페이지 이미지
PDF

la terrcHr iC la pitié, ces deux grandeS.four^ ces du vrai tragique, ne font cependant pas né—

Ïligées chez vous. La terreur commence avec i pièce & furvit encore à l'action théâtrale Se à la repréfentation. On retrouve par-rout, ramenée à propos , l'effrayante idée de ces defaftres dont l'Egypte incrédule eft menacée , St Moyfe en quittant la feene nefait qu'a jouter à ces terribles peintures de nouvelles horreurs.

Les périls réciproques de Moyfe, d'Aron, Se dés Hébreux d'un coté , d'Amenophis 8c de Tharbis de l'autrÇj réunifient aux fujets de terreur ceux de la plus vive compaffion ;.,& l'effet naturel,de prefque tous vos incidens^'eft d!ef> frayer ou d'attendrir,, & de produire fouvent *es deux effets à la fois.

Au plaifir que m'ont donné ces beautés , s'e/V joint encore celui de la furprife. Je ne parle point ici de ces furprifes irregulieres & mal ménagées,reflburce trop ordinaire de plus d'un Auteur pour foutenir l'intrigue mal digérée, dîune pièce dont l'action languit & s'éteint dès les. premiers Actes.. Je ne parlepasmeme.de celles qui font le fruit du génie 8c de part, qui nait fent naturellement du fonds du fiijet- ou des incidents qu'on, y a liés avec juftefle.. On en trouve chez vous dé. cette, dernière eipéce: mais ce n'eft point à votre invention que je fuis proprement redevable dt celle qui m'a. lft: plus frappé dans la lecture. d'Ofarphis. C'eft * la peinture peu fidèle, qu'on nrâvoit tracée d'à cette pièce Je ne crains point de yous l'aT vouer , on m'avoir donné du rôle que Yous faificr jouer à votre HeroSy une idée bien éloignée de la réalité.

Je m'attendais à vous voir démentir par la, nâion-, le portrait que les hiitoriens facrés Se profanes nous ont laide du Libérateur desHe^ bieux.. Je comptois ne trouver dans le Hcros de votre Tragédie qu'un homme, d'abord dominé par l'amour ou l'ambition , ou également en proye à ces deux pallions •,.& que le feul éclatdcs plus étonnantes merveilles, & les impreflîons delà grâce les plus fortes ,.avoicnt contraint en quelque forte de fc prêter aux deficins que la Providence avait formés fur lui} & je craignois ce contrafte , oferai-je le dire l non pour la Religion, dont les intérêts n'en pouvoient faurTrir, mais pour voue ouvrage qui en eût été défiguré., -;.,.-,. -*• -,.:

Des excès qui auroient précédé la vocation d'Ofarphis, n'auroient point deshonoré la faintetc d'un Mihiftere qui en les, faifant ceiTer leur aurait fubftirué les plus éclatantes vertus. Sa. converiîon .eût été .un triomphe de. plus pour la Religion ?. un nouveau prodige égal à ceux, que le ciel avoit.mis, en oeuvre pour fléchrr i-'opiniatreté de l'indocile Égyptien, & animer la confiante des timidesHebreux. Cette fuppefîtion d'ailleurs n'auroit contredir ni le Pentateuqire," ni Jofeph*. Les éloges que l'un & îaufredonnent à la! vertu de Mbyfe^hé'Tegaïdrnt que le temps oui îfcroit le condûtSeur du peuple de Dieu. Leur /îlence fur fes mœurs avant cette époque , laiflbit en ce genre une libre carrière aux fictions propres à embellir votre fujet-, & fans déroger au rcfpect dû à la revelation^ôU à la'fidélité qu'exige Phiftoire, vcnls auriez pu , au focïofà, répandre avec art quelques ombres lur le brillant portrait que l'une tt Vautre tracent de votre Héros.'

Mais et que l'àutôrîré ferrvMqit vous permertré/les loix du Théâtre vous l'inteidifoient Docile a fes regfesvous avez fagement renoncé à un melangéJqui3 fans dégrader la verra de Moyfe, auroir déparé fon rôle. Cette duplicité de mœurs dans le principal perfonnage, auroir produit une efpéce de duplicité d'intrigue & d'action , & vous auroit''conduit nécerfairement à une converfion btùfquc '} à un de ces denouemens poftiches , fans préparations dans les mœurs, dans les incidents de votre

{)iece -, ouvrage, enfin d'un miracle fùbit dont a machine èft toujours employée tien plus pour fuppléer à l'invention de l'Auteur & pour le tirer d'embarras , que pour décorer fbh héros ou interefler le Spectateur,:

Vous mettez, il eft vray , en œuvre le mira

ele; mais c'eft en vous conformant à la nature

de votre fujet où tout eft miraculeux ; c'eft en

ajuftant habilement enfemble le merveilleux

& le vrai-femblable. Le Spectateur eft dès les.

premières feenes préparé , fans les prévoir,.

aux prodiges qui couronnent les derniexes. Fi

dcle au précepte d'Horace y

Servetur ad imum-
Qttalii ab incoepto procejferit, & fibi'ttnjlH ;-

Votre héros toujours femblable à lui même,,
foutient par-tout la dignité de fon caractère.
les premiers traits d'Ofarphis annoncent dé-
jà Moyle , Se l'on apperçoit d'avance dans le
Monarque d?Egypte , les femences des vertus
qui doivent-former le Chef du peuple d'Ifrae'l.
Ses qualités naturelles difpofent infènfiblement
l'efprit du Spectateur-, & en quelque forte le
cœur même de ce Héros, aux révolutions qu'y
opère enfin la grâce de fa vocation: par une gra-
dation prefque imperceptible , & comme de
nuance en nuance , vous l'amenez à cette gé-
néreufe docilité qui lui fait facrifier fà gloire &C
fa couronne à l'obfcur efpok de devenir par les
périls, les fouffrances , les opprobres, le Libé-
rateur d'une nation chérie de Dieu. Le Specta-
teur fe livre de lui même aux'tranfports del'é-
tonnemenf que oaufènt ces merveilles , fans,
être arrêté par les embarras d'une furprife pré-
cipitée.. Hiij

Ses deffeins fur Tharbis né font point u» écueil pour fon heroifme. $TOfarphis afpire a ^alliance, de cette Princefle, e'eft en Roi & non pas en Amant. Il ne vient point en-A'madîs ou en Héros de l'Aftrée ramper à fês pieds , Se démentir puérilement auprès d'elle, comme Alexandre auprès de Cleoflle , ou Pyrrhus auprès d'Andromaque, cette fierté farouche qui dans tous les iTécles, & même encore de nos jours, mêle fes hauteurs, aux tr-anfports les plus tendres des Monarques les plus polis de l'Orient.

Mais pou? tracer avec uniformité Se avec décence le caradére de Moyfè, ce n'étoit point aiTez d'en bannir les fadeurs Se les ridicules, il falloit. encore en exclure les paillons Si leurs fougues. Auffi n'ont elles point de part chez vous aux fèntimens qui font fouhaiter à 0/âr

fhis d'unir fon fort à celui de Tharbis , Se àe emporter dans le cœur de cette Prince/Te fur ion rival A menophis. Le feul intérêt -d'Etat, la foi des- Traités, la néceffité' d'àffûrër â l'Egypte fes conquêtes en Ethiopie , Se à Ofarphis lui-même le Throne lùr lequel il devoir monter, font les reflorts de f&s empreficmens pour ce mariage. Pas la moindre étincelle d'amour , dans les procèdes ou dans fon langages La raifon régie fes goûts comme la politeue infpire fes manières Si fes-difeours.. L'ambition ne le domine pas* glus que l'a*

« 이전계속 »