend, & d'où partent, de grâce, Ce doute injurieux, & ces foupeons couverts /

SALOME. Oui, Soèfme, fiir vous tous les yeux font ouverts. Le Roi vous confia la garde delà Reine, Son retour en ces lieux n'a-t'il rien qui vous gêne? J'ignore enfesfccrcts jufqu'à quel point admis,

Quels ordres importans Tous ont été remis.
Mais perar elle vos foins & votre complaifance
N'ont que trop augmenté l'orgueil de la naiflance.
Tout un Peuple déjà fembloit fe divifer.
Dansl'abfence d'Herode elle a pu toutofer.
Elle l'a cru perdu. La Cour trop mal inftruite....

SOESME.
Je ne rends qu'au Roi feul compte de ma conduite ,
Madame, & fansfortir d'un devoir rigoureux,
Je ne fçai point trahir d'illuftres malheureux.
Herode avec fon fils m'a confié la Reine,
Et j'ai cru la devoir traiter en fbuveraine;
Et dans tous fes défïrs enrefpefterla Loi.
En ufer autrement, c'étoit manquer au Roi.
Sans prendre aucun ombrage , ou de folles allarmes,
De tous fes mouvemens je n'ai vu que fes larmes.
J'ai calmé fes douleurs autant que je J'ai pu ,
PuifTe bientôt le cours en être interrompu!
Le Roi revient tout plein d'ardeur & de tendreffe.
Pmffent pour leur bonheur les vœux qu'au Ciel

j'adrefTe Avoir le plein fuccès qu'il en faut fouhaiter, Et qu'au prix de mes jours je voudrais acheter!

SALOME. Ce zélé doit trouver fon prix. Le Ciel eft iufte II vient de prononcer par la bouche d'Augufte Vous le fcavez.... Enfin j'ignore quels projets' Du Confeil afkmblé vont être les objets Mais le Roi devenu plus fombre, & plusfarouche Kecefe dans fon cœur un chagrin qui le touche J ignore quel rapport vient de le prévenir. Trop ardent à juger & plus prompt à punir; On fçait a quels tranfports fouventil s'abandonne; Profitez de l'avis que Salome vous donne. On ouvre. C'eft Thaïes que j'avois demandé.

« 이전계속 »